Jour J: le pétrole suspendu à la décision de Trump sur l'accord nucléaire iranien

Attendue pour le samedi 12 mai, la décision de Donald Trump sur l'avenir de l'accord iranien aura un lourd impact sur les exportations de pétrole iranien et sur le prix du baril en général. ©REUTERS

Les tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran poussent les cours du brut à la hausse. Certains observateurs craignent que de nouvelles sanctions freinent la production de Téhéran. Donald Trump, qui promet depuis longtemps de "démanteler" l'accord sur le nucléaire iranien, pourrait mettre ce mardi sa menace à exécution malgré les mises en garde internationales.

Investir sur les marchés financiers, c’est parfois une affaire de symboles. De paliers qui une fois franchis clignotent sur les écrans comme de petits signaux d’alarme. L’un d’entre eux s’est allumé ce lundi: le cours du pétrole texan (WTI), coté à la Bourse de New York, a franchi la barre de 70 dollars le baril. Une première depuis décembre 2014. Le pétrole de la mer du Nord (Brent), coté à la Bourse de Londres, a pour sa part dépassé le seuil de 75 dollars.

"L’Iran depuis l’accord sur le dossier nucléaire exporte 2.6 millions de barils par jour. Les nouvelles sanctions fermeraient cette manne"
Bernard Keppenne
Economiste en chef de CBC Banque

Les prix du brut ont gagné environ 15% depuis le début de l’année. "Les perspectives favorables en termes d’offre et de demande ont alimenté cette hausse, faisant du pétrole l’une des classes d’actifs les plus performantes en 2018", souligne Isabelle Mateos y Lago, global macro strategist chez BlackRock Investment Institute. La demande mondiale pour l’or noir, soutenue par la croissance de l’économie mondiale, augmente plus rapidement que l’offre. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé en avril dernier s’attendre à ce que la demande mondiale de pétrole progresse de 1,5 million de barils par jour (mbj) cette année.

L’Arabie saoudite a par ailleurs laissé entendre qu’elle verrait d’un bon œil le pétrole atteindre 80 dollars, voire même 100 dollars. Elle pourrait pousser les autres membres de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), qui se réunissent le 22 juin prochain, à prolonger encore l’accord sur la réduction de la production.

Jour J

Mais le principal facteur qui pousse le pétrole à la hausse ces derniers jours est l’avenir du nucléaire iranien. Le président américain avait jusqu’à ce samedi 12 mai pour signifier s’il se retire de l’accord et impose de nouvelles sanctions à Téhéran.

Donald Trump annoncera ce mardi, à 20h, sa décision au sujet de cet accord international sur le programme nucléaire iranien conclu à Vienne en juillet 2015 au terme de 12 ans de discussions.

L'incertitude pousse les investisseurs à la prudence. "Il faut dire que l’Iran depuis l’accord sur le dossier nucléaire exporte 2.6 millions de barils par jour et que les nouvelles sanctions fermeraient cette manne", rappelle sur son blog Bernard Keppenne, économiste en chef de CBC Banque.

Au vu de l’évolution actuelle du pétrole, le marché semble parier sur un retrait des États-Unis. Mais la volatilité risque d’être très présente encore. "Le pétrole pourrait être plus haut de cinq dollars à la fin de la semaine, ou plus bas de cinq à 10 dollars. Tout dépendra de ce que le président Trump décidera de faire au sujet de l’accord nucléaire iranien", a noté Greg McKenna d’AxiTrader. Plusieurs brokers ont déjà pris en compte le risque iranien et s’attendent à une poursuite de la tendance haussière dans les prochaines semaines. Bank of America Merrill Lynch table ainsi sur un cours du Brent au-dessus de 80 dollars le baril ce trimestre.

Chez BlackRock, on conseille toutefois aux investisseurs de s’intéresser aux actions du compartiment de l’énergie plutôt que le pétrole lui-même ou la dette du secteur. Et ce, même si les cours du brut ont surperformé depuis le début de l’année. "Cette tendance est en train de s’inverser, explique Isabelle Mateos y Lago. Un facteur qui plaide en faveur des entreprises du secteur de l’énergie est leur vigilance à l’égard de la discipline financière, qui apparaît clairement dans les résultats des entreprises du premier trimestre."

"Le pouvoir d’achat des belges risque de s’éroder"

Quel sera l’impact de cette hausse du pétrole sur les consommateurs belges? Pour répondre à la question, il faut prendre en compte l’évolution des taux de change. Comme le fait remarquer Philippe Ledent, économiste chez ING, le pétrole a gagné environ 7 dollars l’année dernière. Mais dans notre devise locale, il est resté stable. "La hausse de l’euro a compensé l’augmentation des prix du pétrole", indique-t-il.

Aujourd’hui, la monnaie unique se déprécie, par contre. Elle est même passée sous 1,19 dollar en cours de séance ce lundi. Cela signifie que l’impact de la hausse du brut sera encore plus important. L’économiste pointe deux conséquences. Premièrement sur la consommation des ménages. "Cela risque d’éroder le pouvoir d’achat des consommateurs. Or, en Belgique, la croissance de la consommation était déjà faible en 2017".

Côté entreprises, cela risque de rogner les marges. Certaines sociétés pourraient alors décider de relever leurs prix pour contrebalancer cet effet. Ce qui déboucherait sur une hausse de l’inflation"On reste toutefois sur des niveaux gérables", tempère Philippe Ledent, qui estime également que la tendance haussière sur le pétrole n’est pas tenableà long terme.

Quant à l’impact sur le prix à la pompe, l’économiste pense que les automobilistes peuvent s’attendre à une hausse du prix de l’essence dans un mois maximum. Même s’il existe en Belgique un contrat-programme entre l’État et la Fédération pétrolière belge (FPB), qui fixe un plafond à ne pas dépasser, l’histoire montre une certaine corrélation entre prix du pétrole et prix du carburant"Le lissage est plutôt théorique".

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