"In Euronext Brussels we trust"

Nos entreprises cotées ont reçu les honneurs du temple de la finance cette semaine lors du Belgian Day organisé par ING et NYSE Euronext. Au-delà de la très symbolique cérémonie d’Opening Bell à Wall Street, nos représentants ont défendu leurs intérêts concrets devant un jury d’investisseurs américains.

Park Avenue. Waldorf Astoria. Quatrième étage. Sur les murs, les portraits de JFK et De Gaulle tutoient ceux de Grace ou Marilyn. Un parfum de légende règne dans ce haut lieu de l’hostellerie new-yorkaise. Théâtre improvisé d’un marathon financier. En une seule journée, onze entreprises belges cotées et quarante investisseurs américains se sont adonnés à une longue joute oratoire: la Belgian Equity Investments Conference, ou Belgian Day pour les initiés. Un événement chapeauté par ING et NYSE Euronext.

S’y sont succédé septante-cinq one-on-one, des entretiens privilégiés, d’une heure au plus, entre les dirigeants de nos sociétés, leurs directeurs des relations avec l’investisseur (IR), et des représentants de hedge funds, fonds de pension et consorts. "L’occasion de restaurer la confiance dans un climat de récession, de relancer l’accès aux capitaux dans un cadre réglementaire souvent problématique. Notre partenariat est essentiel", a adressé en guise d’encouragement le COO de NYSE Euronext, Lawrence Leibowitz, lors de l’accueil de la délégation à Wall Street.

La moitié du Bel 20 à la Bourse de New York. La Belgique boursière au cœur de la finance mondiale. La symbolique paraît aussi belle que l’opportunité grande. D’ailleurs, notre ministre des Finances devait lui aussi y défendre nos couleurs. Mais Steven Vanackeren a déclaré forfait, retenu par le budget. Une désaffection remarquée, comme nous l’avoue un gestionnaire d’actifs, qui attendait de "pouvoir mettre le ministre devant le fait accompli, ce gouvernement socialiste où l’idéologie semble primer sur les finances".

Dommage donc puisque l’objectif premier du Belgian Day consiste à susciter l’intérêt ou entretenir de cordiaux rapports avec les argentiers made in USA. Pour que, lors d’un appel à leur générosité, ces investisseurs répondent présents.

Etonnant speed dating

Les patrons belges ou leurs bras droits financiers avaient en moyenne six à huit rencontres prévues à l’agenda. Ils y ont retrouvé tantôt des investisseurs de longue haleine, avec qui ils font le point sur l’actualité écoulée depuis la précédente rencontre, tantôt des investisseurs potentiels, avec qui ils doivent faire rapidement connaissance.

Pour Jacques Vandermeiren, par contre, c’est à chaque fois une première rencontre en tant que CEO d’Elia. À la tête du gestionnaire du réseau belge de transport électrique depuis fin juin, il devait avant tout s’inscrire dans la continuité stratégique de l’entreprise face à des investisseurs avec une connaissance souvent pointue. "Elia ne se lance pas dans des paris financiers. On sait de quoi dépendent les marges bénéficiaires. Mais on veut voir si le CEO croit aux positions en dehors de votre petit pays, où l’activité faiblit", nous détaille un manager de fonds.

Avec les mesures de politique monétaire de la BCE, les investisseurs américains retrouvent confiance dans la capacité de reprise de l’Europe. Ils repartent à la conquête d’une stratégie mondiale, Belgique incluse. Et, à en croire les quelques mots sur Elia, les investisseurs américains souhaitent que nos entreprises les surprennent.

Un sentiment confirmé par Jean-Edouard Carbonnelle, CEO de Cofinimmo. Le successeur de Serge Fautré depuis avril dernier s’attendait à détailler les systèmes de licences de maisons de repos ou le segment de bureau, représentant 47% du patrimoine immobilier de Cofinimmo. Pas du tout. "Beaucoup de questions ont tourné autour de nos nouveaux portefeuilles de réseaux de distribution", relève Jean-Edouard Carbonnelle. Des cafés, agences d’assurance et partenariats public privé. "Une sorte d’immobilier non classique qui sort des grandes catégories. Cela les a interpellés. Ils ont immédiatement cherché à savoir si le modèle pouvait être étendu aux agences bancaires, aux pharmacies, etc", s’en est amusé le CEO de Cofinimmo.

Vincent Bruyneel, IR de Telenet, a lui aussi suscité la surprise, par sa simple venue. Une OPA court actuellement sur le câblo dans le chef de son actionnaire majoritaire, l’Américain Liberty Global. Mais "Telenet est-il déjà délisté?", nous interroge Vincent Bruyneel. "non! alors cela ne change rien avec le business", conclut-il d’un sourire lui fendant le visage.

Bonne note en comportement

Comprendre le bien-fondé des stratégies, la logique d’investissement et saisir l’opportunité, voilà une énième facette du Belgian Day. "Les investisseurs cherchaient à savoir comment nous sommes parvenus à lancer l’offre TV. Car beaucoup de marchés s’y sont essayés, sans succès", nous précise Nancy Goossens, Vice-présidente des relations avec les investisseurs chez Belgacom. "Avec un roadshow traditionnel, c’est Belgacom qui part à la rencontre des investisseurs. Mais ici, tout est très efficace, pour eux, comme pour nous". Au terme des examens oraux, un debriefing sera organisé par l’équipe d’Equity Research d’ING qui enverra à chaque société cotée participante une espèce de bulletin, aux commentaires sans concession.

Autrement dit, la Bourse de Bruxelles et l’enseigne au lion orangé ont trouvé une excellente formule d’émulation financière. "Nous sommes d’ailleurs en train de mettre en place un processus de suivi par conférence téléphonique avec un investisseur très important", nous assure Koen Devos, Head of IR chez Ageas.

Reconnaissons-le, l’échange d’informations n’est pas univoque. Lors de ces discussions à bâtons rompus, nos dirigeants d’entreprises ont le loisir de prendre le pouls du sentiment des faiseurs de marchés US. "Les investisseurs américains sont plus optimistes que nous par rapport aux perspectives pour les Etats-Unis. Ils sont convaincus que les Etats-Unis sortiront plus vite de la crise que l’Europe", nous signale Bruno Humblet, CFO de Bekaert. Une bonne nouvelle en soi pour le tréfileur courtraisien qui réalise 15% de son chiffre d’affaires en Amérique.

Même son de cloche agréable chez le smelter Nyrstar où les investisseurs américains sont de nouveau à l’affût d’une exposition à l’euro.

So what?

"L’opportunité d’investissement en Belgique reste très limitée. Nous nous attendons à un scénario à la japonaise pour votre pays. Seules des entreprises avec une solide part de marché au niveau mondial et de la croissance à l’international nous intéressent. Nous n’en avons pas vu lors de cette conférence", critique malgré tout Krim Delko, Orange Capital Partners. Il convient de noter que, derrière ces effets de style, les chiffres restent tout de même en notre faveur. Avec 17 milliards d’euros d’actifs détenus rien qu’au sein des indices Bel 20 et Bel Mid, les investisseurs américains pèsent pour 38% des positions globales.

"In Euronext Brussels we trust", plaisante au terme d’une rencontre un investisseur, détournant l’acte de foi inscrit sur chaque coupure de dollar. Car, s’il doit y avoir une conclusion à cette journée, c’est que les Américains restent prêts à sortir leurs billets verts pour soutenir les sociétés belges.

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