Et si la BCE vous distribuait de l'argent?

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L’efficacité de la politique monétaire des banques centrales est encore mise en doute par certains intervenants de marché. Quid en cas de crise? La solution est peut-être déjà trouvée.

Helicopter money. La théorie est loin d’être nouvelle – nous vous en parlions déjà en mars 2016 – mais elle suscite un nouveau regain d’intérêt à un moment où les investisseurs doutent de plus en plus de notre avenir économique. "Allons-nous connaître une récession dans les douze prochains mois?" est la question centrale qui agite les marchés ces derniers jours. Et se cachent derrière les interrogations sur le pouvoir des banques centrales pour relancer la machine en cas de besoin.

"Lorsque des taux d’intérêt sont déjà aussi bas, les abaisser à nouveau est inefficace, affirme Eric Lonergan, gestionnaire de fonds chez M & G Investments, dans une note publiée ce jeudi. Si les taux d’intérêt ne sont plus qu’une force du passé et que les ministères des Finances ne sont pas des partenaires fiables, qui sauvera la mise?"

Il tente de répondre à cette question en avançant trois propositions. À commencer par celle de voir les banques centrales donner directement de l’argent aux ménages. Le gestionnaire rappelle d’ailleurs que le gouvernement australien l’a fait pendant la crise financière, ce qui a permis au pays d’éviter la récession. Et en mars 2018, la banque centrale tchèque a indiqué qu’une telle mesure est "une possibilité réelle et viable" en cas de crise profonde.

Contraire au mandat de la BCE?

Pourquoi la Banque centrale européenne (BCE) ne le ferait-elle pas? Eric Lonergan estime que cela poserait un problème juridique et administratif aux États-Unis et au Royaume-Uni, "mais pas dans la zone euro". Une affirmation que réfute Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management. "Distribuer de l’argent aux gens reviendrait à organiser un transfert de pouvoir d’achat. Ce n’est pas le mandat de la BCE." Il craint que cela pose une question juridique complexe, où la mince frontière entre la politique monétaire et la politique fiscale "serait franchie".

"Il est peu probable que la BCE ose envisager la monnaie hélicoptère."
Eric Dor
IESEG

"Ce serait inbuvable pour les Allemands et les Néerlandais, confirme Bruno Colmant, professeur à l’Université Catholique de Louvain (UCL). Et il faudrait être certain que l’argent ne serait pas injecté dans l’épargne mais dans la consommation." L’économiste ajoute que la mesure devrait cibler uniquement les biens produits en Europe. Car dans le cas contraire, elle n’aurait aucun impact sur l’inflation.

"Il est donc peu probable que la BCE ose l’envisager", conclut Eric Dor.

Particuliers, consommez!

Eric Lonergan émet deux autres hypothèses: 1/les banques centrales pourraient acheter des actions comme le fait la Banque du Japon. 2/La BCE pourrait mener une politique de double taux d’intérêt en donnant de l’argent "à la fois aux emprunteurs et aux épargnants". En d’autres termes, elle abaisserait le taux d’intérêt de ses prêts aux banques – les opérations de refinancement à long terme ciblées (TLTRO) – sous réserve qu’ils soient relayés au secteur privé, tout en relevant le taux d’intérêt qui rémunère les dépôts.

"Ce serait plus efficace que la situation actuelle."
Bruno Colmant

Pour Bruno Colmant, cette double mesure aurait du sens mais demanderait un changement complet de la politique actuelle de la BCE. "Mais ce serait plus efficace que la situation actuelle, affirme-t-il. Une normalisation de la politique monétaire donne plus confiance aux particuliers, alors que des taux d’intérêt négatifs les incitent à la prudence." Qui sait ce que la prochaine présidente de la BCE, Christine Lagarde, nous réserve…

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