Ces valeurs qu'il fallait détenir ces dix dernières années

Le cours de l'action CD Projekt, producteur de jeux vidéo polonais à l'origine de "The Witcher", a explosé en 10 ans. ©The Witcher

Le grand gagnant des actions de la décennie passée est un producteur polonais de jeux vidéo, qui se place devant le site de vidéo à la demande Netflix. À Bruxelles, Picanol remporte la palme de la meilleure performance, devant deux biotechs très en vue.

Les dix dernières années ont été profitables pour les personnes qui ont pris le risque d’investir en Bourse. Et pour ceux qui ont eu de la chance, les gains ont même été extrêmement plantureux. Le grand gagnant de la décennie écoulée sur les marchés est surprenant. Il s’agit du producteur de jeux vidéo polonais CD Projekt, dont le cours a explosé sur la période. Mille euros investis dans cette valeur en 2009 vaudraient aujourd’hui plus de 155.000 euros. Il fallait du flair pour oser investir dans cette valeur et la conserver sur du long terme. Car rien ne prédisposait la société à un tel succès il y a dix ans. Elle a pourtant coiffé au poteau en Bourse tous les autres producteurs de jeux vidéo comme Ubisoft ou Take-Two.

L’explication de la performance de CD Projekt en Bourse tient dans le succès de ses jeux vidéo, en particulier The Witcher, tiré d’un roman. "La société s’est bâtie une réputation avec des jeux vidéo de très haute qualité avec sa franchise The Witcher, qui s’est vendue à 33 millions d’unités à travers ses trois versions. La dernière version a été un succès massif avec 6 millions d’unités vendues rien que sur le premier trimestre de lancement et elle a gagné 250 récompenses pour le jeu vidéo de l’année en 2015", rappelle Matthew Kanterman, analyste chez Bloomberg Intelligence. "De plus, CD Projekt veut exploiter davantage sa franchise The Witcher avec Gwent, un jeu gratuit à jouer en ligne, pour monétiser sa propriété intellectuelle", ajoute l’analyste. A son avis, le titre n’a pas fini de progresser. Car CD Projekt s’apprête à lancer un nouveau jeu vidéo très attendu, Cyberpunk 2077.

Matthew Kanterman estime que les ventes de ce jeu devraient surpasser celles de The Witcher, "et pousser la croissance du bénéfice par action en 2020 et au-delà". "Le lancement de Cyberpunk et la croissance du jeu Gwent vont amener à une multiplication par dix du chiffre d’affaires de CD Projekt durant la première année, qui pourrait battre le consensus du marché, actuellement à 20 millions d’unités vendues durant la première année de lancement", prédit-il. En outre, il s’attend aussi à la conquête de nouveaux marchés, car jusqu’à présent, le producteur polonais de jeux vidéo tire ses revenus principalement en Europe et aux Etats-Unis, et seulement 11% en Russie et en Asie.

Netflix: la meilleure des Fang

La force de Netflix repose sur son focus sur le contenu original.
Geetha Ranganathan
analyste chez Bloomberg Intelligence

Le jeu vidéo "The Witcher" va également être adapté en série télévisée, produite par un autre grand gagnant de la décennie écoulée, Netflix. Le site de vidéo à la demande en ligne s’est avéré la meilleure des Fang (Facebook, Amazon, Netflix et Alphabet – Google) en termes de performance sur les dix dernières années. Un investisseur européen qui aurait misé 1.000 euros en 2009 sur le titre se retrouverait aujourd’hui avec plus de 72.000 euros en poche. De quoi relativiser la chute de 12% du titre ce jeudi après la publication des résultats du deuxième trimestre du groupe, qui ont déçu les attentes du marché. Car la société a indiqué un déclin du nombre de nouvelles souscriptions aux Etats-Unis pour la première fois depuis presque dix ans. En 2011, elle avait déjà subi un tel recul en raison d’un nouveau modèle de prix qui avait été rejeté par ses utilisateurs. Elle avait finalement revu son modèle.

©Mediafin

Le site s’est imposé globalement comme la plateforme de streaming vidéo, avec 60,1 millions d’abonnés aux Etats-Unis et 91,5 millions d’abonnés à l’international. "La force de Netflix repose sur son focus sur le contenu original", résument les analystes Geetha Ranganathan et Amine Bensaid, de Bloomberg Intelligence. "Netflix s’attend à un chiffre de 700 contenus originaux globaux sur son service cette année, avec une dépense estimée de 8 milliards de dollars pour la production de contenus", ajoutent-ils.

Le groupe américain cumule les séries à succès, de "House of cards", à "Orange is the new black" en passant par les plus récentes "Stranger Things" et "The Crown", parmi d’autres. Il produit aussi des films, dont le très attendu "Bird", au quatrième trimestre de cette année. Selon les analystes de Bloomberg Intelligence, le groupe n’est pas arrivé à la fin de son modèle, malgré la concurrence. "Alors que Netflix a manqué le consensus au deuxième trimestre pour ses abonnés et indiqué des prévisions décevantes pour le troisième trimestre, les opportunités globales et la thèse à long terme restent intactes", soulignent les analystes. "Les perspectives restent intactes sur le potentiel de pricing power et de croissance des bénéfices à grande échelle", ajoutent-ils.

Sartorius: une action qui a grimpé de 9.000%

Malgré la présence de Netflix dans le classement des meilleures performances de la décennie écoulée, des sociétés européennes du Stoxx 600 se sont particulièrement distinguées au sein de ce classement. Deux valeurs du TecDax, un indice qui mesure la performance des 30 plus grandes entreprises allemandes du secteur des technologies, se sont démarquées sur la période. Toutefois, Sartorius et Nemetschek ont surtout connu une forte progression en Bourse à partir de 2015.

Sartorius dépasse régulièrement les attentes du marché avec une croissance à deux chiffres de son bénéfice d’exploitation.

Dans le cas de Sartorius, l’un des principaux fournisseurs d’équipements de l’industrie biopharmaceutique, l’année 2015 coïncide avec l’acquisition de deux sociétés, Bio-Outsource et Cellca, qui ont contribué à la croissance des revenus du groupe. À partir de 2015, les revenus de Sartorius connaissent une croissance importante. Le groupe dépasse régulièrement les attentes du marché avec une croissance à deux chiffres de son bénéfice d’exploitation. Cette croissance s’est accompagnée d’un plébiscite des investisseurs.

Mais en conséquence, l’action est devenue chère en termes de valorisation. Comme le notent les analystes de Bloomberg Intelligence, les multiples de valorisation de Sartorius se trouvent actuellement dans le haut des valeurs du segment des sciences de la vie. "Mais Sartorius est positionné pour maintenir son momentum en 2019, propulsé par une croissance impressionnante des commandes", indique l’analyste Jonathan Palmer. En dix ans, l’action Sartorius a pris 8.946%.

TecDax: 16 marques de niche

L’autre valeur du TecDax à se distinguer cette décennie écoulée a progressé de 5.502% sur la période. Nemetschek, un fournisseur allemand de logiciels pour l’architecture, l’ingénierie et l’industrie du bâtiment, a pu compter sur ses multiples acquisitions durant les dix dernières années pour accroître ses revenus à un rythme à deux chiffres. "Nemetschek est un fournisseur de logiciels actif dans le segment à très forte croissance de modélisation des informations sur le bâtiment (BIM), et nous nous attendons à ce qu’il surperforme le marché de l’AEC (Architecture, Ingénierie et Construction) en raison de son portefeuille de produits complets et interconnectés. Sa forte croissance à deux chiffres des revenus est soutenue grâce à la substitution d’un software élaboré individuellement par une solution standardisée adaptée aux produits du bâtiment sur leur cycle complet", indiquent Nika Zimmerman et Uwe Schupp, analystes de Deutsche Bank, dans une note.

"Avec 16 marques, Nemetschek est parti pour profiter d’une croissance à long terme solide, car chacune de celles-ci s’adresse à des marchés de niche à travers toute la chaîne de valeur de l’AEC. De plus, le groupe dispose d’une avancée sur les propriétaires de software BIM parce qu’il s’assure de l’interface effective entre les produits", ajoutent-ils.

Les deux analystes soulignent que le marché BIM "expérimente une croissance rapide avec un taux de croissance annuel de 11% entre 2015 et 2021 dans des pays développés comme l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, ainsi que dans des pays émergents en Asie et en Europe de l’Est, en raison d’une recherche d’économie de coûts dans le secteur de la construction, et du besoin de créer des buildings plus économes en énergie, notamment". Nemetschek a profité de cette évolution depuis 2015.

MarketAxess: merci la loi Dodd-Frank

Juste après Netflix au sein du S&P 500, l’opérateur de plateforme de transactions en obligations MarketAxess arrive sur la deuxième marche du podium en termes de performance sur les dix dernières années. L’investisseur européen qui aurait misé 1.000 euros sur cette société en 2009 se retrouverait aujourd’hui avec plus de 44.000 euros. MarketAxess s’est positionné sur un segment qui a évolué au fil de la réglementation des marchés.

Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank adoptée après la crise financière a favorisé une plus grande transparence des transactions sur les marchés, qui a été favorable pour toutes les plateformes de transactions. Et MarketAxess en a profité le plus.

"De toutes les classes d’actifs, les obligations ont été les dernières à être négociables de manière électronique, en raison d’une multitude d’émetteurs, d’échéances,… qui créent une extrême fragmentation de la liquidité et qui demandent une intervention manuelle. Toutefois, la quête d’efficacité et de réduction de coûts chez les fonds d’investissement favorisent le trading électronique", indiquent les analystes de Deutsche Bank. Ils soulignent qu’actuellement, 50% des transactions sur les obligations d’État et 25% des transactions sur le crédit ont lieu de manière électronique.

Pourtant, le marché obligataire est important et connaît une forte croissance. Les analystes de Deutsche Bank rappellent que le marché de la dette souveraine américaine a grimpé de 4.500 milliards de dollars en 2007 à 15.200 milliards de dollars à la fin du troisième trimestre 2018, alors que le marché de la dette des entreprises a augmenté de 5.300 milliards de dollars en 2007 à 9.100 milliards de dollars à la fin du troisième trimestre 2018, en raison d’émissions obligataires régulières.

"MarketAxess occupe une position dominante sur les transactions en obligations d’entreprise et obligations émergentes", indiquent les analystes de Deutsche Bank. Et bien que MarketAxess dispose d’une concurrence sur ce segment de la part de Bloomberg et Tradeweb, le titre a été le plus plébiscité par les investisseurs durant les dix dernières années. Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank adoptée après la crise financière a favorisé une plus grande transparence des transactions sur les marchés, qui a été favorable pour toutes les plateformes de transactions. Et MarketAxess en a profité le plus.

Ulta Beauty: la beauté toujours recherchée

©Photo News

Ulta Beauty s’est démarqué sur la décennie écoulée. Le distributeur de produits cosmétiques et de parfums, qui dispose de plus d’un millier de magasins aux Etats-Unis, a vu son cours progresser de plus de 3.200% sur les dix dernières années. "Le focus d’Ulta Beauty sur la beauté, une catégorie hautement émotionnelle et basée sur des pulsions, a protégé la société du malaise général des consommateurs qu’ont rencontré les autres groupes de distribution. Le plaisir émotionnel d’un achat pour soi permet à Ulta de prendre une grande partie des dépenses des consommateurs", souligne Seema Shah, analyste chez Bloomberg Intelligence.

"Malgré une concurrence en augmentation, le mélange unique de produits de masse et de prestige d’Ulta, en plus de salons et d’un programme de loyauté, ont permis à la société de maintenir une croissance de ses transactions supérieure à celle de l’industrie", relève Danielle McIntee, analyste chez Bloomberg Intelligence.

Ulta Beauty a en outre décroché l’exclusivité de la distribution des produits Kylie Cosmetics, de la célèbre jeune milliardaire Kylie Jenner, star du réseau social Instagram. "Le lancement de produits à destination des digital natives, comme Kylie Cosmetics, a contribué à un inattendu retour vers le commerce en brique par rapport au commerce en ligne", constate Danielle MacIntee. Car Ulta a négocié l’exclusivité commerciale des produits Kylie Cosmetics. Le groupe a également multiplié les collaborations avec d’autres stars d’Instagram.

Royal Unibrew: l'outsider

Par rapport aux autres valeurs qui ont cartonné durant les dix dernières années, Royal Unibrew, un producteur de boissons danois, fait figure d’outsider. Car le groupe distribue essentiellement ses produits en Europe. Mais il revient de loin car en 2009, le titre cotait à 0,80 euro, soit une penny stock. L’action est remontée à 64 euros dix ans plus tard. Le groupe a multiplié récemment les rachats d’actions, qui ont soutenu le cours du titre. Mais le groupe explique aussi avoir été soutenu par le boom de la bière artisanale et spéciale ces dernières années et le changement des consommateurs vers des boissons non sucrées et non alcoolisées. Car il est positionné sur des bières et des boissons de niche, et il compte encore profiter de cette stratégie.

Il faut croire que les investisseurs ont suivi, puisque sur dix ans, le titre a progressé de 5.019%, une progression qu’AB InBev est loin d’avoir atteinte (le titre a pris 196% tout de même sur dix ans).

Bruxelles | Picanol, Galapagos et Argenx, le trio gagnant

À la Bourse de Bruxelles, trois valeurs ont offert un rendement spectaculaire sur les dix dernières années.

La première sur le podium est Picanol, fabricant de métiers à tisser. Le titre revient de loin, car en 2009, il cotait autour de 2 euros. "La société était au bord de la faillite il y a dix ans", rappelle Guy Sips, analyste chez KBC Securities. "Puis, la société a procédé à une augmentation de capital à 1 euro par action, et a décidé de se transformer en entreprise riche en cash. Elle voulait devenir la Rolls-Royce des métiers à tisser. Elle a profité de la faiblesse de l’euro face à ses deux concurrents japonais durant les 4 à 5 années après son sauvetage. Depuis, elle profite du développement de la classe moyenne dans le monde, qui achète plus de vêtements, ce qui est bon pour les métiers à tisser", ajoute-t-il. "Et puis, elle a utilisé son cash flow pour investir en 2013 dans Tessenderlo, ce qui lui a amené un gain de capital appréciable", ajoute-t-il.

Galapagos et argenx ont été les deux biotechs à se distinguer sur la décennie en termes de performance. "Leur progression dépend de trois facteurs. Galapagos comme argenx disposent d’un management de qualité, qui a fait preuve de maturité. Les deux biotechs ont développé des produits de qualité. Quand les essais cliniques atteignent la phase II ou III, le marché salue ça. De plus, les deux sociétés ont signé des partenariats avec des grands groupes pharmaceutiques, qui leur ont apporté du cash, mais aussi une validation technologique. Si Gilead s’associe avec une biotech, c’est rassurant pour les investisseurs", explique Frédéric Gomez, analyste chez Pharmium Securities.

 

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