Confusion totale autour de l'euro

Les prévisionnistes voient troubles: les uns prédisent un euro à 1,20 USD, les autres à 1,49 USD. Pour l'heure, la pression baissière sur l’euro est d’autant plus vive que le marché obligataire est de plus en plus convaincu qu’après la Grèce et l’Irlande, le sauvetage d’autres pays de la périphérie européenne est inévitable.

L’euro va-t-il connaître un épisode de défiance similaire à celui du 1er semestre? On se souviendra que la monnaie unique avait alors dévissé de près de 1,45 USD à quasi 1,18 USD (-18,6 %) et retrouvé du même coup la valeur qui était la sienne lors de sa naissance en janvier 1999. À l’époque, les pays membres de la zone euro avaient eu bien du mal à accorder leurs violons pour éviter que la Grèce ne tombe en défaut de paiement. Même s’ils s’étaient finalement mis d’accord pour accorder une enveloppe de 110 milliards d’euros à la Grèce, le retour au calme fut surtout imputable à la Banque centrale européenne. La BCE avait, en effet, frappé un grand coup en décidant d’accorder des prêts illimités aux banques en difficultés de la zone euro qui ne parvenaient plus à se refinancer sur l’interbancaire.

La BCE rechigne

Mais aujourd’hui l’institut d’émission européen entend mettre progressivement un terme à ses mesures de stimulation monétaires non conventionnelles. Sa politique de taux n’a, il est vrai, pas vocation à se substituer aux politiques budgétaires et fiscales. Le marché interbancaire recommençant à être opérationnel, les grandes banques de la zone euro (surtout allemandes et françaises) font de moins en moins appel aux facilités de crédit de la BCE, qui se sont dégonflées de 300 milliards d’euros depuis fin juin.

Pour autant, comme le souligne Greg Gibbs, stratégiste en devises chez Royal Bank of Scotland, cette volonté de la BCE de remettre les États face à leurs responsabilités, "en diminuant les liquidités prêtées aux banques, exacerbe la crise de la dette publique en zone euro. Et risque du même coup d’accroître la pression sur la banque pour qu’elle soit plus accommodante. Une perspective qui ne peut qu’affaiblir l’euro". En trois semaines, la monnaie unique a décroché de 1,42 à 1,33 USD (-6,3 %), un plus bas de trois mois.

La pression baissière sur l’euro est d’autant plus vive que le marché obligataire est de plus en plus convaincu qu’après la Grèce et l’Irlande, le sauvetage d’autres pays de la périphérie européenne est inévitable. La chancelière Angela Merkel a, elle-même, déclaré que le risque de connaître des sauvetages en série "était exceptionnellement élevé". Tout le monde songe au Portugal, dont la croissance est moribonde depuis dix ans (moins de 1 % par an, en moyenne), voire à l’Espagne dont on voit mal comment le pays parviendra, avec un chômage de plus de 20 %, à mener à bien sa plus sévère cure d’austérité depuis 30 ans. Le pire, comme le souligne Bill Blain, stratégiste auprès de Matrix, le spécialiste des indices CDS, c’est que "ces sauvetages risquent de ne rien résoudre (les Grecs ou les Irlandais doivent toujours se refinancer à des taux longs "impayables" de 12 % et 8,5 %). Le véritable test sera l’Espagne (5 %) qui pourrait également être contrainte de faire appel au fonds de stabilité financière européen".

Le marché considère comme virtuellement nulles les chances que le sauvetage irlandais parvienne à régler la crise de la dette souveraine. Les marchés étant en position de dicter leur loi aux autorités publiques, la crise de défiance menace d’affecter des pays de plus gros calibre (l’Espagne) et de mettre davantage en péril l’édifice européen. Si d’aventure l’Espagne devait appeler à l’aide, ce ne serait plus 200 milliards d’euros, comme dans les cas grec et irlandais, qui devraient être déboursés par la zone euro, mais le double.

Faible visibilité

Les compteurs s’affolent et l’euro fait de même. Du coup, les prévisionnistes ont du mal à s’accorder. Les plus pessimistes, comme BNP Paribas ou Bank of America Merrill Lynch, voient l’euro se replier à 1,20-1,25 USD d’ici le 3e trimestre 2011. Les plus optimistes, comme Credit Suisse ou JPMorgan, tablent sur 1,45-1,49 USD. C’est dire s’il faut être méfiant par rapport au consensus Bloomberg qui évoque un cours moyen de 1,33 USD en 2011.

Taux réels US

En fait, mieux vaut sans doute, comme l’explique Bilal Hafeez, analyste de Deutsche Bank, "se fier à l’évolution des taux réels américains qui semblent désormais expliquer beaucoup mieux (à 60 %) le comportement de l’euro que la crise de la dette souveraine (20 %). Du moins tant que l’Espagne n’entre pas dans la ronde". Contrairement à ce que l’on pourrait intuitivement penser, le risque systémique de la dette périphérique influence désormais moins l’euro/dollar que le coût réel du crédit aux Etats-Unis. Et l’analyste de rappeler que "l’euro, les devises émergentes, les marchés boursiers et les matières premières ont tous plafonné après que la Réserve fédérale US (Fed) eut décidé de racheter à nouveau des Treasuries afin de raviver la croissance (et l’inflation)". Depuis lors, les taux réels US et le dollar remontent de concert. Une corrélation à suivre donc…

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