Celyad élabore une nouvelle lignée de thérapies contre le cancer

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La biotech wallonne a obtenu des résultats précliniques prometteurs avec sa nouvelle plateforme de thérapies cellulaires. Elle va lancer plusieurs études pour de nouveaux produits candidats.

Celyad va entamer "dans les trimestres à venir" les essais cliniques de quatre produits candidats basés sur une nouvelle plateforme de thérapies cellulaires, a annoncé lundi la biotech wallonne à l’occasion d’un événement organisé aux Etats-Unis. La société de Mont-Saint-Guibert spécialisée dans l’immuno-oncologie a en effet obtenu des résultats précliniques très encourageants sur des animaux (des souris) avec la plateforme technologique fournie récemment par la société britannique Horizon Discovery.

Début octobre, Celyad a conclu un accord avec cette entreprise basée à Cambridge pour l’utilisation de sa technologie (appelée "shRNA" ou ARN court d’épingle à cheveux) afin de développer des thérapies allogéniques de nouvelle génération contre le cancer.

Jusqu’ici, Celyad était engagée principalement (mais pas uniquement) dans le développement de thérapies cellulaires CAR-T dites "autologues", qui se font avec les cellules du patient. Cette technologie consiste à modifier des lymphocytes afin qu’ils adaptent la réponse immunitaire et détruisent les cellules cancéreuses. "On prend les cellules d’un patient, on les envoie dans un laboratoire, on les modifie et on les renvoie au patient, explique le CEO de Celyad, Christian Homsy. C’est une médecine personnalisée très efficace mais très chère. Les traitements de CAR-T qui sont aujourd’hui commercialisés le sont aux alentours de 350.000 ou 400.000 euros. Parce que c’est très compliqué à produire."

"Les traitements de CAR-T qui sont aujourd’hui commercialisés le sont aux alentours de 350.000 ou 400.000 euros."
Cristian Homsy
CEO de Celyad

Des essais en 2001

La plateforme d’Horizon Discovery, quant à elle, ouvre la voie à une nouvelle génération de thérapies CAR-T allogéniques, c’est-à-dire avec des cellules venant de donneurs.

Les principales nouvelles indications visées par Celyad sont le myélome multiple et les tumeurs malignes des lymphocytes B, comme le lymphome non Hodgkinien et une forme agressive de leucémie. "Certains traitements existent déjà pour la seconde catégorie, mais ils sont extrêmement chers", insiste Christian Homsy. Un autre type de cancer sera également étudié lors de ces études cliniques, mais la biotech de Mont-Saint-Guibert ne divulgue pas encore la cible. Les essais cliniques seront lancés à partir de la mi-2020.

Christian Homsy n’hésite pas à évoquer une "technologie de rupture" lorsqu’il parle de la plateforme shRNA. "Elle ne fait pas appel à de l’édition du génome. Modifier le génome, c’est en effet quelque part utiliser une bombe atomique pour tuer une mouche. On interfère avec le code essentiel de la vie pour essayer de faire quelque chose de relativement bénin. Ici, c’est modulable", fait-il valoir. Selon lui, la technologie d’Horizon Discovery apporte dès lors une série d’améliorations et d’avantages, notamment en termes de rejets, de coûts et de production. Les données in vivo ont déjà démontré une protection efficace contre la réaction du greffon contre l’hôte, un des problèmes qui complique les thérapies autologues.

Le successeur du CYAD-01

Mais ce n’est pas tout. La société a également utilisé la plateforme shRNA pour améliorer son candidat médicament principal, le CYAD-01. Celyad a présenté fin 2018 des résultats cliniques très positifs pour ce traitement de patients atteints de leucémie myéloïde aiguë (LMA) réfractaires à toute autre forme de traitement ou en rechute. CYAD-01 a démontré 40% de réponse complète chez les 10 premiers patients traités. Le premier patient est aujourd’hui à 21 mois de réponse complète. Des résultats définitifs seront publiés à la fin de l’année et la biotech prépare maintenant le lancement d’une phase 2 d’étude clinique pour ce candidat médicament, tout en se disant "certaine" d’aller en phase d’enregistrement.

Pour faire simple, Celyad a expliqué lundi aux USA que le CYAD-01 amélioré, appelé CYAD-02, montrait une "augmentation importante in vivo de la prolifération, de la persistance et de l’activité antitumorale". Il se veut également moins dangereux pour le patient.

Celyad prévoit de soumettre une application d’Investigational New Drug (IND) auprès de la FDA américaine pour le nouveau produit au cours de la première moitié de 2020.

"Comme dans tout médicament, vous pouvez avoir une génération un, puis une génération deux. Le CYAD-02 peut donc être décrit comme le successeur de CYAD-01", relève encore le CEO. "Nous avons pris un chemin différent. Un chemin encore plus rapide et plus efficace contre le cancer. Mais cela ne signifie pas que la priorité est maintenant accordée au CYAD-02. Les deux traitements vont se compléter. La deuxième génération ne va pas freiner la première génération", selon Christian Homsy.

Du cash jusque la mi-2020

Reste maintenant une question essentielle: la biotech wallonne peut-elle faire face financièrement à tous ces nouveaux défis, d’autant qu’elle continue dans le même temps à étudier d’autres traitements potentiels des tumeurs solides et hématologiques? "Dans l’immédiat, nous n’avons pas besoin de financements additionnels, car la recherche n’en est encore qu’à ses débuts et les investissements sont donc limités. Ce sont des programmes de petite taille", note Christian Homsy. "Mais à long terme, un partenaire qui apportera de l’argent pourrait être le bienvenu", conclut le CEO, qui ne communique pas sur ce que l’accord avec Horizon Discovery a coûté à la société.

Les responsables de Celyad affirment disposer de ressources suffisantes jusqu’à la mi-2020. L’entreprise disposait de 55,9 millions d’euros de trésorerie à fin septembre 2018. Elle doit publier ses chiffres pour l’ensemble de 2018 le 29 mars.

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