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interview

Georges Ugeux: "La Bourse américaine va corriger de 20 à 25%"

Georges Ugeux pointe la totale déconnexion entre l’économie réelle et les marchés financiers.

Quand la perfusion des banques centrales va s'arrêter, cela va faire des dégâts sur les marchés boursiers, prédit le financier belgo-américain Georges Ugeux.

Georges Ugeux, président de la firme Galileo Global Advisors à New York et professeur à Columbia, ne mâche pas ses mots. L'ancien "vice president" de la Bourse de New York se dit très critique vis-à-vis de Wall Street et des banques centrales.

Comment percevez-vous la situation économique toujours marquée par le coronavirus?  

Il est important que les gens aient moins peur, qu'ils se fassent vacciner et reprennent ainsi leurs activités. Si ce n'est pas le cas, on peut envoyer tout l'argent que l'on veut dans le système pour que les gens dépensent, cela ne servira à rien. Cet argent va inévitablement se retrouver en bourse. C'est ce que l'on a vu au cours des derniers mois. Les marchés financiers ont créé des phénomènes d'enrichissement qui sont devenus des facteurs d'inégalité, avec une totale déconnexion entre l'économie réelle et les marchés financiers. Selon moi, la démocratie sans l'équité, cela n'a pas de sens.

Quelle est la solution?   

Je pense que l'on va se réveiller. À un moment donné, on va arrêter cette planche à billets qui tourne à tort et à travers. Mais on va se réveiller comme un malade qui était sous perfusion et à qui on arrête de donner du sang. Je ne sais pas dans quel état sera le patient. Mais quand la perfusion va s'arrêter et dans l'hypothèse où les valorisations boursières sont toujours exubérantes, cela risque de faire des dégâts.

"Lorsque la correction boursière va intervenir, car il y aura une correction, les nouveaux investisseurs seront les premiers pigeons."
Georges Ugeux
Président de Galileo Global Advisors et professeur à Columbia

De nombreux nouveaux investisseurs ont été récemment attirés par la bourse. Cette démocratisation de la bourse, vous la percevez de quelle manière ?  

C'est un phénomène positif. Malheureusement, je crains que le degré de sagacité de ceux qui ont découvert la bourse pendant le confinement, car ils n'avaient pas grand-chose d'autre à faire, ne soit pas très élevé. Lorsque la correction boursière va intervenir, car il y aura une correction, ce seront les premiers pigeons. Je pense notamment à tous ceux qui spéculent sur des actions comme GameStop sur la plateforme Robinhood.

"Chaque génération a sa petite cure de rappel à l’ordre et redevient alors plus sobre."

Une correction serait-elle le moyen ultime pour ces nouveaux investisseurs d'apprendre certaines leçons en matière d'investissement?

Oui, même si c'est un peu cynique de le dire de cette façon. Je crois qu'il est impossible d'imaginer une croissance boursière éternelle. Donc, on va devoir renouer avec la sobriété. Et cela va se réaliser de manière pénible, c'est-à-dire en faisant des pertes.

Chaque génération a sa petite cure de rappel à l'ordre et redevient alors plus sobre. Ceci avant que la génération suivante ne retombe dans les excès spéculatifs. À chaque fois, cette spéculation porte sur des objets différents. Dans les années 1990, c’étaient les valeurs internet. Aujourd'hui, ce sont des valeurs comme Tesla. 

Cela fait un certain temps que vous prévoyez une telle correction sur les marchés. Pourquoi cette correction serait-elle plus proche aujourd'hui?

Le marché prévoit que le rapport cours/bénéfices de la bourse américaine dans les 12 prochains mois va baisser à 22 alors qu'il est de 45 aujourd'hui. Cela n'est possible que si les entreprises doublent leurs bénéfices en un an, mais je n'y crois pas du tout. Les cours des actions ne reflètent pas la valeur intrinsèque des entreprises. La correction n'est donc qu'une question de temps. Elle sera d'au moins 20-25%, peut-être même davantage. 

Cette correction va intervenir prochainement?

C'est extrêmement difficile à dire parce que je ne connais pas le moment du retrait de la perfusion. Les gens vont sans doute pleurer parce qu'ils perdront de l'argent. Mais, c'est un peu oublier qu'ils se sont largement enrichis avec un doublement des cours. C'est d'une hypocrisie sans nom à mes yeux.  

"Je suis désolé de le dire, mais on a perdu le Nord. Les banques centrales n'ont pas de stratégie de sortie."

Les banques centrales marchent sur des œufs. On sent qu'elles ont peur d'effrayer les marchés financiers en annonçant qu'elles vont normaliser leur politique monétaire.

Les dirigeants des banques centrales sont tétanisés. Ils ont effectivement peur qu'une petite phrase ne déstabilise totalement les marchés. Je pense qu'ils devraient plutôt éduquer la population et dire que l'on est au bout des munitions, qu'il est impossible de continuer de cette façon. Le bilan des banques centrales est passé de 5.000 milliards à 50.000 milliards de dollars sur 10 ans. Les courbes des injections de liquidités et de l’indice S&P 500 ont grimpé ensemble. C'est de l'argent public qui est utilisé pour faire monter la bourse. Je suis désolé de le dire, mais on a perdu le Nord.

Les banques centrales n'ont pas de stratégie de sortie. Elles essaient d'être à la mode et de distraire le public. C'est le cas lorsque Christine Lagarde parle de la place des femmes dans l'économie, du changement climatique ou de l'euro digital. Mais il n'y a pas de discours sur le risque systémique lié à la politique monétaire. Il est très clair selon moi que la banque centrale américaine n'a plus besoin de racheter des obligations d'État, les liquidités sont suffisantes dans l'économie. Si les taux américains à 10 ans remontent de 1,50% à 1,80 %, ce ne serait tout de même pas catastrophique, non? Mais Wall Street reste intoxiqué par le court terme. Or il va falloir gérer le long terme.

Le président Joe Biden gère-t-il ces problèmes de long terme?

Il a mis en place des mesures sur l'emploi, sur les dépenses d'infrastructures et sur l'immigration qui sont bien plus acceptables que sous l'ère Trump. Mais une partie de l'administration Biden continue à m'inquiéter, ce sont les monétaristes modernes que l'on retrouve à la Trésorerie et au Budget, influencés par Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Ils veulent encore faire des cadeaux budgétaires. Mais les États-Unis n'en ont pas les moyens. Le risque est sérieux que la prochaine crise viendra de la dette publique américaine.

Les phrases clés

  • "Je crois qu'il est impossible d'imaginer une croissance boursière éternelle. Donc, on va devoir renouer avec la sobriété."
  • "Les cours des actions ne reflètent pas la valeur intrinsèque des entreprises. La correction n'est donc qu’une question de temps. Elle sera d'au moins 20-25%, peut-être même davantage." 
  • "Les courbes des injections de liquidités et de l'indice S&P 500 ont grimpé ensemble. C'est de l'argent public qui est utilisé pour faire monter la bourse."

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