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D'où vient cette soudaine montée des taux US?

©Bloomberg

Le bond des taux obligataires américains a poussé les marchés dans le rouge ce jeudi, les investisseurs anticipant un resserrement monétaire plus ferme de la part de la Banque centrale américaine. De quoi rendre les marchés boursiers moins attractifs.

Les récentes données conjoncturelles américaines et l'optimisme du président de la Fed, Jerome Powell, sur les perspectives de croissance ont conduit les investisseurs à ouvrir brusquement les yeux sur la vigueur de la croissance aux Etats-Unis faisant oublier les craintes d'une inversion de la courbe des taux annonciatrice d'une prochaine récession.

Mercredi, le président de la Fed, Jerome Powell, a souligné que les perspectives économiques aux Etats-Unis étaient "remarquablement favorables" et même que la phase d'expansion en cours pourrait se poursuivre "de fait indéfiniment". Son appréciation intervenait après la publication d'un indice ISM du secteur des services - qui représente les deux tiers du secteur productif américain - pour le mois de septembre à 61,6, au plus haut depuis 1997.

"Un deuxième trimestre consécutif de croissance à plus de 4% en rythme annualisé ne passerait pas inaperçu aux yeux des membres de la Fed les plus orthodoxes."
Les analystes de Natixis

Combiné avec son équivalent pour le secteur manufacturier, il signale une très nette accélération de la croissance américaine au troisième trimestre, dont une première estimation sera publiée le 26 octobre. "L'ISM suggère que nous pourrions constater une accélération de la croissance du PIB en rythme annualisé, d'un peu moins de 3% à près de 5% (au troisième trimestre). Ce serait beaucoup trop élevé (...) et nous anticipons une croissance proche de 4%", expliquent Joseph Lavorgna et Thomas Julien de Natixis. "Un deuxième trimestre consécutif de croissance à plus de 4% en rythme annualisé ne passerait pas inaperçu aux yeux des membres de la Fed les plus orthodoxes", préviennent-ils.

Le marché obligataire se tend

Le taux d'emprunt sur la dette à 10 ans des États-Unis, après avoir déjà fortement grimpé la veille, a continué sur sa lancée ce jeudi, montant jusqu'à plus de 3,2% pour la première fois depuis 2011. De même le taux d'emprunt sur la dette à 30 ans s'est hissé jusqu'à 3,39% jeudi, son plus haut niveau depuis 2014.

Dans son sillage, celui du Bund allemand de même échéance a pris jusqu'à plus de cinq points de base en séance pour atteindre 0,551%, son plus haut niveau depuis mai. Echappant à la hausse quasi généralisée, les rendements italiens ont fini pratiquement stables.

La croissance de l'économie américaine a atteint 4,2% au deuxième trimestre. Cette perspective a entraîné une brusque tension sur les taux longs, avec à la clé une "repentification" de la courbe américaine des taux qui éloigne les craintes d'une inversion de la courbe, considérée comme un signe avant-coureur de récession. Cette repentification a aussi corrigé une anomalie observée ces dernières semaines, puisque la courbe des taux américaine était brièvement devenue plus plate que celle du Japon, dont l'économie est pourtant nettement moins vigoureuse que celle des Etats-Unis et dont la banque centrale encore très prudente en matière de normalisation de sa politique monétaire.

La perspective d'une hausse plus marquée qu'anticipé jusqu'à présent des taux aux Etats-Unis et l'appréciation du billet vert qui l'accompagne vont durcir les conditions de financement en dollar alors que les prêts en dollar au secteur non-bancaire ont explosé depuis la crise financière de 2007-2008, en particulier dans les pays émergents. "Les prêts internationaux en dollar au secteur non-bancaire ont plus que doublé à 11.500 milliards de dollars depuis la mi-2017", relèvent les économistes de TS Lombard. "Les entreprises des pays émergents ont emprunté de manière particulièrement agressive en dollar et environ deux tiers de la dette extérieure des pays émergents sont libellés en dollar", poursuivent-ils. Ils notent aussi que l'accès limité des banques non-américaines au refinancement en dollar est susceptible d'accentuer le tarissement de la liquidité, en particulier en cas de stress sur les marchés.

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