Georges Ugeux: "Le risque social est considérable en Europe"

Georges Ugeux, président de Galileo Global Advisers ©Rene Clement

Le président de Galileo Global Advisors souligne que tant que le problème social ne sera pas pris en mains, les pays européens ne retrouveront pas la confiance des investisseurs.

De son bureau situé près du Rockefeller Center à New York, Georges Ugeux observe d'un œil inquiet l'évolution de la crise en Europe. Il pointe notamment le déplacement du problème vers le social. Un défi à relever pour les gouvernements, selon lui, car l'Europe a besoin de retrouver la confiance des investisseurs.

La semaine dernière, la Commission européenne a soulevé un tollé en Belgique avec ses recommandations budgétaires pour le pays. Est-ce que vous comprenez les réactions qui ont fusé dans notre Royaume? Et est-ce un signe de souveraineté de la part de la Commission européenne?

Il faut rappeler que la Commission européenne procède à une revue annuelle de tous les pays de l'Union européenne. Un traité a été signé par tous les États de l'Union pour conférer le pouvoir à la Commission de suivre l'évolution de leur dette. La Commission est donc obligée de donner un avis, et celui-ci est basé sur la présentation de la situation de chacun des pays européens. La Commission ne fait donc que réagir à des données qui lui sont fournies par les États eux-mêmes. Par ailleurs, le FMI, la Banque Mondiale, l'OCDE établissent aussi des rapports sur les pays. Les politiques semblent avoir une mémoire sélective quand ils critiquent la Commission. En fait, ils accusent la Commission d'avoir commis un rapport qu'ils ont eux-mêmes commandé.

Est-ce que la démarche de la Commission européenne va dans le bon sens?

On ne doit rien reprocher à la Commission. On ne peut pas espérer d'elle qu'elle dise que tous les pays sont géniaux. Le rapport sur la Belgique est inoffensif. Celui sur la France est beaucoup plus dur, et c'est logique car le pays, par sa taille, provoque de grosses inquiétudes au niveau mondial. Le taux de croissance de la France se rapproche de celui des pays du Sud de l'Europe. Ici, aux Etats-Unis, on se pose beaucoup de questions par rapport à ce pays. Mais on voit qu'en France les responsables politiques s'indignent aussi du rapport de la Commission, qui, je le rappelle, a publié ses recommandations pour les 27 pays de l'Union le même jour.

La France sera le prochain maillon faible à tomber dans l'Union européenne, selon plusieurs économistes. C'est aussi votre avis?

La façon dont le gouvernement français attaque le problème est loin d'être parfaite. Toutefois, il a pris une mesure qui demande du courage en s'attaquant aux allocations sociales. En Belgique, on n'a pas le courage de s'en prendre à l'indexation automatique des salaires. Mais en France, le gouvernement joue un jeu dangereux en voulant prendre le leadership des États du Sud. Car c'est une mauvaise position. Les Français se mettent en défaut par rapport aux pays du Nord. Ce n'est pas le cas de la Belgique, qui a choisi de s'accrocher intelligemment à l'Allemagne. De plus, en France, le gouvernement socialiste gère mal son image. Les sorties sur Amazon, Yahoo, ArcelorMittal… sont discutables. On voit cette tendance politique en France à fabriquer des Montebourg (le ministre du redressement productif), anti-mondialisation. On remarquera qu'en Belgique, le gouvernement n'a pas injurié Mittal et a tenté de régler le problème ArcelorMittal, ce qui n'est pas le cas en France. Il y a un vrai problème de leadership en France.

La France est donc le principal risque des marchés?

Non, car il faut rappeler que l'Italie est plus importante en termes de dette, avec 130% de dette par rapport à son PIB et un endettement de 2.000 milliards d'euros. Le pays a en outre choisi de raccourcir l'échéance de sa dette, et est contraint de se financer de 500 milliards d'euros tous les ans. C'est le pays le plus fragilisé. Mais tout ce qui fragilise l'Italie se répercute sur la France. Le risque italien se situe dans le chef des banques françaises. BNP Paribas détient Banca Nationale del Lavoro, la quatrième plus grande banque italienne.

Vous ne voyez pas d'amélioration?

Le problème des pays se déplace vers le social. Que ce soit en France ou en Espagne, on assiste à une montée inquiétante du chômage des jeunes. Tant que ce problème ne sera pas pris en mains, l'Europe n'inspirera pas confiance aux investisseurs qui peuvent relancer l'économie de la région. Le risque social est désormais considérable. Et on assiste à des révoltes subites, comme en Turquie.

Comment résoudre ce problème, en sachant que l'Espagne perd des forces vives avec de nombreux jeunes qui tentent leur chance ailleurs?

Il ne faut pas généraliser. L'Espagne continue d'engager des jeunes compétents. Il faut par ailleurs regarder les statistiques de l'emploi. Sur l'ensemble des chômeurs, on retrouve une faible proportion de diplômés universitaires. Les plus touchés sont les jeunes sans diplôme. La France connaît un vrai problème à ce niveau-là. C'est dû à leur système d'éducation élitiste. Il est classique pour le système français et même belge, de connaître 50% d'échec en première année. Ce n'est pas de l'éducation, c'est un processus de sélection. On doit repenser beaucoup ce système.

Comment expliquez-vous la progression des marchés d'actions dans ce contexte?

Les marchés sont uniquement nourris par des taux d'intérêt négatifs. Ce n'est pas soutenable. Or, on voit depuis mai que le dernier plan d'assouplissement quantitatif pourrait toucher à sa fin car la Réserve fédérale américaine souhaite en sortir. Cette sortie ne se fera pas sans menacer les Bourses. Et inévitablement, les taux américains à dix ans vont remonter. Ils s'élèvent à 2,1% aujourd'hui. Ils pourraient grimper à 3,4%. Ceci aurait des conséquences pour les Etats-Unis qui devront se refinancer plus cher. On se trouve dans une bulle menée par le QE. Mais je ne comprends pas pourquoi les marchés européens suivent les Etats-Unis. Car les Etats-Unis disposent d'une croissance économique alors que l'Europe entre en récession. Et on voit des titres comme Credit Agricole doubler en un an. Cela m'échappe. Je n'ai pas une confiance excessive dans les marchés en ce moment. On assiste à de l'euphorie.

 

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