L'accès de la finance britannique aux consommateurs européens, véritable enjeu de l'après-Brexit

La City pourra-t-elle continuer à accéder au marché européen? C'est un enjeu des négociations qui s'annoncent. ©AFP

L’industrie financière, qui génère 7% du PIB britannique, représente le talon d’Achille de Downing Street dans la perspective des négociations avec l’Union européenne pour l’après-Brexit.

Ces derniers jours ont rappelé que le Royaume-Uni pouvait être très susceptible au sujet de ses eaux territoriales, qui étaient jusqu’à présent ouvertes automatiquement aux navires de pêche européens. Il a même fait de la protection de ces eaux une "ligne rouge". Le vrai enjeu des négociations, censées aboutir à un accord commercial d’ici le 31 décembre, se situe pourtant ailleurs.

30,8 milliards €
Les exportations de la finance britannique vers l'UE
La valeur des exportations de la City vers l’Union européenne a atteint 26,1 milliards de livres (30,8 milliards d’euros) en 2018.

Depuis près de trente ans, la City est la vache à lait de l’économie britannique. Une comparaison suffit à mesurer son importance: la valeur de ses exportations vers l’UE a atteint 26,1 milliards de livres (30,8 milliards d’euros) en 2018. Soit près de vingt fois plus que l’industrie halieutique (1,34 milliard de livres).

Ce différentiel donne une idée de la bataille qui s’annonce dans les prochains mois, lorsque la question de la pêche sera réglée. Il est d’ailleurs permis de penser que la "position haute" de Downing Street, sur les eaux territoriales, est purement stratégique, et qu’elle vise à obtenir de Bruxelles, pour la finance, les concessions qu’elle fera elle-même sur la pêche.

L'équivalence ne permet pas tout

Les intérêts des banques de la City sont simples: elles doivent obtenir une équivalence au passeport financier dont elles bénéficiaient jusqu’à présent, et qui leur permettait, depuis Londres, d’ouvrir des agences et d’opérer dans toute l’Union européenne. L’équivalence est accordée à des pays tiers de l’Union européenne, mais avec un ensemble de réglementations à respecter, tout particulièrement depuis la crise financière.

Le coût incrémental et les conséquences sur les revenus d’une perte des droits liés au passeport financier seront réduits.
Moody's

Reste à savoir si cette équivalence peut être accordée à un pays qui, sous Boris Johnson, a vocation à devenir une "Global Britain", voire un "Singapour-on-Thames". La tentation éventuelle d’alléger la régulation et de revenir à certaines recettes d’hier risque de refroidir l’Union européenne, qui pourrait demander des garanties.

Les banques et firmes britanniques qui ont des activités importantes dans l’Union européenne ne retrouveront pas l’ensemble de leurs prérogatives du passeport financier. L’équivalence ne permet pas, depuis Londres et avec des antennes européennes, d’octroyer des crédits conso, des crédits immobiliers ou des services de paiement.

Impact limité

Dans le pire des cas, celui d’un no deal, les banques seront fragilisées, mais devraient être en mesure de continuer leurs activités dans l’Union européenne avec une combinaison de filiales et d’agences. Concrètement, de simples déplacements des sièges administratifs suffiront, et n’entraîneront pas de coût excessif. "Le coût incrémental et les conséquences sur les revenus d’une perte des droits liés au passeport financier seront réduits", estime Moodys.

Quant aux hedge funds ne dépendant pas fondamentalement de l’Union européenne, et qui ont choisi Londres comme ils auraient pu choisir New York, simplement parce qu’elle est la place financière dominante, l’impact du Brexit sera limité.

La décennie écoulée a d’ailleurs vu la plupart des grandes banques réduire fortement leurs activités de banques de détail, fermer des milliers d’agences et supprimer plusieurs centaines de milliers de postes pour mieux se focaliser sur les activités de banques d’investissement.

La City se remettra donc d’un no deal puisque 75% de ses revenus ne sont pas directement liés à l’UE. Mais sécuriser un accord avantageux – c’est-à-dire avec l’obtention d’équivalences d’un côté, et de nouvelles marges de manœuvre en matière de réglementation de l’autre - restera une priorité d’ici l’été.

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