Comment les actions belges ont traversé la crise depuis la chute de Lehman

Des résultats en progrès constant et la maîtrise de l’endettement constitue le cocktail gagnant des sociétés qui ont traversé sans encombre trois années de crises en Bourse.

Que reste-t-il des actions belges après trois années de crises? La chute de la banque américaine Lehman Brothers à la mi-septembre 2008, suivie de celles de Fortis et, plus récemment, de Dexia, met à mal depuis belle lurette déjà, l’évolution des cours des actions cotées sur Euronext Bruxelles. S’ajoute à ces événements, le problème de l’endettement des États de la zone euro, apparu au grand jour au début de l’année 2010, et qui n’en finit pas de jouer aux prolongations.

Près de 4 sur 10 tout de même

Reflet de ce contexte difficile, l’indice All Shares Return de la Bourse de Bruxelles, celui qui tient compte à la fois du comportement des actions belges et de la distribution de dividendes par les sociétés, accuse au bout des trois dernières années une perte de 20 %. Au risque de surprendre toutefois, force est d’observer que près de 35 % des titres inscrits sur les écrans de cotations d’Euronext Bruxelles arrivent tout de même à engranger des gains sur cette période.

C’est dans les rangs des petites et moyennes entreprises que les actions semblent avoir le mieux résisté. Alors que les indices Bel Mid et Bel Small limitent leurs pertes, depuis 15 septembre 2008, à respectivement1,1 % à 3,8 %, l’indice Bel 20 dédié aux grandes capitalisations, accuse pour sa part une chute de 31,1 %.
La faute revient bien entendu aux valeurs financières que l’on retrouve principalement dans le Bel 20 (et le All Shares Return). Si on avait neutralisé les actions de Fortis, KBC et Dexia à leur niveau d’avant la chute de Lehman, le Bel 20 n’aurait cédé qu’à peu près 7 % à ce jour.

De plus, sur les 20 actions que le Bel 20 compte, 7 d’entre elles, soit 35 % des composants de l’indice, affichent un return positif. Précisons que les performances citées pour les indices Bel Mid, Bel Small et Bel 20 ne tiennent pas compte des dividendes attribués.

Pas de secteurs plus mal lotis que d’autres, hormis… les banques

Aucun secteur ne peut se targuer d’avoir échappé totalement — ou l’inverse — aux effets des crises qui perdurent. Sur l’ensemble des autres places européennes, outre le secteur financier, les entreprises cycliques ont été les plus chahutées, tandis que les valeurs défensives parviennent pour leur part à limiter les pertes. A Bruxelles, cette orientation sectorielle n’est pas aussi tranchée. Parmi les valeurs défensives, c’est-à-dire celles de sociétés dont les résultats résistent tant bien que mal à la morosité économique, certaines ont effectivement limité les dégâts et d’autres ont moins bien performé. Colruyt accuse une perte de 16 %, mais Delhaize Group conserve un gain de 4,2 %. Elia s’adjuge 14,3 %, mais GDF Suez se contracte de 41 %. Idem parmi les actions cycliques, où Nyrstar gagne 36,6 %, mais Recticel plonge de 42,8 %. Autre exemple encore, au rayon des sociétés biotechnologiques, Devgen chute de 52,2 %, mais Galapagos engrange un gain de 31,6 %.

Qu’en retirer comme enseignement? D’abord que ce n’est pas sans mérite que les cours de près de quatre actions sur 10 ont enregistré une performance positive depuis la mi-septembre 2008, malgré la crise financière. Ensuite que la présentation de résultats en progrès année après année, et/ou la volonté d’une société de présenter un bilan sain, sont, en général, les ingrédients de base du cocktail gagnant en Bourse.


→Parmi Les gagnants

Kinepolis. Avec une hausse de 156 % de son cours, c’est le titre qui s’est le mieux tenu ces trois dernières années. Depuis 2005, les résultats du propriétaire de salles de cinéma sont en constante progression. Et en dix ans, il a divisé par deux le montant de ses dettes!

Telenet. Cheminement inverse chez le câblo-opérateur malinois, qui a doublé le niveau de son endettement; ce qui risque de fragiliser sa trajectoire haussière en Bourse (+140 %). Les analystes sont actuellement moins à l’"achat" sur ce titre, et les gestionnaires de fonds belges réduisent progressivement la détention de ce titre.

D’Ieteren. La cession du loueur de voitures peu rentable, Avis Europe, a été fort bien anticipée par la Bourse. L’action a bondi de 132,8 %.

Moury Construct. Le groupe de construction liégeois sait faire face aux crises. En 90 ans d’existence, il n’a jamais connu un exercice déficitaire. De plus, il détient des liquidités pour un montant de 88 euros par titre qui cote 113! L’action a pris 62 %.

RTL Group. Belle performance (+40,4 %) pour ce titre luxembourgeois coté à Bruxelles. Il fait beaucoup mieux que ses concurrents français M6 (-12 %) et TF1 (-31 %).

AB InBev. L’action du brasseur a pris 30 %. Elle pourrait confirmer sa remontée, si le groupe arrive à réduire son niveau d’endettement très élevé.

Barco. Après un passage à vide au milieu des années 2000, Barco (+25 %) reprend de la hauteur, à l’instar de ses ventes.

Econocom. Le récent doublement de son chiffre d’affaires a dopé le cours de son action (+74 %).


→Parmi Les perdants

Alfacam. Des résultats négatifs et un lourd passif mettent son titre (-64 %) sous pression.

BNB. Les minoritaires ayant été déboutés dans leur conflit avec la BNB sur les réserves d’or notamment, la spéculation a fondu comme neige au soleil sur ce titre (-22 %).

PinguinLutosa. Malgré le rachat du spécialiste des frites Lutosa, Pinguin recule de 40 %. Les résultats que réalise le groupe sont irréguliers, tandis que le niveau de l’endettement reste élevé.

Bekaert. Après un pic à 87 euros en janvier dernier, son action est revenue à 31 euros alors que la concurrence chinoise taille des croupières à ses affaires qui restent très rentables en Chine. Bekaert accuse un repli de 11 % en trois ans.

Intervest Office. L’immobilier, une valeur sûre? On en douterait à voir les baisses de cours subies par certaines sicafi, en particulier d’Intervest Retail (-27,1 %), Montea (-16 %), Befimmo (-16 %) et Cofinimmo (-29 %). Notons la bonne tenue d’Aedifica (+37 %) et d’Immo Moury (+28 %) qui n’est pas une sicafi.

Solvay. Saluant le rachat du chimiste français Rhodia par Solvay, la Bourse avait porté l’action jusqu’à 112 euros en juillet dernier. Avant d’être rattrapée par les craintes d’un ralentissement des principales économies dans le monde. Résultat: l’action accuse finalement une perte de 16 %.

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