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Cette Chine qui fait peur aux investisseurs

Des investisseurs et des clients très inquiets devant le siège du géant immobilier Evergrande à Shenzhen. ©REUTERS

Face à l'offensive réglementaire du président Xi Jinping, les investisseurs internationaux qui avaient investi dans les actions et les fonds chinois cotés à Wall Street et Hong Kong sont d'avis que la confiance a été rompue.

Il fut un temps où les marchés boursiers chinois faisaient la course en tête, rivalisant avec les indices américains en termes de performances. Aujourd’hui, c’est le grand écart. L’indice américain S&P 500 affiche une hausse de 19% depuis le début de l’année, alors que l’indice China Securities Index 300, qui reprend les 300 principales entreprises cotées à Shanghai et Shenzhen, est en repli de 7%. Que dire alors de la Bourse de Hong Kong, où sont cotées les grandes valeurs chinoises ? L’indice Hang Seng perd 8,5% depuis janvier et les valeurs technologiques chinoises y ont dégringolé de plus de 40% depuis les plus hauts niveaux de février.

Hong Kong, tout un symbole! Pour celui qui a eu l’occasion de visiter l’île – avec son extrême dynamisme et son vent de liberté –  avant le passage sous souveraineté chinoise en 1997, on ne peut que constater que les grandes promesses de l’époque ont été oubliées. Pékin s’était engagé à "préserver la prospérité et le mode de vie de Hong Kong, son large degré d'autonomie, ses libertés fondamentales et l'État de droit".  Que voit-on aujourd’hui ? La Chine imprime sa marque autoritaire sur Hong Kong, réprimant les manifestations pro-démocratie et procédant à la fermeture forcée d'un journal, l'Apple Daily. Ceci augure bien mal du futur de Taïwan, que le président chinois Xi Jinping entend réunifier à la Chine continentale, par la force si nécessaire.

Dans son livre "Le leadership mondial en question" qui aborde la rivalité entre les États-Unis et la Chine, le journaliste et directeur de l’AFP, Pierre-Antoine Donnet, qui a travaillé à Pékin et New York, évoque le risque croissant d'une Troisième guerre mondiale, rien que cela. "Espérons que Xi Jinping écoute les appels à la raison. Mais rien n’est moins sûr, car dans cette surenchère entre deux modèles politiques qui veulent tous deux affirmer leur prééminence géopolitique, le président chinois pourrait être amené un jour à prendre des décisions irrationnelles", indique l'auteur.

Attaque frontale

Le pouvoir chinois s'est attaqué à la spéculation immobilière, au point de faire vaciller le géant Evergrande. Ce dernier avait, il est vrai, peut-être cherché les problèmes.

Le récent tour de vis réglementaire entrepreneurial opéré par Xi Jinping a de quoi interpeller, sauf s’il s’agit d’une tentative de demeurer au pouvoir après le 20e congrès du Parti communiste chinois prévu l'an prochain.

Le président chinois vient d’attaquer de front - attention, la liste est longue - les sociétés de l’Internet, les sociétés de jeux en ligne (plus que 3 heures par semaine de jeu pour les jeunes!), les entreprises privées de soutien scolaire en ligne, les cryptomonnaies, les casinos à Macao ou encore la spéculation immobilière, au point de faire vaciller le géant China Evergrande Group. Ce dernier avait, il est vrai, peut-être cherché les problèmes, en se diversifiant et en s’endettant de manière excessive (plus de 250 milliards d’euros de dettes). Si la faillite potentielle d'Evergrande ferait sans doute moins de ravages que celle de Lehman Brothers en 2008 (certains parlent d'un Lehman chinois), il n'en reste pas moins que cette chute ferait des vagues. Depuis le début de l'année, l'action cotée à Hong Kong a dégringolé de plus de 80%.  

Pour justifier cette mise au pas des entrepreneurs, le pouvoir chinois évoque la volonté d’assurer une "prospérité commune" et de combattre les monopoles. C'est surtout une manière de sanctionner les dirigeants qui s’enrichissent (comme Jack Ma) et de reprendre le contrôle total des données des particuliers chinois.

Tout ceci pourrait constituer un sérieux point de basculement du régime. Si le journal du parti communiste a tenté de rassurer en affirmant que ce durcissement ne remettait nullement en cause l'ouverture du pays, de nombreux analystes soulignent que cette offensive inattendue est bien trop agressive. Des investisseurs internationaux qui ont investi dans les actions et les fonds chinois cotés à Wall Street et Hong Kong sont d'avis que la confiance a été rompue pour longtemps.

La firme Fidelity International émet un avis plus nuancé. Elle souligne que c'est le sentiment qui a été touché ici, bien davantage que les fondamentaux de l'économie chinoise qui, eux, restent bons. On peut certes l'espérer, mais cela reste à voir...

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