Keydata, un pari risqué sur la mort

Un rendement de 8% garanti sur 7 ans. L’offre paraissait alléchante sur papier. Mais des milliers d’investisseurs particuliers britanniques séduits par le placement craignent désormais de ne plus revoir leur mise de départ.

Proposé par Keydata Investment Services, une société basée au Royaume-Uni, le véhicule financier investissait dans le "life settlement", c’est-à-dire des polices d’assurances vie d’Américains en fin de vie.

Lifemark, une société luxembourgeoise, émettait des obligations adossées à ces polices, et Keydata les regroupaient ensuite dans un fonds dont les parts étaient vendues aux investisseurs. Mais plombées par des problèmes de liquidités, ces deux sociétés ont finalement été mises sous administration provisoire sur ordre des autorités de marchés britannique et luxembourgeoise en novembre 2009. Les 450 millions de livres sterling investis par quelque 23.000 Anglais se sont retrouvés gelés.

Piégés par les tables de mortalité US

Lifemark et Keydata se sont retrouvés piégés par le mécanisme inhérent au life settlement, appelé aussi "death bonds". Concrètement, une firme va racheter la police d’assurance-vie d’un Américain (seuls les Américains peuvent vendre leur police). Elle va payer les primes jusqu’à ce que ce dernier décède. Et toucher le montant de la police d’assurance à sa mort. Plus l’assuré vit longtemps, plus la firme devra payer des primes. Il est donc dans son intérêt que l’assuré meure le plus rapidement possible. Mais le prolongement de l’espérance de vie des Américains complique ce genre de construction financière. "Aux Etats-Unis, 21st et AVS, les deux principaux fournisseurs de tables de mortalité ont provoqué un choc en 2008 lorsqu’ils ont annoncé qu’ils s’étaient lourdement trompés dans leurs calculs", précise Eric Collard (KPMG Advisory), chargé de l’administration provisoire de Lifemark. "Les polices d’assurance sont imposantes. On parle de montant allant de 5 à 10 millions de dollars. Les primes à payer s’avèrent donc importantes, de l’ordre de 600.000 dollars par an. Si l’assuré vit cinq ans de plus, il faudra débourser 3 millions de dollars de primes, qui ne seront pas disponibles pour repayer les primes d’autres polices, ni pour assurer le rendement", commente Eric Collard. Lifemark n’a enregistré aucun décès depuis plusieurs mois".

Les Britanniques ne sont pas les seules victimes

Keydata revendait aussi des parts de son fonds en dehors du Royaume-Uni.

"Une partie de ces parts était destinée aux investisseurs anglais, une partie hors de Grande-Bretagne, mais à qui et dans quel pays, il faut demander à Keydata", explique Eric Collard.

Du côté des administrateurs provisoires de Keydata, pas de réponses.

Mais il est toutefois possible que des parts de fonds Keydata aient été vendues en Belgique. Du côté de la CBFA, Hein Lannoy, porte-parole, indique que Keydata n’est pas connu dans les registres du régulateur. "Mais si ces produits excèdent les 50.000 euros, ils ne doivent pas émettre de prospectus puisqu’il s’agit d’un placement privé, et donc la CBFA ne sait pas le contrôler", précise-t-il.

La CBFA a d’ailleurs publié sur son site internet une mise en garde contre ces produits life settlement. "Si ces produits sont vendus via la branche 23, le courtier doit respecter des règles de conduite en matière d’information et de profilage du client. Mais dans la majorité des cas, nous constatons que ceux-ci sont vendus via un fonds, pour un montant supérieur à 50.000 euros", souligne Hein Lannoy. Bref, hors du champs de contrôle de la CBFA.

Au Royaume-Uni, les parts de fonds Keydata s’élevaient à 48.000 livres sterling chacune. Dans les rangs des investisseurs lésés, on compte essentiellement des personnes âgées, qui ont placé leur pension dans le produit incriminé.

Une lueur d’espoir toutefois. Les régulateurs européens ont proposé de relever le seuil du placement privé à 100.000 euros pour éviter ce genre de problème à l’avenir.

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