Coup dur pour les matières premières

Les valeurs minières ont souffert du recul des prix des matières premières. ©AFP

Le geste de la Chine pour enrayer la hausse des prix des matières premières et une Fed moins accommodante ont fait reculer les cours des valeurs minières en Europe.

Les bourses européennes et américaines ont achevé cette semaine sur une note d'inquiétude. Le Stoxx 600 a lâché 1,19% en variation hebdomadaire, sur fond de prises de bénéfices. L'indice n'a pas su enchaîner sa cinquième semaine de progression. À la bourse de Bruxelles, le Bel 20 a enfin retrouvé son niveau d'avant-pandémie, pour terminer ce vendredi à 4.137,78 points. Mais l'indice a affiché un recul de 1,25% sur la semaine.

La Réserve Fédérale américaine a jeté un froid sur les marchés en adoptant un ton moins accommodant. Elle a suggéré une première hausse des taux d'intérêt aux États-Unis en 2023 et un début de discussion sur une diminution de ses rachats de titres sur les marchés. Le changement de ton de la banque centrale a surpris car jusqu'à présent, elle s'était montrée déterminée à garder sa politique monétaire très souple pour aider l'économie américaine à se reprendre. La hausse récente de l'inflation aux États-Unis a toutefois provoqué une réaction de la Fed. Celle-ci a relevé ses prévisions d'inflation pour cette année à 3,4%, et estimé que la hausse des prix à la consommation devraient revenir autour de 2% en 2022.

"Le changement de la Fed dans l'appréciation des risques sur l'année à venir a eu des fortes conséquences sur le marché obligataire, et dans une moindre mesure sur les marchés actions."
Sebastian Paris Horvitz
Directeur de la recherche de LBPAM

Les analystes ont toutefois noté un impact limité de la Fed sur les marchés. "Le changement de la Fed dans l'appréciation des risques sur l'année à venir a eu des fortes conséquences sur le marché obligataire, et dans une moindre mesure sur les marchés actions", a constaté Sebastian Paris Horvitz, directeur de la recherche de LBPAM. "La possibilité d'un relèvement des taux directeurs plus tôt que prévu a poussé notamment les anticipations d'inflation à la baisse alors que les taux réels remontaient quelque peu, mais au total les taux à long terme ont baissé après les annonces", a-t-il ajouté. Le taux allemand à dix ans est tombé à -0,205%.

Des valeurs minières en souffrance

Au sein du Stoxx 600, le secteur minier a souffert cette semaine suite à la vigueur du dollar - face aux autres devises - qui a bénéficié des annonces de la Fed. Le compartiment a signé la plus forte baisse de l'indice, avec un recul de 7,86% sur la semaine. Un dollar plus fort rend les prix des matières premières liées au billet vert plus chers et moins attirant pour les investisseurs en devises étrangères. Le cours du cuivre en particulier a connu sa chute hebdomadaire la plus importante depuis mars 2020, avec une baisse de 7,5%.

Le tassement de la production industrielle chinoise en mai a aussi pesé sur les matières premières et les valeurs minières cette semaine. L'empire du Milieu a aussi annoncé puiser dans ses réserves nationales et mettre sur le marché des métaux pour atténuer la flambée des prix des matières premières. "Cela stimulera l'offre à court terme, envoyant un signal baissier au marché", a indiqué Jia Zheng, trader en matières premières chez Dongwu Jiuying Investment Management.

"Les marchés d'actions, qui ont raison, indiquent que l'inflation des matières premières a déjà atteint son pic."
Jim Cramer
Présentateur de "Mad Money" sur CNBC

Des investisseurs célèbres estiment que le super cycle des matières premières a touché à sa fin. Jim Cramer, qui tient le show "Mad Money" sur la chaîne CNBC, a déclaré que "les marchés d'actions, qui ont raison, indiquent que l'inflation des matières premières a déjà atteint son pic". "Oubliez le transitoire, le marché dit que c'est à peu près terminé", a-t-il ajouté.

Jim Cramer a pointé un déclin général des valeurs liées aux matières premières. Aux États-Unis, le producteur de cuivre Freeport-McMoRan a perdu environ 20 % sur un mois. En Europe, des actions comme Anglo American et Antofagasta ont lâché plus de 12% sur la même période. Le producteur d'acier ArcelorMittal a reculé de près de 10%.

Un pétrole moins affaibli

Les cours du pétrole ont échappé à la déroute des prix des matières premières. "La perspective de hausse de taux a pesé sur les perspectives de croissance à long terme, ce qui finirait par nuire à la demande de pétrole, contrairement aux perspectives de croissance de la demande à court terme, alors que les blocages pandémiques se relâchent et que les voyages routiers et aériens reprennent", a noté Justin Smirk, économiste chez Westpac. Le baril de Brent a avancé de 1,38% à 73,69 USD d'un vendredi à l'autre.

Les prix du pétrole ont également chuté après que la Grande-Bretagne a signalé jeudi sa plus forte augmentation quotidienne de nouveaux cas de Covid-19 depuis le 19 février, les chiffres du gouvernement indiquant 11;007 nouvelles infections contre 9;055 un jour plus tôt.

2.000
Dollars
Les analystes de Commerzbank ont maintenu leur objectif de cours pour l'or d'ici la fin de l'année.

Jeudi, les remarques du principal négociateur iranien, Abbas Araghchi, ont ajouté au sentiment négatif sur le pétrole, déclarant que les pourparlers entre Téhéran et Washington sur la relance de l'accord nucléaire iranien de 2015 étaient plus proches que jamais d'un accord.

De son côté, l'or n'a pas non plus résisté après la réunion de la Fed. Les cours du métal jaune sont tombés jusqu'à 1.770 dollars cette semaine et ont enregistré une baisse hebdomadaire de 4,5%. Toutefois, des analystes chez Goldman Sachs et Commerzbank estiment que les prix de l'or pourraient rebondir. Chez Commerbank, l'objectif de cours de 2.000 dollars d'ici la fin de l'année a été maintenu.

Le résumé

  • Les marchés d'actions ont plié cette semaine sur des prises de bénéfices après une Fed moins accommodante.
  • Les valeurs minières ont souffert de la hausse du dollar face aux autres devises.
  • Des analystes pensent que le super cycle des matières premières a touché à sa fin.
  • Les cours du pétrole n'ont pas été épargnés par la baisse des prix des matières premières.

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