Publicité

Énorme tension sur le marché du cuivre

©AFP

Le cuivre a vu l'écart entre ses prix cash et à terme atteindre un record. En cause, une chute historique des stocks du métal rouge. Le LME mène une enquête.

Ça chauffe sur le marché des métaux. Lundi, le prix de la tonne de cuivre a dépassé 10.400 dollars, s'approchant ainsi de son record absolu atteint le 10 mai dernier à 10.747,50 dollars. Habituellement, le métal rouge est considéré comme un bon indicateur de la conjoncture économique mondiale parce que la demande pour ce métal industriel est le signe d'une bonne santé des entreprises. Mais ici, les prix ne sont pas tirés à la hausse par la demande, mais bien par une offre insuffisante.

15.000
tonnes
Les réserves de cuivre sont tombées à moins de 15.000 tonnes, leur plus bas niveau en 47 ans.

D'après les données de l'agence Bloomberg, les stocks de cuivre enregistrés par le London Metal Exchange (LME), principale bourse mondiale pour les transactions sur les métaux de base, sont tombés à moins de 15.000 tonnes, leur plus bas niveau depuis 47 ans. C'est le signe d'une offre largement insuffisante. Mais cette situation n'est pas seulement due aux problèmes d'approvisionnement. D'après Bloomberg, un acteur du marché a grandement favorisé la pénurie de réserves du métal rouge. Il s'agit de Trafigura.

Le groupe suisse, spécialisé dans la négociation de pétrole et de métaux, aurait acheté des volumes de cuivre considérables au cours des dernières semaines, selon l'agence d'informations financières. En deux mois, plus de 150.000 tonnes de cuivre ont été puisées dans les réserves mondiales.

Le LME intervient

Cette fonte soudaine des stocks de cuivre a provoqué un phénomène particulier sur le marché des matières premières: le prix de la tonne de cuivre pour livraison immédiate s'est envolé à un niveau largement supérieur à celui des contrats à plus long terme. L'écart entre le prix cash et le cours à trois mois a atteint un record à plus de 1.100 dollars. Cette situation, qualifiée de "backwardation", est typique d'une compression de l'offre. Mais à un tel niveau, cela peut poser des problèmes pour le fonctionnement du marché.

C'est pourquoi le LME est intervenu pour éviter une aggravation des choses. La bourse londonienne des métaux a réuni un comité doté de pouvoirs spéciaux - une procédure très rare, souligne l'agence Bloomberg - pour, d'une part, fixer une limite à la montée du "spread" (écart entre prix cash et prix à plus long terme) et, d'autre part, pour investiguer sur les mouvements récents pour vérifier s'il n'y a pas eu de pratiques contraires aux réglementations. Le LME a demandé à ses membres de lui fournir des détails sur les activités de leurs clients sur le marché du cuivre depuis le mois d'août, précise Bloomberg.

Trafigura se défend

Trafigura s'attend à voir le cours du cuivre s'envoler jusqu'à 15.000 dollars à cause de la transition énergétique qui va conduire à utiliser davantage l'électricité que les combustibles fossiles. Ses manœuvres récentes sur le marché du cuivre attisent dès lors les suspicions.

Trafigura dit avoir acheté en vue d'approvisionner des clients.

Mercredi, le courtier en matières premières s'est défendu d'avoir voulu influencer les prix. Selon lui, ses achats sur le LME étaient destinés à fournir des clients confrontés à un déficit de livraisons physiques de cuivre. Le groupe suisse ajoute qu'il a averti le LME de ces transactions en temps utile.

Mardi et mercredi, le cours du cuivre a légèrement reculé. Il reste néanmoins proche de ses récents sommets. Il y a trois semaines Citigroup a réduit ses prévisions pour le prix du cuivre à 8.200 dollars la tonne. Selon la banque, les problèmes d'approvisionnement réduiront la consommation du métal, ce qui devrait faire baisser son prix. Frédéric Rollin, stratégiste chez Pictet, estime que la baisse de l'activité immobilière en Chine pourrait aussi affecter le cours du cuivre.

Le résumé

  • Le prix du cuivre reste proche d'un record. L'écart entre le prix cash et le cours à trois mois a atteint un sommet.
  • C'est la faiblesse de l'offre qui est en cause, comme l'illustrent les stocks au plus bas depuis 47 ans.
  • Le courtier en matières premières Trafigura est suspecté d'avoir provoqué ce plongeon des réserves de cuivre.
  • Trafigura dit avoir acheté pour fournir des clients.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés