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Des analystes sceptiques sur l'action de la BCE

Christine Lagarde, la présidente de la BCE, ne devrait rien annoncer jeudi. ©REUTERS

Les marchés s'attendent à ce que la Banque centrale européenne annonce le rachat des obligations pourries jeudi, comme la Fed l'a fait juste avant. Mais les analystes ne sont pas tous convaincus.

Les regards des investisseurs se tournent déjà vers la Banque centrale européenne (BCE), dont le conseil de gouvernance doit se réunir ce jeudi pour discuter de la politique monétaire. Ils s'attendent à ce que l'institution annonce le rachat d'obligations qui ont récemment basculé dans la catégorie "pourrie", comme l'a fait la Réserve fédérale américaine (Fed), et après l'annonce de la Banque centrale du Japon de racheter des obligations d'entreprises.

Les investisseurs s'attendent aussi à ce que la BCE élargisse son programme d'achats d'urgence pandémique (PEPP) de 750 milliards d'euros déployé depuis la pandémie de Covid-19. Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management, a calculé qu'au rythme de 5 milliards d'euros par jour, le rachat d’actifs sous le PEPP serait épuisé d'ici septembre. Il s'attend à ce que la BCE ajoute au moins 250 milliards d'euros à son programme d’ici l’été.

"La présidente de la BCE, Christine Lagarde, est attendue notamment sur la répartition des achats d'actifs dans le cadre du PEPP de 750 milliards d'euros lancé mi-mars, qui n'a pas été précisé. Elle pourrait également donner des indications sur la capacité de la BCE à faire plus pour répondre aux tensions sur les "spreads"' et aux problématiques des Etats les plus fragiles."
Franck Dixmier
responsable de la gestion obligataire chez Allianz IG

Toutefois, du côté des analystes, les attentes sont peu élevées pour la réunion de la BCE ce jeudi. "Nous n'attendons pas d'annonces particulières lors des prochaines réunions de la BCE et de la Fed, celles-ci agissant en continu, dans l'urgence, pour s'adapter à la dégradation des économies et aux tensions de marchés", a indiqué Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires chez Allianz GI. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, est attendue notamment sur la répartition des achats d'actifs dans le cadre du PEPP de 750 milliards d'euros lancé mi-mars, qui n'a pas été précisé. "Elle pourrait également donner des indications sur la capacité de la BCE à faire plus pour répondre aux tensions sur les "spreads" et aux problématiques des Etats les plus fragiles", ajoute Franck Dixmier.

Chez ING DiBa, l'économiste Carsten Brzeski n'entrevoit pas que la BCE décide de nouvelles mesures lors de sa réunion de jeudi. "Cela ne signifie pas que la BCE en a fini avec ses mesures.  En fait, compte tenu de l'ampleur de la contraction, de la faiblesse de l'inflation et de la baisse des anticipations d'inflation et du risque d'un nouvel élargissement des écarts de rendement des obligations d’Etat, nous nous attendons à ce que la BCE intensifie son PEPP. La réunion de juin avec une nouvelle série de projections économiques serait le bon moment pour annoncer une telle augmentation", indique-t-il.

Un élargissement anticipé

La BCE a élargi cette semaine l'éventail des garanties éligibles aux prêts à la dette des Etats et des entreprises ramenée à Non Investment Grade lors de la flambée de coronavirus. Sa décision a laissé la porte ouverte à un mouvement encore plus audacieux, à la suite de la Réserve fédérale américaine, en promettant des achats directs d'obligations  "anges déchus" rétrogradées de la note Investment Grade à Junk.

750 milliards d'euros
Le Programme d'achats d'urgence pandémique (PEPP)
Les analystes s'attendent à ce que le PEPP lancé par la BCE à la mi-mars soit élargi dès cet été.

"C'est une chose de soutenir la dette souveraine dans une crise mondiale de la santé, mais c'est une autre chose pour la BCE de toucher plus largement le sous-investissement (dette des entreprises)", a déclaré Andrew Mulliner, gestionnaire de fonds obligataires chez Janus Henderson Investors. "(La BCE) ne veut pas être considérée comme soutenant les entreprises qui ont pris beaucoup de risques dans leurs bilans." "Renflouer des entreprises à grande échelle par des achats directs de leur dette n'est pas vraiment le travail de la BCE", a déclaré Volker Wieland, professeur à l’Institut de stabilité monétaire à Francfort.

Les analystes bancaires prévoient que jusqu'à 100 milliards d'euros de dettes d'entreprises européennes seront rétrogradés à "pourries" en 2020.

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