Inflexible, Super Mario reste aussi déterminé qu'à ses débuts

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La Banque centrale européenne maintient son plan de vol après avoir adopté une politique monétaire très accommodante depuis plusieurs mois. Fidèle à lui-même, son président justifie les décisions prises par les dernières données économiques.

Arrivederci Mario. Ayant joué son va-tout un mois auparavant, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi s'est présenté les mains presque vides pour sa dernière conférence de presse avant de donner les rênes à Christine Lagarde. La banque centrale a maintenu ses taux directeurs inchangés, avec un taux de dépôt à -0,50%, tout en confirmant le lancement de son nouveau programme d'assouplissement quantitatif (QE) à partir de 1er novembre, pour 20 milliards d'euros par mois.

"Pour les marchés financiers, la réunion de la BCE de ce jeudi est un non-événement comme prévu", résume Carsten Brzeki, économiste en chef pour ING Allemagne. Sur le marché des devises, l'euro   est resté relativement stable face au dollar avant de s'enfoncer quelque peu dans le rouge en fin de séance. Côté actions, les principaux indices européens ont clôturé en hausse, tandis que sur le marché obligataire, les rendements ont légèrement reculé.

"Le principal attrait de cette réunion était de justifier les décisions prises en septembre", indique Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Mario Draghi a d'ailleurs dépeint un tableau économique peu encourageant pour la zone euro: faiblesse prolongée de la dynamique de croissance, persistance d'importants risques baissiers et pressions inflationnistes contenues. Tout juste a-t-il indiqué que la croissance devrait être positive pour le second semestre.

Mais cela ne l'a pas empêché de réaffirmer la nécessité d'une politique monétaire très accommodante "aussi longtemps que nécessaire".

Fidèle à lui-même

Rappelons que le bazooka monétaire annoncé le mois dernier avait provoqué de nombreuses critiques, émanant parfois même de l'intérieur du Conseil des gouverneurs. "Du jamais vu", souligne Nicolas Forest. Mais cela n'a aucunement affecté le grand argentier européen. Prié de donner son avis sur cette vague de contestation, il a expliqué que chaque instance a des désaccords lorsque l'on en vient à discuter de décisions de politique monétaire.

Le président de la BCE a également affirmé que l'expérience générale des taux négatifs est "globalement positive". "Les taux négatifs ont stimulé l'économie et ont eu un effet positif sur l'emploi. Et donc, tout bien considéré, nous sommes exactement dans la direction que nous souhaitions prendre."

"Il est resté fidèle à lui-même, insensible aux critiques", constate Nicolas Forest, pour qui le dernier acte majeur du président de la BCE s'est déroulé en septembre. "Cette conférence de presse a montré une fois de plus l’immense maîtrise de Mario Draghi en matière de faits. Agréablement décontracté, sans prétention, analytique et factuel. C'est ainsi que Draghi s'est comporté au cours des huit dernières années et c'est ainsi qu'il a répondu aux questions" ce jeudi, ajoute de son côté Carsten Brzeki.

"Ne jamais abandonner"

Pressé à plusieurs reprises de donner sa vision personnelle sur son mandat à la tête de la BCE, Mario Draghi n'a pas souhaité (pour le moment?) exprimer un quelconque regret ou fierté. "Vous ne pouvez pas changer le passé, à moins d'être historien". Avant de concéder que l'expérience a été "très intense, profonde et fascinante". "S'il y a une chose dont je suis fier, c'est la manière dont le Conseil des gouverneurs et moi-même avons constamment respecté notre mandat. C'est quelque chose dont nous pouvons collectivement être très fiers. D'une certaine manière, c'est une partie de notre héritage: ne pas abandonner."

D'aucuns y verront un clin d'oeil à la célèbre phrase qu'il prononça le 26 juillet 2012, "whatever it takes", signe de sa détermination à protéger la zone euro et sa monnaie. "Mario Draghi restera le président qui a amené la BCE à de nouveaux niveaux professionnels, en termes de communication, de mise en place institutionnelle et de boîte à outils d'instruments de politique monétaire, conclut Carsten Brzeski. Et le président de la BCE qui a empêché la zone euro de s’effondrer, uniquement avec des mots."

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