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Comment investir dans des marchés aussi incertains?

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Les investisseurs se retrouvent une fois de plus à la croisée de chemins. Soit ils tablent sur un rebond des marchés et un apaisement des tensions commerciales. Soit ils estiment que la récente chute des Bourses n'était qu'un préambule.

Avez-vous déjà imaginé les marchés financiers comme un ring de boxe, où s'affrontent, d'un côté, les acheteurs ("bulls" en anglais) et de l'autre, les vendeurs ("bears")? Chacun y défend son point de vue et de temps en temps, l'emporte sur l'autre. C'est ce que nous venons de vivre en l'espace de trois séances.

Les vendeurs - déjà échaudés par les signes croissants d'un ralentissement économique mondial - ont pris le dessus vendredi et lundi avec le regain de tensions géopolitiques et commerciales. Selon eux, la guerre commerciale et technologique - voire des changes - que se livrent les États-Unis et la Chine va plomber le commerce international et les industries, et provoquer une récession mondiale. Rappelons que la banque d'investissement américaine Goldman Sachs avait déjà tiré la sonnette d'alarme début juinsi les États-Unis imposent des tarifs douaniers de 25% sur 300 milliards de dollars de produits chinois supplémentaires et que la Chine réplique, une récession mondiale pourrait se profiler dans les neuf prochains mois.

De 10% - comme le menace actuellement le président américain Donald Trump - à 25%, il n'y a qu'un pas que le locataire de la Maison-Blanche est à même de franchir, diront les plus prudents d'entre nous...

Un rebond des bénéfices en 2020?

De l'autre côté du ring, les acheteurs n'ont pas dit leur dernier mot. Le coup qu'ils viennent de recevoir ne modifie en rien leurs convictions: la fin du cycle économique ne signifie pas forcément que la récession est à nos portes. Ils s'appuient notamment sur les perspectives à court terme présentées ces dernières semaines par les entreprises cotées. Galvanisés par une saison des résultats trimestriels qui globalement se passe mieux que prévu, certains se mettent même à espérer un rebond des bénéfices l'an prochain.

10,29%
Un rebond des bénéfices en 2020?
Selon les données compilées par Bloomberg, les analystes tablent en moyenne sur une croissance de 10,29% des bénéfices par action des sociétés du S&P 500 en 2020 (contre 3,09% cette année).

Selon les données compilées par Bloomberg, les analystes tablent en moyenne sur une croissance de 10,29% du bénéfice par action des sociétés du S&P 500 en 2020 (contre 3,09% pour cette année), et une croissance de 5,05% des ventes en 2020 (contre 4,07% cette année). "Les prévisions sont généralement intactes. L’amélioration de la marge reste au cœur de ce scénario", expliquent les stratégistes de Bloomberg Intelligence. Ils estiment cependant que les attentes sont exagérées.

"Buy the dip"

Mais forts de ces espérances, auxquelles s'ajoute celle du soutien indéfectible des banques centrales, les acheteurs sont à l'affût de la moindre opportunité d'achat sur les marchés financiers. Comme ce que vient de créer la chute des actions vendredi et lundi. D'où le rebond des Bourses ce mardi.

"Les grands mouvements de baisse sont plus courants les lundis que tous les autres jours de la semaine, et le marché rebondit généralement au lendemain d'un tel mouvement. "Ils n'appellent pas ça "Turnaround Tuesday" pour rien."
Justin Walters
Bespoke Investment Group

"Buy the dip", dit l'un des célèbres adages boursiers. Une stratégie d'ailleurs confirmée par les données historiques. Selon Sundial Capital Research, depuis 1929, le S&P 500 a connu 16 fois une chute de plus de 5% sur deux semaines après avoir touché un plus haut historique. Et par 10 fois, l'indice a rebondi jusqu'à un nouveau record.

De son côté, Bespoke Investment Group avance que depuis 1952, le S&P 500 a en moyenne rebondi d'environ 1% après avoir perdu 2,5% ou plus un lundi. "Les grands mouvements de baisse sont plus courants les lundis que tous les autres jours de la semaine, et le marché rebondit généralement au lendemain d'un tel mouvement", explique Justin Walters de Bespoke. "Ils n'appellent pas ça "Turnaround Tuesday" pour rien."

Les secteurs à privilégier

La question est de savoir si ce rebond va se maintenir ou si la tendance est désormais à la baisse à court/moyen terme. Autrement dit, l'investisseur doit se demander de quel côté du ring il se trouve. Et adapter sa stratégie d'investissement en fonction.

Pour les vendeurs, les séances de vendredi et lundi ont déjà montré où la plupart placent leurs billes: dans les valeurs défensives. L'or  , valeur refuge par excellence, a notamment gagné plus de 7% depuis le 31 juillet. Qui plus est, le spread cuivre/or est passé en faveur du métal précieux pour la première fois durant la présidence de Donald Trump. Ce qui est le signe d'une aversion au risque.

KBC Asset Management conseille, dans une note publiée lundi, d'éviter les secteurs cycliques et à vocation internationale, tels que les biens de consommation durables, l’industrie et les matériaux de base. Et privilégie:

  • les entreprises locales comme les services publics ("utilities"),
  • les actions immobilières (comme Aedifica  ou VGP  )
  • les télécoms (comme Orange Belgium  )

Si, par contre, vous pensez que les tensions commerciales vont dégonfler au fur et à mesure qu'approchent les élections présidentielles aux États-Unis, KBC AM recommande alors de vous intéresser aux géants technologiques chinois (comme Alibaba ou Tencent), au secteur automobile (comme General Motors, Tesla et Volkswagen) et aux semi-conducteurs (comme Infineon, STMicroelectronics et ASM International).

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évite les secteurs cycliques et à vocation internationale, tels que les biens de consommation durables, l’industrie et les matériaux de base.

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