Des taux bas plus longtemps? La BCE va préciser son objectif

L'objectif d'inflation de la BCE est désormais fixé à 2% et est dit symétrique. Christine Lagarde, la présidente de l'institut monétaire, doit préciser la portée de ce nouveau concept. ©REUTERS

La nouvelle cible d'inflation de 2% de la BCE appelle une modification des indications que celle-ci donne aux investisseurs sur sa future politique monétaire.

La Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle maintenir une politique très souple plus longtemps que prévu? La question est sur toutes les lèvres, depuis que l'institut monétaire a annoncé, le 8 juillet, un nouvel objectif d'inflation. Des précisions à ce sujet devraient être apportées à l'issue de la réunion de l'institution européenne de ce jeudi.

"La BCE pourrait lier davantage le programme d'achats d'actifs à la cible d'inflation."
Carsten Bzeski
Chef économiste chez ING en Allemagne

La nouvelle cible d'inflation de la BCE, fixée à 2% au lieu d'un niveau proche de 2% mais inférieur à ce seuil, appelle des clarifications. Une modification de la "forward guidance" (indication pour l'avenir) est attendue. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a laissé entendre qu'une telle modification devrait être actée ce jeudi.

Ajustements en vue

En tout cas, concernant l'évolution future des taux d'intérêt directeurs, la "forward guidance" doit nécessairement être modifiée car elle est formulée comme suit: "Nous prévoyons que ces taux resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu’à ce que nous ayons constaté que les perspectives d’inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à 2 %." Cette notion d'un niveau d'inflation légèrement inférieur à 2% devrait logiquement disparaître du vocabulaire de la BCE.

2%
Nouvel objectif d'inflation
La BCE cible désormais une inflation de 2%, un objectif dit "symétrique", ce qui autorise un dépassement durant une période transitoire.

La gardienne de l'euro pourrait en profiter pour ajuster les autres aspects de sa "forward guidance". Il s'agit là des perspectives envisagées pour les achats d'actifs d'urgence face à la crise sanitaire (PEPP: pandemic emergency purchase programme) et pour le programme d'achats d'actifs "normal" (APP: asset purchase programme).

Concernant le PEPP, la BCE s'engage actuellement à maintenir les achats "au moins jusqu’à fin mars 2022 et, dans tous les cas, jusqu’à ce que le conseil des gouverneurs juge que la crise du coronavirus est terminée". L'APP doit, quant à lui, continuer "aussi longtemps que nécessaire pour renforcer les effets accommodants des taux directeurs" et doit prendre fin avant un premier relèvement de ces taux.

Faucons contre colombes

Pour Carsten Brzeski, chef économiste d'ING en Allemagne et fin connaisseur des rouages de la BCE, la "forward guidance" concernant les taux directeurs devrait subir peu de changements. Par contre, "la BCE pourrait lier l'APP davantage à la cible d'inflation, ce qui ouvrirait la porte à une réduction des achats PEPP et, en même temps, à une augmentation des achats APP". Selon lui, la banque centrale pourrait aussi clarifier ce qu'elle entend par la fin de la crise du coronavirus: "La pandémie sera-t-elle finie quand la zone euro aura atteint une immunité collective, ou quand l'économie aura atteint son niveau d'avant-crise, ou encore lorsque les projections d'inflation de la BCE retrouveront leur niveau de fin 2019?", s'interroge M. Brzeski.

"Les marchés sont confrontés à un degré d'incertitude considérable sur la future politique de la BCE, ce qui pourrait provoquer de la volatilité."
Willem Verhagen
Économiste chez NN Investment Partners

Les économistes attendent aussi une autre clarification: le nouvel objectif d'inflation implique-t-il bien que la politique monétaire très souple durera plus longtemps que prévu? En effet, l'objectif de hausse des prix, désormais fixé à 2%, est qualifié de symétrique, ce qui signifie qu'un dépassement est toléré pour une période transitoire pour compenser un niveau trop faible antérieur.

Sur toutes ces questions, la lutte entre des faucons, partisans d'une politique monétaire plus ferme, et les colombes, tenants d'une stratégie plus accommodante, s'annonce rude. "Les marchés sont donc confrontés à un degré d'incertitude considérable sur la future politique de la BCE, ce qui pourrait bien être un ferment de volatilité", juge Willem Verhagen, économiste chez NN Investment Partners.

Le résumé

  • Ce jeudi, la Banque centrale européenne tient sa première réunion de politique monétaire depuis l'annonce de son nouvel objectif d'inflation.
  • Cette nouvelle cible de hausse des prix, fixée à 2%, implique des changements de la "forward guidance", soit les indications que la BCE donne au marché sur sa future politique monétaire.
  • Faut-il y voir aussi la promesse d'une politique monétaire plus durablement souple qu'auparavant? Ce point appelle aussi une clarification.
  • Au sein de la BCE, les partisans d'une politique monétaire plus ferme, qualifiés de faucons, continueront à batailler avec les tenants d'une politique souple, appelés les colombes.

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