analyse

Comment investir vert?

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Entre fonds, obligations et actions labellisées vertes, le choix est vaste pour l’investisseur. Tout repose sur son système de valeurs.

Investir en se souciant de l’environnement a le vent en poupe. Les banques témoignent toutes d’une demande importante pour des produits d’investissements de la catégorie "Investissement socialement responsable". Ces dernières années, l’offre de sicavs estampillées ISR s’est fortement développée en Belgique. Mais parmi ces fonds, on retrouve différentes catégories, comme ceux qui suivent une thématique (la dépollution de l’eau par exemple), les fonds d’exclusion (qui excluent certaines sociétés ne respectant pas les critères ISR) et les fonds best in class (qui n’excluent aucun secteur d’activité).

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Obligations vertes

Pour l’investisseur qui souhaite investir différemment que dans des fonds, il existe aussi des obligations et des actions qui remplissent les critères ISR. Du côté des obligations, les obligations vertes (green bonds) sont très prisées. Les fonds collectés avec ces obligations sont affectés à des programmes écologiques variés, visant notamment à atténuer le réchauffement climatique, ou à aider les populations aux nouvelles conditions climatiques.

1,5
milliard
Apple a émis en 2016 sa première obligation verte de 1,5 milliard de dollars pour financer des projets d’énergie verte dans sa propre organisation.

La Banque internationale pour la reconstruction et le développement en émet beaucoup et il est possible de trouver des obligations à tranche de 1.000 euros. Les entreprises cotées en émettent aussi. Apple, par exemple, a émis en 2016 sa première obligation verte de 1,5 milliard de dollars pour financer des projets d’énergie verte dans sa propre organisation. Après l’accord sur le climat de Paris en 2015, les émissions d’obligations vertes se sont multipliées. De nombreuses autres sociétés, comme Unilever et Bank of America, en ont émises. Ces obligations sont certifiées le plus souvent par des agences indépendantes comme Sustainanalytics, Vigos Eiris, Ernst & Young et Cicero. Les agences de notation comme Moody’s et Standard & Poors émettent aussi une notation en tenant compte de critères durables pour ces obligations.

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Selon Moody’s, les émissions d’obligations vertes durant les trois premiers trimestres de cette année ont atteint 109,6 milliards de dollars, presque autant que durant la même période en 2017. Elles représentent 2,1% du total des émissions d’obligations dans le monde durant les neuf premiers mois en 2018. Mais Moody’s constate que la part des obligations vertes a remonté dans la proportion des émissions obligataires cette année par rapport à 2017, alors que les émissions obligataires ont diminué dans le monde depuis le début de l’année.

L’agence de notation note aussi une grande tendance dans les sociétés immobilières à émettre des obligations vertes. "Beaucoup de compagnies immobilières commerciales disposent dans leur portefeuille de propriétés qui sont construites selon les critères stricts de l’Union Européenn, notent les analystes de Moody’s dans un rapport. L’émission d’obligations vertes des compagnies immobilières va continuer à augmenter et les sociétés nordiques restent les plus émettrices", ajoutent-ils.

Alexandre Goldwasser, gérant du courtier spécialisé en obligations Goldwasser Exchange, souligne toutefois que "les investisseurs qui souhaitent participer à un projet écologique financé par une obligation doivent le faire lors de l’émission de cette obligation". "Par exemple, si vous achetez l’obligation verte de l’État belge sur le marché secondaire, vous ne participez pas à ce projet écologique car le marché secondaire vous permet d’acheter des obligations à ceux qui en détiennent déjà", indique-t-il.

"Si vous adoptez une stratégie défensive, il faut éviter les quatre grands secteurs polluants."
Ophélie Mortier
Degroof Petercam

Pour la Belgique, il relève quatre obligations vertes en cours: une de l’État belge, une de KBC et deux d’une société spécialisée dans les eaux usées basées à Artselaar, Aquafin.

Ophélie Mortier, responsable de la stratégie d’investissements durables chez Degroof Petercam, souligne quant à elle qu’il est important de regarder quel est le projet financé. "Il existe des obligations vertes émises par des compagnies pétrolières pour financer des projets d’énergie fossile", relève-t-elle. De plus, "des sociétés très engagées sur l’environnement ne peuvent pas émettre d’obligations vertes car celles-ci demandent pas mal d’exigences, dont le reporting, qui ne sont pas à la portée de toutes les entreprises", ajoute-t-elle.

Actions vertes

Investir en actions est aussi possible pour le particulier qui souhaite respecter l’environnement. "Soit vous privilégiez des sociétés qui développent des solutions pour le changement climatique, comme celles qui développent des pompes plus efficaces, ou spécialisées dans le recyclage des déchets, ou actives dans l’éolien et l’énergie alternative, indique Ophélie Mortier. Soit vous adoptez une stratégie défensive, en excluant les quatre grands secteurs polluants, comme l’énergie, les services aux collectivités, le transport et la chimie", ajoute-t-elle.

"Il n’existe pas de vraies sociétés ISR sur la cote belge où de moins en moins de sociétés sont cotées."
Michel Ernst
Analyste actions CBC

"Par exemple, une action qui se retrouve souvent dans les fonds ISR est Umicore, dont les trois activités correspondent à des critères SRI. Elle est active dans les pots catalytiques pour minimiser la pollution des véhicules, elle s’occupe du recyclage des métaux précieux, et de la problématique des matériaux pour les piles électriques", relève Michel Ernst, stratégiste actions senior chez CBC.

"À la Bourse de Bruxelles, le groupe Solvay est aussi de plus en plus durable avec la technologie Solar Impulse, utilisant l’énergie solaire (...) Il y a aussi WDP, active dans la logistique d’entrepôts, alors que l’activité devient de plus en plus importante pour l’aspect durable des entreprises" relève-t-il. Mais Michel Ernst note que sur la cote belge "où de moins en moins de sociétés sont cotées, il n’existe pas de vraies sociétés ISR." Sur les marchés étrangers, il cite la société suisse Geberit. "Elle met au point un système breveté de chasse d’eau qui règle la quantité d’eau des toilettes. Ce système permet d’économiser 4,5 millions de mètres cube par an", indique-t-il.

Les sociétés actives dans l’énergie alternative sont également à privilégier pour l’investisseur soucieux de respecter l’environnement. Par exemple, Vestas Winds, une société danoise leader mondial des éoliennes, profite actuellement à plein des politiques de transition énergétique avec l’abandon des combustibles fossiles au profit d’énergies renouvelables moins polluantes.

Les sociétés actives dans l’énergie alternative sont également à privilégier pour l’investisseur soucieux de respecter l’environnement.

Les livraisons de turbines aux États-Unis ont augmenté de 61% sur le trimestre, à 1,65 gigawatt. Elles représentent plus de la moitié des livraisons, a indiqué le groupe lors de la présentation de ses résultats du troisième trimestre au début du mois. Mais le groupe entrevoit un pic de la demande mondiale pour les éoliennes en 2020.

"Dans le voltaïque, on a assisté à un carnage quand les cours du pétrole ont baissé il y a trois ans. Beaucoup de sociétés se sont effondrées, mais celles qui ont survécu restent des opportunités", souligne Michel Ernst. "Les sociétés actives dans la dépollution de l’eau tombent aussi dans la catégorie, comme American Aqua et Danaher", indique-t-il.

Toutefois, Ophélie Mortier relève que l’investisseur qui souhaite s’exposer à l’énergie renouvelable peut aussi se retrouver confronté à des sociétés pétrolières. "Total et Shell sont des gros contributeurs au développement de l’énergie solaire. Sans les investissements de Total, cela ferait très mal au secteur. Mais Total est mieux que Chevron, qui ne fait aucun investissement dans l’énergie solaire", relève-t-elle. De même, l’investisseur soucieux de sa mobilité pourrait s’intéresser à Tesla, par exemple, qui fabrique des voitures électriques.

"Dans la voiture électrique, on retrouve plein de capteurs fabriqués par des firmes de semi-conducteurs. Ces capteurs sont importants, car en cas de dysfonctionnement, la voiture électrique peut exploser."
Ophélie Mortier

"Mais il ferait un mauvais achat, car la société éprouve des difficultés en termes de génération de flux", souligne Ophélie Mortier. "Dans la voiture électrique, on retrouve plein de capteurs fabriqués par des firmes de semi-conducteurs. Ces capteurs sont importants, car en cas de dysfonctionnement, la voiture électrique peut exploser. Les semi-conducteurs sont en amont de la chaîne, et peuvent aussi offrir des solutions pour le changement climatique", ajoute-t-elle.

Impact du changement climatique

L’investisseur doit aussi prendre en compte l’impact du changement climatique sur les comptes des sociétés cotées. Moody’s relève que 11 secteurs sur 20 ayant émis pour 2.200 milliards de dollars d’obligations ont une exposition de crédit élevée aux risques environnementaux. Parmi ces secteurs, l’agence note que les entreprises actives dans le charbon et les services aux collectivités ont déjà expérimenté des pressions sur leur note de crédit.

Pour les 9 autres secteurs, l’agence souligne que le risque de détérioration de crédit menace aussi les constructeurs automobiles, les constructeurs immobiliers, la chimie, le secteur minier et pétrolier. Or, toute détérioration de note de crédit a un impact sur le cours de la société cotée. De plus, note l’agence, "alors que les gouvernements veulent remplir les objectifs fixés par les accords de Paris sur le climat, le resserrement de la législation sur les émissions de CO2 va avoir un impact important sur les secteurs industriels les plus exposés globalement". Un facteur nouveau, à prendre en considération pour les investisseurs.

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