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Cette crise est grave, docteur Powell

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La banque centrale américaine agit rarement en dehors de ses réunions régulières. La baisse des taux de mardi en a étonné plus d'un. La clé se trouve peut-être du côté des obligations d'entreprises...

Mardi, sur le parquet de la Bourse de New York, Rick Santelli, le présentateur de la chaîne financière CNBC, n’en revenait pas. Quelques minutes plus tôt, lors d’une réunion d’urgence de la Federal Reserve américaine, Jerome Powell avait osé baisser les taux d’intérêt de 0,50 point. "Le marché a eu ce qu’il voulait", clamait Rick Santelli, totalement incrédule. Mais visiblement, Powell n’a pas entièrement convaincu. Le marché n'a pas eu ce qu'il désirait, l'indice Dow Jones chutant de 3% mardi et enregistrant des séances très chahutées les jours suivants.

Les précédents

Les décisions monétaires en dehors des réunions régulières de la Federal Reserve sont rares. La dernière fois que cela s’était produit remonte à la période de la crise financière de 2007-2008. Cela était même arrivé à trois reprises à cette époque. Mais nous étions plongés alors dans la plus grande crise financière depuis celle de 1929. Toute comparaison avec la crise actuelle serait osée. Tout au moins pour l’instant.   

Quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, à la réouverture de la Bourse de New York, la Fed avait également réduit ses taux de 0,50 point afin de rassurer les marchés. Ce qui n’avait pas empêché la bourse de chuter de 7%.  

Hormis le cas exceptionnel des attentats du 11 septembre, la Fed intervient surtout lorsque les marchés financiers sont en total désarroi et que la stabilité apparaît menacée.

Toujours en 2001, en janvier et en avril, la Fed avait également agi entre deux réunions régulières. À l’époque, les États-Unis faisaient face à une chute de la croissance économique dans un contexte marqué par la chute du Nasdaq après l’éclatement de la bulle internet.

Et le 15 octobre 1998, la Fed avait baissé ses taux d’un quart de point dans un contexte marqué par la débâcle du fonds américain Long Term Capital Management, grande victime de la crise financière russe. La Fed avait été obligée d’intervenir afin de préserver la stabilité du système financier. Une sorte de répétition avant l’heure des événements de 2008.

Hormis le cas exceptionnel des attentats du 11 septembre, ceci montre que la Fed intervient surtout lorsque les marchés financiers sont en total désarroi et que la stabilité apparaît menacée.

Pourquoi cette baisse de taux?

L’intervention de mardi dernier constitue un cas à part et peut paraître étonnante. Jerome Powell, le président de la Fed, a reconnu qu’une baisse des taux n’allait pas résoudre un problème de santé mondiale. Cela se saurait...

Une récession provoquée par le coronavirus risque de fragiliser encore davantage de nombreuses sociétés. Tout récemment, l’OCDE avait tiré la sonnette d’alarme.

Alors pourquoi cette décision? Powell a-t-il été poussé dans le dos par le président Trump qui réclame d’ailleurs déjà d’autres baisses des taux? Ce serait problématique en matière d’indépendance de la banque centrale. A-t-il été piégé par ses propres déclarations du vendredi précédent, laissant présager une baisse des taux? C’est possible. Ou alors Powell sait-il quelque chose que nous ne savons pas?

Une explication plausible est qu’une récession provoquée par le coronavirus risque de fragiliser encore davantage de nombreuses sociétés. Tout récemment, l’OCDE a tiré la sonnette d’alarme en matière de dette obligataire des entreprises. La dette a continué à grimper ces dernières années. Et surtout, la qualité de cette dette s'est sensiblement dégradée, avec de plus en plus d'obligations de sociétés qui ont basculé dans la catégorie spéculative (junk bonds), comme Kraft Heinz tout récemment.

En cas de récession, les taux de défaut risquent d'exploser. Et cela pourrait provoquer un tumulte énorme sur les marchés. D'où la volonté de la Fed de rassurer avec une baisse des taux alors que de nombreuses sociétés doivent également bientôt refinancer leur dette.  

En Europe, jeudi, l'épidémie de coronavirus a provoqué la faillite de la compagnie aérienne britannique Flybe qui était déjà très mal en point. Un mauvais présage... 

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