Embellir ses résultats, de la triche?

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Certaines sociétés multiplient les artifices comptables pour présenter leurs résultats sous un jour plus favorable. Cette pratique n’est pas illégale mais elle fausse quelque peu la réalité. A côté des tricheurs, de bons élèves existent cependant.

La récente saison de publication des résultats annuels des sociétés du Bel 20 nous offre une fois de plus quelques exemples. Les sociétés ont parfois l’art d’inonder l’investisseur d’informations, au point que celui-ci ne voit plus clairement ce qu’il faut vraiment en retenir.

Les nouvelles, de prime abord favorables, dominent la première page du communiqué de Cofinimmo. Le gestionnaire d’espaces de bureaux préfère par exemple mettre l’accent, en ouverture de son communiqué, sur le "bénéfice courant", celui réalisé sur la base de ses affaires de tous les jours et qui est en baisse de 11% seulement. En revanche, le résultat net plonge, lui, de 45%. Et ce n’est que quelques pages plus loin dans le communiqué qu’on le retrouve.

La sicafi n’est pas seule à procéder de la sorte. GDF Suez met en exergue son "bénéfice net récurrent" de 3,4 milliards d’euros (part de groupe) sur la première page de son communiqué. Mais c’est à une autre page, et dans des caractères censés moins attirer le lecteur, que l’on trouve le résultat net négatif. Celui-ci se monte à 9,3 milliards d’euros.

La notion de résultat courant n’est pourtant pas équivalente à celle de résultat net. Pour autant que le résultat courant, ou récurrent si l’on préfère, est réalisé en cash, la question du dividende ne se pose pas vraiment. Mais si tout ou partie de ce résultat est dû à du non-cash, comme c’est le cas chez Cofinimmo (près de 1,4 euro par action), cela risque de constituer à terme un souci pour la distribution du dividende. Bon à savoir. Chez GDF Suez, tandis que le résultat net négatif est le fait, non pas de pertes réelles subies, mais bien d’écritures comptables, le résultat récurrent devrait suffire à assurer le paiement des dividendes.

Des chiffres revisités

Il peut parfois être intéressant aussi de relire les communiqués publiés il y a un an et de comparer les chiffres avec ceux repris cette année pour l’année 2012. Les plus astucieux des investisseurs auront ainsi constaté qu’il n’est pas rare que des résultats publiés il y a douze mois ont été revus à la baisse. Dans le jargon financier, on parle d’un reformatage des données passées. On les réajuste.

C’est le cas notamment pour le bancassureur KBC qui avait donné, il y a un an, un bénéfice par action dilué de 1,57 euro pour son exercice 2012. Dans son communiqué publié en février dernier, ce montant a été ajusté, afin de ne plus tenir compte d’un certain nombre d’éléments, comme l’incidence des activités legacy (CDO). Il est tombé dans le rouge, à -1,09 euro. L’intérêt de cette réécriture comptable permet du coup à l’institution financière, qui a procédé à 3 augmentations de capital entre la fin 2012 et novembre 2013, une comparaison favorable entre les exercices 2012 et 2013. Pour l’exercice 2013, KBC mentionne en effet un bénéfice par action de 1,03 euro.

Sans le réajustement intervenu, la banque aurait en fait annoncé un repli de 34% de son profit par action dilué. Gageons que l’an prochain, cette donnée pour 2013 ne sera pas revue en baisse…

Des perspectives en souffrance

Chez Solvay, le Rebitda a été abaissé pour 2012. Par Rebitda, il faut entendre le résultat opérationnel avant impôts et éléments exceptionnels. Un élément que le chimiste a l’habitude de mettre en avant. De 2,027 milliards d’euros – le montant communiqué il y a un an —, il a été abaissé à 1,896 milliard pour l’exercice 2012. Le groupe justifie ce retraitement par une modification de son champ des activités. Du coup, la baisse du Rebitda en 2013, à 1,663 milliard, apparaît moins sévère par rapport à celui de 2012. Au passage, on n’aura pas manqué de remarquer que le groupe, qui s’était assigné il y a un an l’objectif d’atteindre un Rebitda de 3 milliards d’ici 2016, s’est bien gardé de le réitérer cette année…

Les bons modèles

Même s’il n’y a pas lieu de considérer ces artifices comptables comme relevant de l’illégalité, il faut bien avouer qu’ils comportent le risque de plonger dans le doute les actionnaires qui se demandent si les chiffres qu’on vient de leur soumettre, ne seront pas, eux aussi, revisités d’ici 12 mois…

Cela dit, toutes les sociétés ne doivent pas être logées à la même enseigne. Elles sont même une grande majorité à se conformer aux chiffres publiés il y a un an et à ne pas mettre d’office en exergue les informations qui sont les plus flatteuses pour leurs affaires. En même temps, elles sont aussi souvent celles qui proposent les communiqués les plus lisibles. On trouve dans cette catégorie des noms comme Umicore, Bekaert, Belgacom, AB InBev, Delhaize Group et Colruyt, pour ne citer que ces quelques exemples de l’indice Bel 20. Ces sociétés ne lésinent pas pour informer de manière limpide sur leurs affaires, même par "temps défavorable" pour elles. Chiffres d’affaires, résultats d’exploitation et autres, endettement financier notamment se succèdent clairement. Parfois, même, ces sociétés calculent pour le plus grand intérêt de leurs actionnaires la valeur comptable de leurs actifs. Dans cette catégorie, on trouve des entreprises comme Bekaert, GBL ou les sicafis.

 

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