"Des rendements négatifs pour la dette américaine ne sont plus inimaginables"

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Semaine animée sur les marchés financiers. Après un début chahuté en raison d’un regain de tensions commerciales sino-américaines, les Bourses ont ensuite tenté de réduire leurs pertes. Les rendements des bons du Trésor ont pour leur part nettement reflué, au point que certains experts de la gestion de portefeuille n’excluent pas le passage de ces rendements en territoire négatif. Principal gagnant de l’environnement actuellement fort incertain, l’or a franchi de nouveaux caps à la hausse.

Ceux qui craignaient des marchés "estivaux", marqués par l’ennui en raison de l’absence d’opérateurs partis sous des cieux plus ensoleillés, auront été surpris. Les journées ont plutôt été animées sur les marchés financiers lors de la semaine écoulée.

Le passage de la monnaie chinoise, le yuan ou renminbi, au-delà de la barre des 7 pour un dollar a fini par rendre nerveux les investisseurs qui craignent que Pékin ne laisse délibérément glisser sa monnaie. Les autorités politiques et monétaires de la Chine étaient effectivement soupçonnées d’agir de la sorte – ce qu’elles ont démenti –, afin de mieux absorber les taxes douanières (passées ou à venir) imposées par Donald Trump aux produits chinois importés aux Etats-Unis. Avec, pour revers, le risque d’attiser un peu plus encore la colère du Président américain et donc la guerre commerciale entre les deux plus grandes économies du monde. Plus personne n’ignore à ce jour que cette perspective fait craindre un basculement de l’économie mondiale dans la récession.

À ce jour, 25% du total des obligations émises dans le monde affichent des rendements négatifs.

En soi, le repli de 1,5% de la monnaie chinoise lundi dernier à 7,08 pour 1 dollar n’avait pas de quoi inquiéter outre mesure les marchés. Mais ce nouvel accès de faiblesse s’ajoute aux pertes que le yuan avait déjà accumulées depuis le début des "hostilités" commerciales initiées par Donald Trump. C’était en mai 2018. Depuis cette date, le yuan accuse une perte de 12,3%. On peut fort bien comprendre que cela ait fini par exacerber les marchés. D’où la chute de 2,9% lundi de Wall Street qui paradait encore pas très loin de ses plus hauts historiques.

Une perte que la Bourse de New York est en outre parvenue à juguler au fil des jours avec le retour au calme sur les marchés des changes. Le Dow Jones n’affichait plus qu’une baisse de 1,2% à vendredi 19h, à 26.164,46 points.

En Europe, freiné dans sa remontée par la baisse des valeurs automobiles (-3,4%), du pétrole (-3,5%), des banques (-4,1%) et des ressources naturelles (-5%), le Stoxx 600 a conservé une perte de 1,74% à 371,56 points. A Bruxelles, l’indice Bel 20 a cédé 2,17%, pour s’établir à 3.534,57 points.

L’or à 1.500 dollars

Le fait saillant de la semaine, c’est surtout du côté des marchés obligataires qu’il a été pointé. Le vent qui semble tourner dans la mauvaise direction dans certains secteurs de l’économie américaine, et que les tensions commerciales risquent par ailleurs d’amplifier, a cette fois, plus que précédemment, touché le marché secondaire de la dette émise par les Etats-Unis. Les rendements des bons du Trésor se sont mis à reculer. Celui à 10 ans est tombé de 1,85% à 1,69% et celui à 2 ans de 1,71% à 1,61%.

Le rendement du bon à 10 ans tend ainsi à se rapprocher de son plancher de ces dernières années touché en juin 2016, à 1,47%. Il se pourrait fort bien qu’il retrouve ce niveau dans un temps pas très éloigné. Certains experts de la gestion de portefeuille vont plus loin encore. Ils n’écartent plus la perspective de voir les rendements des bons du Trésor virer en territoire négatif.

Aux Etats-Unis, "si la Fed ramène les coûts d’emprunt à un niveau proche de 0% et relance des achats d’obligations pour éviter une récession, des rendements négatifs pour les bons du Trésor pourraient rapidement devenir réalité".
Joachim Fels
Conseiller économique mondial de Pimco

Des gestionnaires de JPMorgan A.M. s’étaient tout récemment exprimés dans ce sens. Jeudi, c’était au tour de Joachim Fels, le conseiller économique mondial de Pimco, d’abonder en ce sens. Aux Etats-Unis, "si la Fed ramène les coûts d’emprunt à un niveau proche de 0% et relance des achats d’obligations pour éviter une récession, des rendements négatifs pour les bons du Trésor pourraient rapidement devenir réalité", écrit-il dans un blog posté mercredi.

Cette perspective ne fera que gonfler la masse de dettes dans le monde (environ 14.000 milliards de dollars à ce jour) présentant des rendements négatifs. Des rendements négatifs en Europe, au Japon et bientôt aux Etats-Unis: il s’agit à tout le moins d’un environnement à la fois inédit et anormal, qui suscite bien des interrogations. L’on comprend dans ce contexte que le métal jaune, considéré comme une valeur refuge, ait encore aiguisé l’appétit des investisseurs inquiets face à cette situation.

L’or intéresse aussi les investisseurs cherchant à se protéger contre les dépréciations des monnaies. C’est le cas des banques centrales émergentes.

L’or intéresse aussi les investisseurs cherchant à se protéger contre les dépréciations des monnaies. C’est le cas des banques centrales émergentes. Mais aussi des citoyens britanniques dont leur livre sterling recule pour la 14e semaine de suite! De 1,5% cette semaine à 1,078 euro.

Pour la première fois depuis mai 2013, l’once d’or a franchi le niveau des 1.500 dollars l’once, à 1.502 dollars.

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