"Il se passe la même chose avec Lux Leaks"

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L’affaire Clearstream en France se clôture à peine qu’une autre rattrape le groupe financier luxembourgeois aux Etats-Unis. Il s’agit cette fois de violations des sanctions frappant l’Iran. Le journaliste Denis Robert nous décrit comment il voit le monde financier aujourd’hui.

L’année passée, les Etats-Unis ont condamné Clearstream pour avoir donné l’accès au marché américain à l’Iran, frappé d’un embargo. L’Europe est-elle aussi prompte à faire marcher la machine judiciaire?

La semaine dernière, j’ai participé à une émission en France qui s’appelle "le Supplément", aux côtés de Michel Sapin, le ministre (français) des Finances. Il m’a remercié pour mon courage, et a utilisé toutes les formules d’usage, mais il m’a affirmé que Clearstream n’était pas responsable. Selon lui, ce sont les clients qui sont responsables. J’aurais dû le reprendre, car il a repris l’argumentation de Clearstream face à mes propos. Et celle-ci n’a pas de sens. Mon travail sert à montrer que Clearstream est responsable. L’arrêt de la cour de Cassation le montre. Et l’attitude des Américains dans l’affaire iranienne le prouve. J’insiste, il faut un contrôle indépendant des chambres de compensation, que ce soit Clearstream, Euroclear, et Swift.

En Europe, pourtant, il existe bien un organe de contrôle des chambres de compensation, qui est l’ESMA. Est-ce que c’est suffisant?
Absolument pas. Qui les contrôle? Ce sont les auditeurs, comme PriceWaterhouseCooper, ou l’un des quatre autres grands auditeurs, payés par la société. Dans mon procès contre Clearstream à Paris, lorsqu’André Roelants, le PDG de la société qui a remplacé André Lussi, est entendu en décembre 2009, un avocat de la partie civile lui a demandé combien il avait payé pour l’audit de la société, qui l’avait blanchi. Roelants s’est retourné vers son avocat, et a finalement avoué au juge avoir déboursé 16 millions d’euros. Il a promis qu’il rendrait public l’audit. Mais il ne l’a jamais fait. Pourquoi payer si cher un audit pour le garder secret? Parce que l’audit selon moi est accablant pour eux.

Clearstream est une société qui est accessible et qui a pignon sur rue. Ceci veut dire qu’il faut la cibler pour empêcher la fraude fiscale?
Bien sûr. Mais pourquoi ne le fait-on pas? Le seul moment où les dirigeants de Clearstream ont été très inquiets fut lorsque 80 eurodéputés se sont réunis pour demander une mission d’enquête parlementaire contre Clearstream. C’est là où on a vu la force des lobbys bancaires à Bruxelles. Ils sont allés trouver le Commissaire européen Fritz Bolkestein qui a décrété que le Luxembourg est un État souverain et que l’Europe n’a pas à s’intéresser à Clearstream. C’est une énormité, car Clearstream est présent sur 110 pays. C’est le rôle du Parlement européen de provoquer cette enquête. Avec Lux Leaks, il se passe la même chose (au début du mois, le Parlement européen a finalement décidé de ne créer qu’une commission "spéciale" avec des pouvoirs amoindris, ndlr). S’il y avait eu une mission d’enquête parlementaire, celle-ci aurait pu avoir un pouvoir coercitif. Mais c’est devenu une mission d’information. Le hold-up est public maintenant.

Que manque-t-il?
Du courage politique. La Commission et le Parlement européen, dans le dossier Lux Leaks, sont en train de se suicider avec des décisions comme celles-là. C’est la porte ouverte aux souverainistes.

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