"KBC est l'une des banques les plus rentables d'Europe"

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Le rendement sur fonds propres de certains groupes européens inquiète encore de nombreux observateurs. Ce qui impacte le secteur en Bourse.

Dix ans après la crise économique et financière, où en est le secteur bancaire en Europe? On peut dire que les observateurs sont moyennement optimistes. "La note moyenne des banques européennes (où 1 signifie vendre et 5 signifie acheter) est restée depuis 2016 à un minimum de 3,5, ce qui dénote un biais marginalement positif", remarquent les analystes de Bloomberg Intelligence. Et cela se voit d’ailleurs dans les cours de Bourse. Alors que les banques américaines ont retrouvé – et même dépassé – leur niveau d’avant la crise, les banques européennes patinent.

Comment expliquer cet écart de performance? Certes, la crise des dettes souveraines est passée par là. Mais depuis 2016, l’écart se creuse. "Il y a plusieurs raisons. L’explication anglo-saxonne est de dire qu’ils ont pris les problèmes à bras-le-corps. Ils ont recapitalisé l’entièreté du secteur rapidement. C’est en partie rhétorique et en partie vrai aussi. De manière générale, les Anglo-saxons sont plus réactifs", analyse Christian Solé, gérant de fonds chez Candriam et spécialiste du secteur financier. Pour l’Europe, il pointe un "manque d’organisation". "Cela s’est géré sur une période plus longue, notamment pour raisons politiques. Encore maintenant, la Banque centrale européenne travaille sur le problème des prêts non performants, un problème issu du passé."

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"Le problème des banques européennes, c’est qu’elles payent encore les erreurs du passé, toute la crise de la zone euro, plussoie Arnaud Delaunay, analyste financier chez Leleux Associated Brokers. Et elles payent actuellement l’environnement des taux très bas. Tous ces éléments font que leur rentabilité des capitaux propres est en moyenne inférieure à ce que les investisseurs devraient théoriquement recevoir." Du coup, la plupart des valeurs bancaires se négocient sous leur valeur comptable.

Croissance des revenus mais…

Dans son rapport d’août 2017, le Fonds monétaire international (FMI) estime pourtant qu’il y a eu des "progrès considérables" ces dernières années. "Les banques ont accumulé des fonds propres, la réglementation est plus rigoureuse et la supervision a été renforcée", salue l’institution. Selon les estimations de Bloomberg Intelligence, les banques européennes devraient enregistrer une croissance moyenne de leurs revenus de 3% en 2019 (3,5% en 2020), soutenue davantage par la croissance des revenus nets d’intérêt que des commissions.

Mais le FMI s’inquiète de la "faible" rentabilité des banques, qui fait "peser des risques sur la stabilité financière". Il anticipe un rendement sur fonds propres inférieur à 8% en 2019. Or ses analystes estimaient dans une précédente étude que le coût des fonds propres des banques s’établissait au moins à 8%. "Cela signifie que vous avez un coût des ressources financières qui est supérieur à la rentabilité économique. Cela détruit de la valeur", explique Arnaud Delaunay.

En octobre 2017, le FMI pointe plusieurs grands établissements européens dont la santé financière inquiète: la banque française Société Générale, l’italienne Unicrédit, l’allemande Deutsche Bank, et les britanniques Barclays et Standard Chartered.

Le "gros problème" Deutsche Bank

Quand on regarde de plus près la performance des banques européennes ces dernières années, un nom ressort en particulier: Deutsche Bank . Depuis son point haut atteint le 11 mai 2007, l’action est passée de 91,62 à 11,91 euros. Soit une chute d’environ 90% en près de 11 ans. Rien que depuis le 1er janvier, elle a encore perdu plus de 25%. La première banque allemande en termes d’actifs ne vaut plus que 24 milliards d’euros en Bourse, contre 29 milliards pour KBC, 54 milliards pour ING et 76 milliards pour BNP Paribas. "La valorisation de Deutsche Bank reste très faible, mais reflète un risque opérationnel élevé. En outre, il existe un risque que la valorisation soit faible structurellement, ce qui est connu sous le nom de ‘piège de valorisation’ (en anglais, ‘value trap’)", note Dirk Peeters, analyste financier chez Leleux Associated Brokers, dans un rapport publié ce vendredi.

Pour mémoire, Deutsche Bank comporte trois piliers: deux gros piliers que sont la banque d’investissement et la banque de détail en Allemagne, ainsi qu’un plus petit pilier de wealth management. Le problème est que seul ce dernier pilier est vraiment profitable pour l’instant. En 2017, la banque a enregistré une perte de 0,5 milliard d’euros après avoir déjà subi des pertes en 2016 (1,4 milliard) et en 2015 (6,8 milliards).

Pour y remédier, une rumeur a circulé dans les salles de marché pendant plusieurs mois: celle d’un rapprochement entre Deutsche Bank et Commerzbank. Mauvaise idée selon le directeur exécutif de la BaFin, l’autorité allemande des services financiers. Raimund Röseler a déclaré début avril qu’une telle mesure ne réglerait pas le problème de faible rentabilité des banques et risquerait de créer un mastodonte "trop gros pour faire faillite". "Si je prends deux gros problèmes et que je les transforme en un très gros problème, je ne vais pas rendre la situation meilleure", explique-t-il dans une interview accordée au quotidien Handelsblatt.

Besoin d’une stratégie "clairement définie"

Deutsche Bank tente petit à petit de trouver des solutions. En mars 2017, elle a levé 8 milliards d’euros via une augmentation de capital, au prix de 11,65 euros l’action. Ce qui lui a permis d’améliorer sa solvabilité qui s’est établie à 14%. Pas suffisant pour de nombreux observateurs. "Les problèmes de solvabilité ont peut-être été résolus mais le groupe n’est pas en reste", pointe Dirk Peeters. La banque allemande a alors annoncé un changement de son management. Le président du directoire, le Britannique John Cryan, sera remplacé par l’Allemand Christian Sewing, ancien responsable de la banque de détail. En Bourse, les investisseurs ont salué la nouvelle en faisant bondir l’action de 4% en début de séance lundi.

Mais ce changement n’est pas bien accueilli par tout le monde. Pour Standard and Poor’s, ce remplacement soudain à la tête de Deutsche Bank pourrait se traduire par une restructuration plus "longue" et "coûteuse" que prévu. C’est pourquoi l’agence de notation américain a placé jeudi soir la note à long terme "A-" de la première banque allemande sous "surveillance avec implication négative". Elle pense toutefois qu’il est encore tôt pour tirer des conclusions, et se montre même un peu optimiste. "Ce changement peut être un tremplin pour la banque, lui permettant d’évoluer rapidement vers un modèle économique plus durable et solidement rentable."

"Ce qui compte, et, de notre point de vue, Deutsche Bank en manque maintenant depuis des années, c’est une stratégie clairement définie, juge de son côté Kian Abouhossein, analyste de JPMorgan. Le problème de Deutsche Bank, ce n’est pas le président du directoire, comme cela se dit dans la presse, mais des actionnaires différents avec des intérêts différents, avec peu de signes d’engagement à changer l’organisation dans l’intérêt des propriétaires: les actionnaires et les créanciers."

Les banques belges toujours plébiscitées

Pour bien choisir leurs futurs placements dans le secteur bancaire, les investisseurs devront nécessairement faire du "stock picking". Il faudra mettra l’accent sur un mix de rendement sur capital, décotes réduites, restructuration et croissance, selon les analystes de Bloomberg Intelligence. "Les plans de retour sur capitaux sont redevenus un facteur de différenciation critique pour les banques européennes, les investisseurs attendant des taux d’intérêt plus élevés pour booster leurs perspectives de revenus."

Ils estiment qu’ING continue de dominer le marché avec une croissance attendue des prêts d’environ 4%, soutenant un dividende progressif et une dynamique des bénéfices. Les perspectives de KBC sont également très appréciées. Le groupe s’attend à un solide rendement pour toutes les unités opérationnelles en 2018. "KBC est l’une des banques les plus rentables en Europe (ROE 17%) avec de solides flux de trésorerie et une solvabilité très élevée", salue de son côté Dirk Peeters.

Dans un rapport publié le 8 mars dernier, le Fonds monétaire international souligne également la "résilience" du système bancaire belge. "Les banques ont adopté des business models plus traditionnels, en mettant davantage l’accent sur les prêts nationaux et le financement des dépôts." Et les stress tests ont confirmé que le secteur est capable d’absorber les risques induits par une simulation de nette détérioration des conditions macrofinancières.

Est-ce que tous les risques ont pour autant disparu? Non. "Il y a encore du travail à faire sur la profitabilité, notamment du côté des coûts. Parce qu’elles restent avec un réseau d’agences qui n’est pas adapté à notre époque. Mais cela va dans le bon sens", pense Christian Solé. Le FMI s’inquiète par ailleurs des vulnérabilités potentielles du secteur de l’immobilier résidentiel belge. Il constate notamment une hausse des prêts hypothécaires accordés, en parallèle d’une augmentation du taux d’endettement des ménages. Le FMI et la Banque nationale belge souhaite donc que les groupes bancaires actifs dans notre pays renforcent encore leurs fonds propres.

Christian Solé tempère toutefois, estimant que les risques sont limités. "Les banques belges ne sont pas un mauvais investissement par rapport à l’ensemble de banques européennes. Surtout vu leur niveau de valorisation." Il conseille d’ailleurs aux investisseurs de s’intéresser aux sociétés "qui sont en oligopole", comme en Belgique ou en Suède. Car les banques y sont en moyenne plus profitables.

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