analyse

Cherche désespérément rendement sur le marché des obligations…

©Bloomberg

La BCE a douché les derniers espoirs d’une remontée des taux d’intérêt à moyen terme. Voici néanmoins où trouver encore du rendement fixe.

Les taux d’intérêt de référence piquent du nez, un phénomène qu’on observe sur la plupart des marchés obligataires. Jeudi, le taux des titres de dette à dix ans de l’État belge est tombé sous le seuil de 0,53% pour la première fois depuis la fin 2017. Mardi dernier, le taux d’intérêt du Bund allemand à dix ans, boussole du marché européen de la dette, est quant à lui tombé à son plus bas niveau depuis octobre 2016, à 0,055%.

"Nous avons changé de paradigme. La BCE est devenue incapable de relever ses taux, tout comme la Banque du Japon, où les investisseurs attendent depuis des années des taux de 1%, ce qui n’est jamais arrivé."
Nicolas Forest
Responsable de la gestion obligataire - Candriam

Bernard Keppenne, chef économiste de CBC, identifie deux causes principales à ce tassement des rendements: premièrement, "le changement fondamental de perception et du message de la Banque centrale européenne" et, deuxièmement, "les signaux de ralentissement de la croissance économique, en particulier en provenance d’Allemagne".

Il y a peu d’espoir de voir les taux d’intérêt des obligations de qualité remonter à moyen terme. "Les taux sont bas et ils vont le rester, assène Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Nous avons changé de paradigme. La BCE est devenue incapable de relever ses taux, tout comme la Banque du Japon, où les investisseurs attendent depuis des années des taux de 1%, ce qui n’est jamais arrivé."

Les perspectives conjoncturelles jouent aussi, souligne Wim D’Haese, head of investment advice chez Deutsche Bank Belgique: "Nous prévoyons que la croissance économique de la zone euro sera de 1,3% cette année. En plus, vu la faiblesse persistante de l’inflation, on ne peut pas s’attendre à voir beaucoup grimper les taux longs."

©Filip Ysenbaert

La bonne nouvelle, c’est qu’avec ces taux partis pour rester bas encore longtemps, le risque de taux d’un investissement en obligations, c’est-à-dire le risque que la valeur de l’obligation baisse à cause d’une remontée des taux, est faible. "Les obligations ne sont pas risquées", affirme Nicolas Forest.

Or, il est toujours recommandé d’avoir au moins un peu d’obligations dans un portefeuille d’investissement équilibré. "Il faut un peu d’obligations en portefeuille, c’est évident, reconnaît Bernard Keppenne. Mais rentrer à ce moment-ci sur le marché obligataire est tout de même assez pénalisant." "Il est intéressant d’avoir des obligations, par principe de diversification", rappelle Nicolas Forest.

Pour ceux qui souhaitent s’exposer aux obligations malgré les conditions actuellement peu favorables, il existe quelques pistes intéressantes:

→ Obligations d’entreprise
"Le crédit américain est attrayant"

"Dans la catégorie intermédiaire, on peut trouver des emprunts en euro offrant entre 3 et 4%."
Alexandre Goldwasser
Gérant de Goldwasser Exchange

Il est possible de trouver un surcroît de rendement dans les obligations d’entreprise, dont les taux d’intérêt sont plus élevés que ceux des obligations souveraines. Encore faut-il faire les bons choix quand on s’aventure sur le marché des obligations corporate. "Il faut être très sélectif parmi les émetteurs et tenir à l’œil les sociétés qui ont des taux d’endettement élevés dans un contexte de ralentissement économique", estime Bernard Keppenne (CBC).

Nicolas Forest (Candriam) estime quant à lui que les obligations d’entreprise  "sont devenues très chères parce qu’elles ont très bien performé depuis le début de l’année Le crédit américain est encore attrayant Côté européen, il faut être très sélectif car on commence à voir quelques défauts. Il faut donc être prudent."

 Ce que confirme Bernard Keppenne: "Il faut faire preuve de beaucoup de prudence et rester dans des proportions assez faibles" par rapport à l’ensemble du portefeuille.

Dans cette catégorie, Alexandre Goldwasser, gérant du courtier en obligations Goldwasser Exchange, préfère les titres d’entreprise de classe intermédiaire, qui reçoivent des notations comprises entre BBB- et BB, c’est-à-dire à la frontière entre les investissements de qualité et spéculatifs"Ces entreprises ne sont pas très bien notées mais elles ne sont pas fragiles non plus, explique-t-il. On peut y trouver des emprunts intéressants, en euro, qui offrent entre 3 et 4% brut." Il cite notamment des obligations récemment émises par Faurecia et Rexel. Pour ceux qui acceptent le risque de change, il évoque, par exemple, une obligation en dollar d’AB InBev.

Chez Deutsche Bank Belgique, Knut Huys, gestionnaire de fonds, souligne l’importance de la diversification et conseille de s’exposer aux obligations d’entreprise via des fonds. Il préfère ceux qui "recherchent la qualité, en misant sur les meilleurs élèves" parmi les entreprises ayant une notation aux alentours de BB. C’est, par exemple, la stratégie du fonds Robeco High Yield Bonds.

→ Dette périphérique 
"C’est une forme de diversification"

"Il ne faut pas oublier qu’il y a quelques mois, il y a eu une certaine panique sur la dette italienne."
Wim D'Haese
Deutsche Bank
Les obligations des États les mieux notés ne rapportant quasiment plus rien, on peut, si on a confiance dans la capacité de pays moins bien notés à gérer leur dette, opter pour leurs titres qui rapportent davantage. Les obligations des pays dits "périphériques" de la zone euro en font partie. Les titres à dix ans de l’Italie rapportent 2,5%, ceux de l’Espagne et du Portugal plus de 1% et ceux de la Grèce, qui vient de revenir sur le marché, près de 4%. Évidemment, on s’expose aux éventuelles turbulences que ces pays pourraient éventuellement à nouveau traverser à l’avenir.

"C’est une forme de diversification mais il faut être bien conscient qu’on prend un risque, souligne Bernard Keppenne (CBC). Ça peut se retrouver dans un portefeuille mais de façon très modérée et prudente. Par exemple, en ce qui concerne l’Italie, il y a pas mal d’incertitudes sur la croissance économique; on parle même de récession en 2019. Et il y a des inquiétudes parce que l’État italien devra emprunter à peu près 260 milliards d’euros cette année. Or, jusqu’à présent, c’était surtout la BCE qui achetait les obligations italiennes."

Nicolas Forest (Candriam) va dans le même sens et dit préférer les obligations espagnoles et portugaises:  "Le risque politique y est moindre. Wim D’Haese (Deutsche Bank) met lui aussi en garde à l’égard des titres italiens:  "Il ne faut pas oublier qu’il y a quelques mois, il y a eu une certaine panique sur la dette italienne , rappelle-t-il.  La politique monétaire de la BCE a favorisé la stabilisation de ce marché mais il n’est pas certain que cela durera encore pendant cinq ans. Donc, actuellement, on ne conseillerait pas d’en prendre en portefeuille car les rendements sont devenus trop faibles par rapport au risque encouru. Mais ceux qui possèdent déjà des obligations italiennes peuvent les conserver."

Et la Grèce, parfois encore comparée à un pays émergent? "Je ne recommanderais pas ses obligations", tranche Nicolas Forest.

Pour trouver du rendement, Wim D’Haese voit davantage de potentiel dans les obligations des Etats-Unis, où "il ne faut pas aller jusqu’aux titres à dix ans pour trouver des taux intéressants, note-t-il. Les taux de titres en dollar sont nettement plus élevés que ceux qui sont exprimés en euro. Évidemment, cela implique de s’exposer au risque de change", c’est-à-dire aux fluctuations du dollar. Cela dit, Deutsche Bank s’attend à voir la devise américaine se stabiliser cette année, après sa progression de 2018. "Et c’est une façon de diversifier un portefeuille en l’exposant au billet vert", conclut Wim D’Haese.

→ Dette émergente "Une marge de sécurité si les taux montent"

"On peut y trouver des compléments de rendement mais avec un risque de devise."
Bernard Keppenne
Chef économiste de CBC

Pour les investisseurs qui acceptent de prendre un peu plus de risque dans leur quête de rendement, les obligations des pays émergents peuvent être une bonne alternative.

"Les obligations de pays émergents offrent des opportunités mais il faut un horizon d’investissement plus long, avertit Nicolas Forest (Candriam). Or pour pouvoir investir durablement dans la dette émergente, il faut s’assurer que les chiffres de croissance de la Chine vont s’améliorer", la Chine étant l’économie émergente dominante.

Alexandre Goldwasser (Goldwasser Exchange) souligne quant à lui que "les économies émergentes, malgré les risques qui y sont liés, présentent l’avantage d’être nettement moins endettées que les pays occidentaux; si on partage le point de vue que l’endettement excessif est préoccupant, se tourner, pour une partie de son portefeuille d’obligations, vers des emprunts en devises étrangères de très bonne qualité a du sens".

De son côté, Bernard Keppenne (CBC) indique qu’"on peut y trouver des compléments de rendement mais avec un risque de devise dont il faut évidemment tenir compte". Or, ces dernières années, les devises émergentes ont été très sensibles à la hausse du dollar et à la remontée des taux de la Fed. Ces risques seraient moindres à présent. "Notre vision est qu’il n’y aura qu’une seule hausse des taux directeurs américains en 2019 et qu’à un horizon de douze mois, le dollar restera aux niveaux actuels", précise Wim D’Haese (Deutsche Bank). Selon lui, il est possible d’obtenir des rendements en devises locales aux alentours de 5% par une approche via des fonds. "Dans ces placements, le ratio risk/reward (le rapport entre le risque pris et le rendement attendu, NDLR) est assez attrayant", estime-t-il.

Son collègue Knut Huys, spécialiste des fonds, ajoute qu’avec un rendement espéré d’environ 5%, "il existe une marge de sécurité appréciable en cas de remontée des taux d’intérêt", même si ce n’est pas son scénario principal. Parmi les fonds qui investissent dans la dette émergente en devise locale, on trouve notamment le DPAM L Bonds Emerging Markets Sustainable, qui a la particularité d’ajouter des critères non financiers à sa stratégie de sélection des actifs sous-jacents. Ainsi, ce fonds exclut les obligations de pays non démocratiques puis établit un classement des États en fonction de critères de durabilité, comme la transparence, les normes de santé, l’éducation, etc. Le fonds adopte une approche "best in class", en investissant au moins 40% du capital dans les pays situés dans le premier quart du classement. 

Lire également

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content