portrait

Christine Lagarde, une femme qui a encore besoin de temps

Malgré un couac, le bilan de Christine Lagarde après un an à la BCE est positif. Mais le plus difficile reste sans doute à venir.

Quand elle a pris ses fonctions à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) il y a un an, Christine Lagarde pensait avoir à gérer un ralentissement économique très progressif, en recourant avec parcimonie aux outils laissés par son précécesseur, Mario Draghi. Mais la pandémie de coronavirus l'a contrainte à ressortir sa casquette de manager de crise, elle qui avait déjà été en première ligne lors de la crise bancaire de 2008, quand elle était ministre française de l'Economie puis lors de la crise de la dette de la zone euro, alors qu'elle venait d'accéder à la direction générale du Fonds monétaire international (FMI).

Christine Lagarde, avec sa broche en forme de chouette. ©AFP

A peine quatre mois après son arrivée à la BCE, Lagarde a dû lancer un programme d'achats massif, de 1.350 milliards d'euros, pour empêcher qu'une nouvelle crise financière s'ajoute aux conséquences économiques de la situation sanitaire. Forte de son expérience des crises précédentes, la responsable de la politique monétaire de la zone euro a, avec ses collègues du conseil des gouverneurs de la BCE, pris les bonnes décisions au bon moment.

Ces circonstances exceptionnelles ont eu un avantage pour Lagarde: elles lui ont permis d'éteindre, au moins provisoirement, les oppositions entre les partisans d'une politique plus souple et les tenants d'une plus grande orthodoxie monétaire, qu'on qualifie respectivement de "colombes" et de "faucons". Lors de sa première conférence de presse en tant que patronne de la banque centrale, Christine Lagarde avait prévenu qu'elle ne serait ni colombe ni faucon mais plutôt "une chouette, que l’on associe souvent avec une certaine sagesse". Lors de la réunion suivante du conseil des gouverneurs, la Française arborait une broche représentant le volatile nocturne.

Le profil

1981: avocate au barreau de Paris, ascension professionnelle au sein du cabinet international Baker McKenzie

2 juin 2005: ministre déléguée au Commerce extérieur dans le gouvernement de Dominique de Villepin, sous la présidence de Jacques Chirac

19 juin 2007: ministre de l'Economie dans le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy

5 juillet 2011: directrice générale du Fonds monétaire international

Lagarde entend donc se démarquer de ses prédécesseurs en cherchant davantage le consensus, tâche pour laquelle sa formation d'avocate et son expérience de la politique sont utiles. Par contre, l'absence de diplôme d'économie reste son principal handicap. Cela s'est vu quand, en mars, la patronne de la BCE a maladroitement déclaré que le contrôle des écarts de rendement entre les obligations étatiques n'était pas de son ressort, des propos qui avaient provoqué une montée soudaine des taux d'intérêt de l'Italie sur le marché obligataire.

Si, depuis lors, Christine Lagarde a évité les faux pas, elle devra encore recourir à ses talents de diplomate pour éviter un retour des oppositions au sein du conseil des gouverneurs quand il faudra prendre des décisions dans le dossier de la révision de la stratégie de la BCE. Ca s'annonce compliqué. Il y a un mois, quand Lagarde a évoqué la possibilité que la banque centrale se dote d'un objectif d'inflation plus flexible, des voix se sont élevées contre ce scénario dans le camp des faucons. Idem lorsque la patronne de la BCE a émis l'idée que les achats d'actifs puissent être utilisés pour promouvoir une économie plus verte. Il faudra du temps pour réconcilier tous les points de vue. Ca tombe bien, le mandat de Lagarde doit encore durer sept années.

L'affaire Tapie-Crédit Lyonnais

En 2007, Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, autorise une procédure d'arbitrage pour solder le litige opposant l'homme d'affaires Bernard Tapie à l'ex-banque publique Crédit Lyonnais à propos de la vente de la société Adidas.

Cet arbitrage, qui aboutit à un versement de 400 millions d'euros à Tapie, sera ensuite jugé frauduleux. Une enquête est alors menée sur la décision de Lagarde d'autoriser cet arbitrage et de renoncer à exercer un recours contre la décision.

L'affaire débouche sur un procès qui constate que l'ex-ministre de l'Economie a été coupable de "négligence" dans cette affaire. Mais la justice dispense Christine Lagarde de peine: cette condamnation ne figure donc pas dans son casier judiciaire.

"Utilise-moi pendant le temps qui te convient"

Durant l'enquête sur l'intervention de Lagarde dans l'affaire Tapie (voir ci-dessus), des perquisitions sont menées au domicile de l'ancienne ministre. Une lettre saisie dans ce cadre parvient au journal Le Monde. Il s'agit d'un courrier rédigé par Christine Lagarde à destination de Nicolas Sarkozy.

Celle qui est à l'époque patronne du FMI y déclare au président français d'alors: "Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et ton casting".

Les termes font sensation mais il apparaîtra ensuite qu'il s'agissait en fait d'un projet de lettre de démission de 2008, qui était resté à l'état de brouillon, où Lagarde, à l'époque ministre de l'Economie, s'en remettait au choix du chef de l'Etat français pour la suite de sa carrière politique.

De Lallouette à la chouette

Lagarde n'est pas le nom de famille d'origine de la présidente de la BCE. Elle est née Christine Lallouette, fille aînée d'un couple d'enseignants. Elle se mariera avec Wilfried Lagarde et aura deux enfants avec celui-ci, avant de divorcer.

Mais elle continuera à utiliser son nom d'épouse, sous lequel elle avait construit son début de carrière. Des années plus tard, à la BCE, l'ex-Mademoiselle Lallouette fera allusion à la chouette pour figurer sa position neutre en matière de politique monétaire (lire par ailleurs).

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