analyse

Des valeurs biotechnologiques belges en grande forme

©REUTERS

Les quatorze biotechs cotées à la Bourse de Bruxelles ont offert une performance de plus de 8% depuis le début de l’année, portée par un sentiment positif envers le secteur.

L’annonce du rachat de la société Ogeda par la firme japonaise Astellas, pour 23 fois la mise des actionnaires de la biotech wallonne, a mis en lumière tout le secteur à la Bourse de Bruxelles cette semaine. Une valeur, Galapagos, a particulièrement profité de l’engouement pour les biotechs. Le titre a atteint un nouveau record, et rien ne semble arrêter sa course vers le haut. Mais en regardant les performances du secteur belge depuis le début de l’année, il faut constater que celui-ci signe une belle envolée après une année 2016 très décevante. En moyenne, les quatorze sociétés biotechs cotées à Bruxelles ont offert une performance de plus de 8% depuis janvier, alors qu’en 2016, elles avaient perdu en moyenne 23,20%. Seuls quatre titres affichent un recul depuis le début de l’année. Il s’agit de Genkyotex (anciennement connue sous le nom de Genticel), Bone Therapeutics, Curetis, et Biocartis. En 2016, seules quatre valeurs étaient parvenues à afficher un gain. Le reste de la liste indiquait du rouge vif. "Le secteur a éprouvé beaucoup de difficulté en 2016 en raison du débat autour du prix des médicaments aux Etats-Unis. Mais après les élections présidentielles, ce débat s’est affaibli. On a assisté à un rebond mondial sur le secteur biotechnologique", explique Rudi Van Den Eynde, head of thematic global equity chez Candriam.

Le rachat d’Ogeda cette semaine a également profité au secteur car il relance les spéculations autour d’autres fusions-acquisitions. "Ce rachat montre que des investisseurs privés réfléchissent à acquérir des sociétés du secteur pour des sommes considérables, et cela fait rêver le marché", relève Rudi Van Den Eynde.

La banque Goldman Sachs a aussi pointé ce facteur de soutien pour les valeurs biotechnologiques. Elle a relevé jeudi dernier son objectif de cours pour la firme basée à Malines, Galapagos , à 96 euros, intégrant une prime d’éventuel rachat dans son scénario.

Beaucoup de bonnes nouvelles

Les biotechs belges ont bénéficié dans leur ensemble d’une série d’annonces positives qui ont soutenu le cours de leurs actions. TiGenix a publié jeudi dernier ses résultats pour l’année 2016, et annoncé avoir dégagé un bénéfice de 3,8 millions d’euros ou 0,02 euro par action alors qu’en 2015, elle affichait une perte de 35,1 millions d’euros. Sa trésorerie est passée à 78 millions d’euros contre 18 millions en 2015. La société a également donné l’état d’avancement du développement et de la commercialisation de nouveaux produits. Le Cx601, qui cible un des aspects de la maladie de Crohn, poursuit sa voie en vue d’être autorisé sur le marché européen. Aux Etats-Unis, il poursuit sa phase d’essais. Toutes ces annonces ont eu pour effet de rendre le titre très recherché. Jeudi, les volumes de transactions sur l’action ont atteint 1,3 million, alors qu’en moyenne, en 2016, ils s’élevaient à 408.204 titres par jour. L’action a pris plus de 10% depuis le début de l’année, après avoir connu une période difficile en 2016, où elle avait lâché 40,67%.

©Mediafin

Une autre valeur biotech belge avait connu une année 2016 particulièrement difficile: Celyad. Le titre avait signé la pire performance parmi les quatorze biotechs, en reculant de 63,20%, pénalisé par des résultats mitigés des tests cliniques de phase 3 de son traitement cellulaire contre l’insuffisance cardiaque, le C-Cure. Mais depuis le début janvier, l’action signe la meilleure performance avec un gain de plus de 50%. "La principale raison derrière cette performance du titre s’explique par le fait que la société se trouve davantage au premier plan. Elle a annoncé des essais techniques sur plusieurs tumeurs solides. Celyad est parmi les premiers à se lancer dans ce domaine, dont le marché potentiel est énorme. La société devrait annoncer les résultats de ses essais au deuxième trimestre de cette année, soit très bientôt, explique Michael Vlemmix, analyste chez KBC Securities. À la fin du mois de mars, Celyad a publié un livre blanc sur sa recherche, qui a été repris sur tous les sites web de l’industrie. La société n’a pas indiqué de résultats d’essais cliniques. Mais elle est de plus en plus choisie par les investisseurs qui voient en elle son potentiel. Beaucoup d’investisseurs anticipent les résultats des essais de la société en mai." Mais le cours de l’action, à 27 euros, reste en dessous de l’objectif de cours des six analystes qui suivent la valeur, fixé à 36,25 euros. D’après Michael Vlemmix, le titre dispose encore de potentiel de hausse. "Le titre bénéficie aussi du sentiment général positif qui profite à tout le secteur", ajoute-t-il.

Toutefois, les investisseurs ne sont pas complètement aveuglés. Asit Biotech a perdu 4% jeudi après la publication de ses derniers résultats cliniques pour son produit hdm-Asit+ contre l’allergie aux acariens. "La réaction des investisseurs est en fait liée à leurs craintes pour l’efficacité potentielle du traitement. Les résultats ne sont pas statistiquement probants et le communiqué reste flou sur cet aspect, ce qui n’est pas rassurant", souligne Daniel Choplain, analyste chez Gilbert Dupont. Toutefois, les analystes restent optimistes pour le titre. KBC Securities et le courtier Gilbert Dupont ont fixé un objectif de cours à douze mois à 10 euros et 16 euros respectivement, alors que le titre a clôturé ce vendredi à 6,95 euros, ce qui lui laisse un potentiel de hausse appréciable. Les deux courtiers attendent les résultats de l’essai de phase III qui doivent être publiés fin juin et qui pourraient servir de catalyseur pour l’action. Leur recommandation reste à "acheter" pour le titre.

Surchauffe pour Galapagos

Parmi les quatorze valeurs belges du secteur biotechnologique, la grande majorité voient le cours de leurs actions évoluer actuellement sous l’objectif fixé par les analystes dans les douze prochains mois. Seule la société Galapagos a vu le cours de son action dépasser les attentes des analystes. "Le titre a dépassé pas mal d’objectifs de cours en raison des annonces successives autour de sa molécule, le filgotinib", indique Rudi Van Den Eynde. Cette semaine, Galapagos a notamment annoncé trois nouvelles études cliniques de phase 2 afin de tester le filgotinib dans le syndrome de Sjögren, la spondylarthrite ankylosante et l’arthrite psoriasique. La société a reçu un paiement de 10 millions d’euros du laboratoire américain Gilead, avec lequel elle dispose d’un partenariat, car elle vient de traiter son premier patient atteint d’arthrite psoriasique avec du filgotinib. Cette étape lui vaut le paiement de 10 millions d’euros. Jeudi, Galapagos avait annoncé une augmentation de capital pour un montant de 4,04 millions d’euros. "Il faut encore voir davantage de résultats positifs. Le médicament doit être approuvé et après il doit être commercialisé. On ignore combien Galapagos va en vendre, tempère Rudi Van Den Eynde. Mais le groupe travaille sur un autre traitement contre la fibrose cystique, une maladie qui n’est pas ultra-rare. Or seules deux biotechs vraiment crédibles se lancent sur ce terrain. Il s’agit de Galapagos et de la société américaine Vertex. Ce n’est qu’une question de temps, mais une des deux sociétés va sûrement arriver au bon cocktail de médicaments qui va fonctionner pour soigner cette maladie. Alors, oui, Galapagos fait rêver, et le titre surchauffe, mais d’un autre côté, ce n’est qu’une question de temps pour que la société trouve une combinaison et ne perde pas de temps par rapport à Vertex. Galapagos a appris à bouger assez vite en termes d’exécution, alors qu’en Europe, les sociétés de biotech bougent moins vite qu’aux Etats-Unis."

"Le marché est vite attiré par des sociétés qui présentent une capitalisation boursière élevée."
Rudi Van Den Eynde
Gestionnaire de fonds chez Candriam

Galapagos dispose également d’un autre atout de taille: sa capitalisation boursière. Avec 3,8 milliards d’euros de valeur boursière, la biotech, membre du Bel 20, se place très loin devant les treize autres valeurs belges du secteur. En outre, elle dispose d’une trésorerie importante, de 973 millions d’euros, ce qui la place dans une sécurité financière appréciable pour les investisseurs. "Sa taille joue aussi en sa faveur. Les investisseurs cherchent des placements liquides. Le marché est vite attiré par des sociétés qui présentent une capitalisation boursière élevée. La société Genmab, au Danemark, dispose aussi d’une capitalisation boursière élevée, qui lui attire de nombreux investisseurs. Tous ceux qui veulent avoir une exposition en biotech se mettent dans ces valeurs", souligne Rudi Van Den Eynde. Le gestionnaire voit encore du potentiel de hausse pour Galapagos. Sur les 9 analystes qui suivent la valeur, 7 conseillent d’"acheter" le titre. Les analystes de Credit Suisse recommandent de conserver l’action. Chez Eva Dimension, ils estiment qu’il faut vendre le titre.

Avec un gain de plus de 36% depuis le début janvier, Galapagos se place sur la deuxième marche du podium des meilleures performances du secteur. Celyad occupe la première place, et ThromboGenics , la biotech spécialisée dans le traitement de la rétinopathie diabétique, se hisse sur la troisième marche. La société a toutefois publié à la mi-mars des résultats décevants en 2016, affichant une perte nette qui atteint 60,3 millions d’euros contre 37,9 millions en 2015. Elle a dû acter une réduction de valeur de 26,6 millions d’euros sur son produit Jetrea. Les deux analystes qui suivent la société conseillent de conserver le titre.

Précisons que seuls les titres Galapagos, Celyad, ArGEN-X et Ablynx évoluent au dessus de leur prix d’introduction.

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