interview

Jacques Berghmans (TreeTop Asset Management): "Les vrais actifs rares, ce sont les actions, pas l'or"

Jacques Berghmans n'est pas un fan du métal jaune. ©Tim Dirven

Jacques Berghmans (TreeTop Asset Management) reste positif pour la bourse: "L'économie mondiale va continuer à progresser. On le voit avec le redressement chinois."

En matière boursière, Jacques Berghmans, le cofondateur de la firme TreeTop Asset Management, est ce que l'on peut appeler un véritable "passionné". C'est depuis l'âge de 15 ans – lorsqu'il a reçu un petit portefeuille d’actions de son grand-père – qu'il scrute les mouvements de la bourse. Celui qui a notamment travaillé pour le courtier américain Merrill Lynch n'en est donc pas à sa première crise sur les marchés...

Que vous inspire cette période de Covid-19 qui nous plonge dans une situation de crise sans précédent?

J’ai eu le Covid-19 lors de la première vague, j’avais perdu le goût mais je n’ai pas eu de fièvre. Ce qui m’inquiète au-delà du nombre de décès, c’est que, par les mesures de confinement, on est en train de détruire la machine économique et l’existence de gens qui ont investi toute leur vie dans un projet.

"Par les mesures de confinement, on est en train de détruire la machine économique et l’existence de gens qui ont investi toute leur vie dans un projet."

Les marchés boursiers ont connu une forte chute de la mi-février à la mi-mars avant de rebondir. Aujourd’hui, ils semblent hésiter.

Je reste très positif pour la bourse. L’économie mondiale va continuer à progresser. On le voit avec le redressement économique en cours de la Chine. Historiquement, les actions mondiales ont offert un return de 8% en moyenne par an sur toutes les périodes de 30 ans. Les actions devancent l’immobilier, les obligations et le cash. Je suis persuadé que la bourse mondiale, l’indice MSCI World, peut doubler dans les cinq à dix ans.

Les taux d’intérêt sont au plus bas depuis des milliers d’années. Les taux courts sont au même au niveau que lors de la crise des années 30. Mais à l’époque, les taux à long terme n’étaient pas descendus sous les 3%. Aujourd’hui, les taux à 10 ans sont sous les 1% aux États-Unis et ils sont même négatifs en Allemagne et en Belgique. Cette baisse des taux qui paraît structurelle change la donne sur les marchés. Elle relativise la hausse des ratios cours/bénéfices. Dans un an, je pense par ailleurs que les bénéfices mondiaux seront assez similaires à ce qu’ils étaient avant la crise. La rentabilité des fonds propres des sociétés mondiales est de 12% en moyenne. C’est attrayant.

En 2015, vous avez essayé d’attirer le particulier belge vers la bourse avec une offre en ligne: TreeTop Online.

Notre objectif était effectivement d’intéresser davantage le Belge au monde boursier. Malgré nos efforts de promotion, ce fut un échec. Les détenteurs d’actions sont finalement peu nombreux en Belgique et il était difficile d’attirer le grand public. Le client moyen en Belgique n’investit pas en actions, il préfère l’immobilier. Mais je ne regrette rien. On a essayé à notre niveau de redynamiser l’investissement en actions. Ce qui n’aide pas, c’est que le monde politique européen, à l’opposé de la culture américaine et chinoise, a une très mauvaise image de la bourse. C’est toujours considéré comme de la spéculation pure et simple.

"Ce qui n’aide pas, c’est que le monde politique européen, à l’opposé de la culture américaine et chinoise, a une très mauvaise image de la bourse."

La Banque centrale européenne, avec ses taux d’intérêt négatifs, fait pourtant tout pour inciter les gens à investir en bourse pour obtenir un rendement supérieur, non?

Oui, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est de baisser les taxes sur les entreprises. C’est ce que Donald Trump a fait aux États-Unis. En Chine, les sociétés dans lesquelles j’investis paient 15% d’impôts. En Europe, on se situe à 25-30%. Si on veut créer une dynamique, cela passe par la baisse des impôts. C’est ce qu’on avait fait en Belgique en 1982 avec la loi Cooreman-De Clercq pour relancer la bourse. Aujourd’hui, les marchés européens sous-performent assez nettement et les bénéfices des sociétés européennes n’ont pas augmenté depuis la crise de 2007-2009. Aux États-Unis, cela a doublé depuis 2007. C’est un vrai cercle vicieux. L’Europe n’est pas présente dans les nouveaux secteurs, elle a raté la vague internet. En fait, on a raté tout un cycle. Il y a bien quelques sociétés technologiques européennes intéressantes comme ASML et la fintech Adyen aux Pays-Bas ou SAP en Allemagne, mais elles ne sont pas assez nombreuses.

"L’essentiel, c’est de baisser les taxes sur les entreprises."

D’où votre intérêt pour la bourse mondiale, qui comprend les marchés émergents.

Oui, ce que nous proposons, c’est un mélange de gestion active et de gestion passive dans une optique mondiale. Pour la gestion passive, nous avons le fonds indicé mondial de la firme Amundi et pour la gestion active, nous avons pris un tiers du capital de la firme écossaise Aubrey Capital Management, dont les gestionnaires sont particulièrement performants. Andrew Dalrymple, un vrai passionné par les marchés, gère le Conviction Fund. Il cherche à sélectionner environ 35 à 60 sociétés qui affichent une croissance des revenus élevée ainsi qu'une activité compétitive, solide et stable. Le portefeuille comprend des noms comme Amazon, Spotify, Alibaba et d’autres actions chinoises comme Yihai ou Meituan Dianping. Andrew est également un spécialiste de la "medtech", les valeurs actives dans les technologies médicales. Quant à l’autre gestionnaire, Sharon Bentley-Hamlyn, elle est spécialisée dans les "small caps" et "midcaps" européennes. Le temps est venu pour moi en tant que gestionnaire de m’entourer de gestionnaires qui peuvent surperformer le marché.

Vous vous retirez?

Non, je vous rassure. À 67 ans, je travaille simplement 5 heures par jour au lieu de 10 heures précédemment (rires). Mais en matière de gestion, il faut reconnaître que certains sont tout simplement meilleurs que vous. D’où la nécessité de bien s’entourer.

En matière de gestion, il faut reconnaître que certains sont tout simplement meilleurs que vous. D’où la nécessité de bien s’entourer.

Ne redoutez-vous pas les effets de la guerre commerciale USA-Chine ou de l’élection de Joe Biden lors des présidentielles américaines?

Ce combat USA-Chine est un combat politique d’arrière-garde. Et que ce soit Trump ou Biden qui emporte les élections, le dynamisme des entreprises américaines est une constante. Cela ne va pas changer, même si Biden l’emporte. Aux États-Unis, un membre du monde des entreprises fait toujours partie de l’équipe gouvernementale. C’est le cas aussi en Chine.

Ne faut-il pas se méfier du monopole des "Gafa", les Google, Apple, Facebook et Amazon?

Je ne suis pas forcément opposé aux Gafa. Si on brise un monopole, on casse aussi une dynamique.  Cela risque de faire plus de mal qu’autre chose. Car ces monopoles ou quasi-monopoles sont créatifs. Un monopole devient mauvais quand il n’est plus créatif. Ces Gafa ont énormément investi et ils savent qu’un concurrent peut émerger à tout moment. Cela les tient éveillés.

Pour la Belgique, avez-vous un conseil à donner au nouveau Premier ministre Alexander De Croo et à son équipe?

De manière générale, en Europe, on pense souvent d’abord à la manière dont on va répartir le gâteau économique plutôt qu’à le développer et l’agrandir, ce qui permettrait d’avoir une croissance solide tout en étant efficace en matière d’aide sociale. Ce gouvernement est composé de gens intelligents mais il faut viser davantage d’efficacité.

Ce gouvernement compte taxer les comptes-titres de plus de 1 million d’euros…

Oui, mais il faut alors que la mesure soit utile et que cet argent serve réellement à quelque chose, pas simplement à combler des trous budgétaires.

Ce pays semble en panne. La détérioration de la balance belge des paiements m’inquiète. Ce pays manque de projets et d’entrepreneurs. Il faut absolument créer de la richesse.

"La détérioration de la balance belge des paiements m’inquiète. Ce pays manque de projets et d’entrepreneurs. Il faut absolument créer de la richesse."

La Belgique présente toutefois quelques réussites, notamment dans les "biotechs", non?

Oui mais, rappelez-vous, on avait pris des mesures pour rendre la taxation du secteur attrayante notamment en matière de fiscalité sur les brevets. Ce succès ne tient donc nullement au hasard, mais c’est un exemple à suivre.

Pour en revenir aux placements, conseillez-vous d’investir en or?

Non, j’ai beaucoup analysé l’or par le passé, mais c’est un actif qui fondamentalement ne sert à rien et qui est impossible à valoriser. L’or, c’est en quelque sorte le somnifère des peureux. Cela ne crée pas de richesse. Au contraire des actions que vous pouvez valoriser. Les 3.000 sociétés qui composent l’indice boursier MSCI World et qui représentent 85% de la capitalisation boursière, c’est cela qui crée la richesse. Ce sont des espèces de monopoles avec des parts de marché importantes et qui connaissent une croissance régulière d’année en année. Les gens ne se rendent pas compte que ces actions sont les vrais actifs, rares et uniques.

"L’or, c’est en quelque sorte le somnifère des peureux."

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