chronique

Deux "bonnes" nouvelles pour le prix d'une

Marc Lambrechts

La semaine de Marc Lambrechts | Coup sur coup, des études du FMI et de l’OCDE remettent en cause certaines croyances. Non, la désindustrialisation n’est pas une catastrophe. Non, les robots ne vont pas remplacer la majorité des jobs.

Donald Trump doit être furieux. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois. C’est le Fonds monétaire international (FMI) qui a mis les pieds dans le plat. Dans une étude publiée avant les réunions internationales du printemps à Washington, des économistes du Fonds soulignent que la désindustrialisation et la perte de jobs dans l’industrie au profit des services ne sont pas synonymes de catastrophe pour une économie.

Voilà qui contredit les affirmations de pas mal d’économistes pour qui la présence d’activités industrielles est la source ultime de la croissance et de la richesse d’une nation. De quoi surtout faire enrager Donald Trump qui veut sauver à tout prix l’industrie américaine, sous le prétexte que c’est elle qui crée le plus d’emplois.

Pour le Fonds, les économies ne souffrent pas nécessairement d’une plus faible croissance, ni d’une plus grande inégalité de revenus lorsque les jobs dans l’industrie se font plus rares.

De quoi faire enrager Donald Trump qui veut sauver à tout prix l’industrie américaine, sous le prétexte que c’est elle qui crée le plus d’emplois.

Certes, la part de l’emploi manufacturier n’a fait que décliner dans les économies avancées au cours des cinq dernières décennies, indique un chapitre du "World Economic Outlook" du FMI. Mais le déclin de l’emploi dans l’industrie ne coïncide pas nécessairement avec un recul de la productivité. Certaines activités dans les services sont d’ailleurs plus productives que dans le secteur manufacturier.

Petit bémol, le FMI reconnaît que les salaires dans l’industrie sont légèrement plus élevés et plus équitablement distribués que dans les services. Mais cela cache le fait que les inégalités de revenus ont augmenté dans tous les secteurs depuis les années 80. Et que les facteurs clés de cette inégalité s’expliquent davantage par les difficultés des travailleurs peu ou moyennement qualifiés à s’adapter aux nouvelles technologies. C’est pourquoi le rapport insiste sur le développement de nouvelles compétences dans le chef des travailleurs.

Hasard des choses, cette étude intervient quelques semaines à peine après une étude de l’OCDE sur l’impact de la robotisation sur l’emploi. On se souvient d’études qui montraient que 50% des emplois risquaient de disparaître au profit des robots. Dans cette nouvelle étude, l’OCDE vient fortement relativiser ces chiffres. Ce sont en réalité 14% des emplois dans les pays de la zone OCDE (32 pays analysés) qui seraient impactés dans les quinze années à venir. Alors, 14%, c’est nettement inférieur aux 50% précédemment avancés, mais cela représente quand même plus de 66 millions de travailleurs dont l’emploi serait menacé. Ce n’est évidemment pas négligeable.

Marge d’erreur

Pour être tout à fait précis, ces 14% sont des emplois jugés fortement automatisables (caractérisés par une probabilité d’automatisation supérieure à 70%). Il faut encore y ajouter 32% d’emplois exposés à un risque d’automatisation compris entre 50 et 70%, ce qui signifie que la manière dont ils sont exercés pourrait se transformer sensiblement sous l’effet de l’automatisation.

Ce risque d’automatisation, selon l’OCDE, est très variable d’un pays à l’autre. Alors que 33% des emplois sont fortement automatisables en Slovaquie, ce pourcentage ne dépasse pas 6% en Norvège. La Belgique, elle, se situe au niveau de la moyenne de l’OCDE (14%).

Ce chiffre de 14% peut être perçu comme une "bonne" nouvelle, si l’on considère les prévisions les plus sombres qui circulaient jusqu’ici. Mais ce qu’il faut bien considérer, c’est la marge d’erreur d’un tel exercice. L’OCDE le reconnaît: il est possible que les chiffres présentés soient surestimés ou sous-estimés. Personne en effet ne peut prédire le rythme de développement et de diffusion des technologies. De plus, les technologies engendreront sans doute aussi de nombreux emplois nouveaux.

Une chose est certaine: la quasi-totalité des professions qui se prêtent le moins à une automatisation requièrent une formation professionnelle et/ou un diplôme de l’enseignement supérieur. Les travailleurs qui exercent des fonctions routinières sont les plus menacés. En cela, l’OCDE rejoint totalement le FMI. Sur ce point au moins, les économistes sont unanimes.

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