Chute de la lire turque, BBVA et Ageas exposés

La lire turque a abandonné jusqu’à 17% lundi avant d’atténuer ses pertes. ©AFP

En limogeant à nouveau le gouverneur de la banque centrale turque, Recep Tayyip Erdogan sape la légitimité de l’institution et les efforts de lutte contre l’inflation.

Jeudi dernier, la banque centrale turque et son gouverneur, Naci Agbal en poste depuis novembre, annonçaient un relèvement de 17% à 19% du principal taux directeur. L’objectif était de contrer une inflation galopante ayant atteint 15,6% en février sur fond de hausse des prix des matières premières et de déclin de la lire turque.  

Quatrième gouverneur en cinq ans

Après une hausse de 8,75% des taux en quatre mois, la patience de Recep Tayyip Erdogan était manifestement à bout. Naci Agbal a ainsi subi le même sort que son prédécesseur et été limogé sans ménagement dimanche.

-17%
Chute de la lire turque en matinée
La lire turque a subi une perte maximale de 17% sur les marchés des changes lundi, avant de limiter les dégâts.

Le président de la Turquie l’a remplacé par Sahap Kavcioglu, qui semble bien plus favorable à une baisse des taux: "Alors que les taux d’intérêt sont proches de zéro à travers le monde, opter pour une hausse de taux pour nous ne résoudra pas les problèmes économiques".

Avec un quatrième gouverneur en moins de cinq ans, l’indépendance de la banque centrale apparaît assez relative, inquiétant les économistes et les marchés. La lire turque a abandonné jusqu’à 17% lundi avant d’atténuer ses pertes. Un euro vaut désormais 9,36 lires turques, moitié plus qu’en juillet 2019 quand le principal taux directeur turc était à 24%.

BBVA et Ageas sanctionnés

La chute de la lire turque a fait chuter la Bourse d’Istanbul, l’indice BIST 100 ayant plongé de 9,79%.

60 mds $
Exposition de BBVA à la Turquie
La banque espagnole BBVA est exposée à la Turquie à hauteur de 60 milliards de dollars.

Les sociétés européennes actives en Turquie ont également souffert. Tout particulièrement BBVA qui est la banque européenne la plus exposée selon Tomasz Noetzel, analyste pour Bloomberg Intelligence. Elle détient près de la moitié de Garanti, deuxième banque privée de Turquie, représentant une exposition de près de 60 milliards de dollars et 16% de son bénéfice brut.

Les effets sur BNP Paribas et ING , dont l’exposition à la Turquie est inférieure à 2% de leurs prêts, étaient moins marqués. David Madden de CMC Markets ne craint pas d’effet boule de neige: "Par le passé, lorsque la lire est devenue incontrôlable, cela n’a eu qu’un impact sur les banques de la zone euro exposées au pays."

Dans le secteur aérien, la chute d’ADP et de Lufthansa semble davantage liée à la prolongation du confinement de l’Allemagne qu’à leurs participations dans des entreprises turques.

Sur Euronext Bruxelles, la Turquie reste un marché important pour Deceunink même si sa dépendance a diminué, le pôle Turquie et marchés émergents représentant un quart de son chiffre d’affaires. Ageas a été davantage sanctionné alors que le groupe a annoncé le rachat de 40% de l’assureur turc AvivaSA pour 142 millions d'euros le mois dernier.

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