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Cette BCE qui ne veut surtout pas effrayer les marchés

Jeudi dernier, la présidente de la BCE Christine Lagarde a avoué que les prochaines décisions importantes de la BCE ont été reportées à décembre. ©EPA

Une réduction des achats d'actifs trop brutale risquerait de provoquer des turbulences sur les marchés. La BCE en est parfaitement consciente, mais...

En début de semaine, les marchés boursiers européens ont attendu avec une certaine anxiété les décisions de la Banque centrale européenne (BCE). Et lorsque la présidente, Christine Lagarde, a simplement annoncé un petit "recalibrage" des achats d'obligations dans le cadre du programme d'urgence contre la pandémie (PEPP), les investisseurs ont poussé un ouf de soulagement.

Pas question de "tapering", cette réduction en bonne et due forme des achats d'actifs. Un tapering qui, s'il s'avérait trop brutal, risquerait de plonger les marchés des obligations et des actions dans de sérieuses turbulences.

Les banques centrales ont initié ces programmes de rachats d'actifs ("quantitative easing" ou QE) lorsque les taux d'intérêt sont tombés aux alentours de 0%.

Les banques centrales ont initié ces programmes de rachats d'actifs ("quantitative easing" ou QE) lorsque les taux d'intérêt sont tombés aux alentours de 0%. L'idée était de faire encore plier davantage les taux de rendement obligataires, sans devoir encore abaisser les taux directeurs (même si, dans la foulée, on a quand même inventé le concept de taux d'intérêt négatifs...).

Jacques de Larosière, ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et gouverneur honoraire de la Banque de France, expliquait voici quelques années que l'idée d'origine de la Banque centrale européenne était d'acheter une part substantielle des obligations d'État et des obligations de grandes entreprises pour permettre aux investisseurs d'acheter autre chose, en particulier des obligations émises par des entreprises moins connues et des actions sur le marché boursier.

Pas de décisions importantes avant décembre

Sans le dire ouvertement, d'une façon subliminale en quelque sorte, Mario Draghi, le prédécesseur de Christine Lagarde, a ainsi invité les particuliers européens à acquérir des actions en bourse. Cela n'a pas fonctionné selon les espérances dans la mesure où, malgré des taux au plancher, les particuliers ont continué à alimenter leurs comptes d'épargne dans un pur réflexe de précaution.

Depuis 2015, année d'entrée en vigueur de l'Asset Purchase Programme de la BCE, l'indice boursier européen Euro Stoxx 50 a gagné 30% environ, ce qui reste relativement modeste. En réalité, ce n'est qu'après le krach boursier dû à la pandémie que les indices boursiers ont littéralement décollé: +100% aux États-Unis et +70% en Europe.

Les taux directeurs de la BCE pourraient être remontés en 2024! Soit dans une éternité ou presque...

Aujourd'hui, toute la question est de savoir quand le "début de la fin" de ce processus de rachats d'actifs va s'enclencher. La BCE a effectué un premier pas, en annonçant jeudi le ralentissement du rythme de ses achats d'actifs dans le cadre du programme d'urgence contre la pandémie. Ce n'est là qu'un petit pas.

Quand ce programme lié à la pandémie viendra à échéance en 2022, le programme traditionnel, l'Asset Purchase Programme (APP), sera toujours d'actualité. Il pourrait même être encore renforcé. Et ce n'est que lorsque ce dernier sera clôturé que les taux directeurs pourraient être enfin remontés. Ce qui nous projette, selon les analystes, en 2024! Soit dans une éternité ou presque...

Jeudi, Christine Lagarde a avoué que les prochaines décisions importantes de la BCE sont reportées à décembre. Cela devrait permettre de voir si l'inflation, à 3% au mois d'août, va continuer à grimper. Ce qui pourrait inciter au passage les "faucons monétaires" de l'institution à se montrer encore plus revendicatifs et à exiger une réduction plus rapide des achats d'actifs.

Quoi qu'il arrive, une certaine prudence va rester de mise. Philip Lane, le chef économiste de la BCE, n'a pas manqué de rappeler récemment que les taux du marché incorporent les perspectives formulées par les investisseurs sur ces achats de la BCE. Réduire trop rapidement ces achats pourrait avoir pour effet de voir les taux longs remonter très vite, trop vite dans le contexte actuel... Et on ne vous parle même pas de l'effet de contagion dans l'hypothèse d'une remontée des taux obligataires américains. Le signal que l'investisseur en actions doit sans doute scruter le plus attentivement.

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