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Critères climatiques trop peu décisifs dans les ETF verts

L'ETF iShares MSCI World Paris-Aligned Climate de BlackRock figure parmi les fonds analysés dans le cadre de l'étude de l'Edhec Scientific Beta. ©EPA

Une étude pointe des lacunes dans la constitution d'indices climatiques répliqués par des fonds indiciels présentés comme verts. Des ETF célèbres sont visés.

Les investisseurs sont trompés sur la marchandise quand ils placent leur argent dans des produits financiers censés avoir un impact positif sur le changement climatique. C'est la conclusion d'une étude réalisée par la chaire académique Edhec Scientific Beta, abritée par l'école de commerce lilloise Edhec Business School.

12%
Critères verts
Les critères climatiques ne pèsent que 12% dans la constitution des indices verts.

Les chercheurs ont identifié trois problèmes principaux qui conduisent à un manque de cohérence des indices boursiers verts avec les objectifs climatiques.

1. Le climat intervient peu dans les pondérations

Premièrement, selon leurs travaux, les performances climatiques des entreprises n'interviennent qu'à hauteur de 12% dans la composition d'indices sur lesquels sont basés des ETF (exchange-traded funds, soit des fonds indiciels cotés ou "trackers") présentés comme verts. "Dans les stratégies climatiques, les méthodes de pondération habituelles (utilisées pour constituer ces indices, ndlr) sont incompatibles avec l'incitation des entreprises à réduire leurs émissions", concluent-ils.

"Une proportion significative d'actions bénéficient d'une augmentation de pondération malgré une détérioration de leurs performances climatiques."
Les auteurs de l'étude de l'Edhec Scientific Beta

"Les scores climatiques ont seulement un impact marginal sur les pondérations. Ces pondérations sont principalement influencées par d'autres aspects, tels que la capitalisation boursière." Ces aspects financiers interviennent à concurrence de 88% dans la sélection des titres cotés qui intègrent les indices boursiers verts, montre l'étude.

2. Incohérence avec l'évolution des entreprises

Deuxième problème: on constate un manque d'adaptation à l'évolution des entreprises sous-jacentes. "L'évolution des pondérations d'actions au fil du temps dans les stratégies climatiques n'est pas à même d'envoyer un signal cohérent aux entreprises", notent les chercheurs.

"Nous observons une proportion significative d'actions qui bénéficient d'une augmentation de pondération malgré une détérioration de leurs performances climatiques."

3. Stratégie de sous-pondération inefficace

Troisièmement, la constitution des indices verts recourt à des stratégies trop simplistes. "D'importants secteurs associés à des émissions élevées, comme le secteur de la production d'électricité, peuvent être fortement sous-pondérés dans les stratégies climatiques", relèvent les auteurs de l'étude. "Une telle sous-pondération permet au portefeuille d'afficher des scores verts plus élevés en moyenne mais cela ne répond pas à la question de savoir comment les producteurs d'électricité devraient être incités à produire une électricité plus propre."

Autrement dit: se contenter d'exclure de telles entreprises de l'univers d'investissement n'a pas d'impact sur leur transition vers des modèles d'affaires plus respectueux de l'environnement.

Quelques grands noms

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont étudié des indices climatiques composés par les principaux fournisseurs d'indices que sont MSCI, FTSE Russel, S&P Dow Jones, Stoxx et Euronext.

"Les investisseurs devraient plutôt chercher à avoir un impact sur le comportement des entreprises."
Les auteurs de l'étude de l'Edhec Scientific Beta

Ils ont aussi analysé une sélection d'ETF européens qui répliquent ces indices. On y trouve quelques grands noms des fonds indiciels, tels que BlackRock (l'étude cite notamment le tracker iShares MSCI World Paris-Aligned Climate), Amundi et son fonds Lyxor MSCI World Climate Change, par exemple, ou encore BNP Paribas avec, entre autres, son tracker BNP Paribas Easy Low Carbon 100 Europe PAB (soit "Paris-aligned benchmark")...

La conclusion est que derrière ces noms ronflants se trouvent généralement des stratégies de sélection d'entreprises qui ne sont pas cohérentes avec la recherche d'un impact favorable à la planète.

Que faire?

Les auteurs de l'étude estiment qu'il faut donc aller au-delà de ce que les fournisseurs d'indices et d'ETF proposent. "Notre recommandation aux investisseurs soucieux du climat est de rester vigilants quand ils se voient offrir la 'chaleur rassurante' de portefeuilles améliorés grâce à des mesures climatiques et de regarder au-delà des améliorations cosmétiques", écrivent-ils.

"Ils devraient plutôt chercher à avoir un impact sur le comportement des entreprises en combinant des efforts de sensibilisation et des décisions d'allocation cohérentes."

Le résumé

  • Selon une étude académique, les fonds indiciels cotés (ETF ou trackers) qui répliquent un indice boursier censé avoir un impact positif sur le climat ont, en réalité, peu d'influence sur la transition des entreprises vers des modèles d'affaires plus verts.
  • Les scientifiques identifient trois problèmes: les critères verts ne pèsent que 12% dans la stratégie de pondération des indices, l'évolution des entreprises au regard du défi climatique est trop peu prise en compte et des stratégies simplistes de sélection de titres n'ont pas d'impact.
  • Plusieurs grands noms de la finance sont visés dans cette étude, dont BlackRock, Amundi ou encore BNP Paribas.
  • Selon les auteurs de l'étude, les investisseurs doivent être vigilants et aller au-delà des aspects cosmétiques des fonds qui leur sont proposés.

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