analyse

Comment investir dans la transition énergétique

Entre les fabricants d'éoliennes, la concurrence est rude.

Pour miser sur l'évolution vers un monde plus vert, il faut se montrer sélectif car, dans le secteur du renouvelable, la concurrence est féroce et les pertes fréquentes. Mais à long terme, cela peut payer.

En annonçant son intention d'arriver à la neutralité carbone en 2050, le groupe pétrolier britannique BP  a créé la surprise mercredi. Auparavant, d'autres grandes pétrolières s'étaient engagées dans la transition énergétique mais avec moins d'ambition. Le néerlandais Royal Dutch Shell  veut réduire son empreinte carbone de 50% d'ici 2050. Le français Total  envisage de multiplier par dix sa production d'énergie renouvelable dans les cinq ans à venir.

"Le secteur des énergies renouvelables offre d’énormes opportunités, mais le défi est de trouver des entreprises qui génèrent de solides rendements de façon régulière."
NN Investment Partners

Pour Frank Vranken, chef stratégiste chez Puilaetco, cette reconversion progressive "a davantage de sens aujourd'hui, sachant que le coût du solaire ou de l'éolien onshore est tombé plus bas que le coût de la production de carburants fossiles en plusieurs endroits". Mais il faudra du temps pour que les majors du pétrole changent.

Pour l'investisseur qui ne veut pas attendre, il est possible d'investir directement dans les énergies renouvelables. Ce secteur "offre d’énormes opportunités, mais le défi est de trouver des entreprises qui génèrent de solides rendements de façon régulière", avertit NN Investment Partners (NN IP) dans une note publiée mercredi.

Actions chères

Ainsi, dans le segment du photovoltaïque, dégager des profits est difficile car la concurrence est féroce. Beaucoup de sociétés actives dans le solaire affichent des pertes, comme l'allemand SMA Solar Technology  ou l'américain Vivint Solar .

"Néanmoins, quelques entreprises telles que SolarEdge ont mieux performé que leurs pairs", note NN IP. SolarEdge Technologies  a bondi de 170% l'an dernier. Revers de la médaille: le titre est devenu cher: il se traite à 28 fois le bénéfice estimé... Il y a pire: son compatriote Enphase Energy  cote à 46 fois le profit escompté.

"Le reconversion des pétrolières dans le renouvelable a davantage de sens aujourd'hui, sachant que le coût du solaire ou de l'éolien on-shore est tombé plus bas que le coût de la production de carburants fossiles en plusieurs endroits."
Frank Vranken
Chef stratégiste chez Puilaetco

Côté éolien, NN IP préfère l'espagnol Siemens Gamesa  qui "affiche de solides marges pour les éoliennes et les services en mer". Depuis fin 2012, son action a gagné... 1.000%. Mais elle aussi est chère: 32 fois le résultat attendu.

Le secteur éolien est très compétitif, ce qui provoque des pertes chez plusieurs acteurs, dont l'allemand Nordex  et les indiens Inox Wind et Suzlon Energy. Certains ne résistent pas. L'allemand Senvion , victime de pressions sur les prix, a vu son action tomber à quasiment zéro et a dû céder des activités à Siemens Gamesa.

Patience et prudence

Cette tendance devrait continuer. Les analystes de Bloomberg Intelligence s'attendent à une accélération de la consolidation parmi les fabricants de turbines. Les sociétés qu'ils voient émerger sont Vestas , Siemens Gamesa , Nordex  et General Electric . L'investisseur doit donc se montrer sélectif.

1.000%
Le gain de l'action Siemens Gamesa depuis fin 2012
L'espagnol Siemens Gamesa, actif dans le secteur éolien, a vu son cours de bourse grimper de 1.000% depuis fin 2012. L'action est devenue chère: elle se traite à 32 fois le bénéfice attendu.

Pour miser sur la transition énergétique, on peut aussi investir dans des sociétés qui tirent profit de la "décarbonisation", soit la réduction des émissions de gaz carbonique. Morgan Stanley recommande cinq actions européennes dans ce secteur: Alstom , Covestro , Kingspan , Neste  et RWE . A noter que ces deux derniers sont actifs dans le pétrole et le charbon respectivement, mais affichent des ambitions environnementales élevées.

En résumé, investir dans la transition énergétique nécessite de la patience et de la prudence mais le jeu peut en valoir la chandelle. L'an dernier, l'indice European Renewable Energy de Société Générale, qui reprend les dix plus grandes sociétés européennes du secteur du renouvelable, a bondi de plus de 40%. Depuis fin 2012, il a gagné plus de 400%. Mais attention, il n'a pas encore récupéré ses pertes de 2008. En cas de crise économique, les préoccupations environnementales passent malheureusement souvent à l'arrière-plan...

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