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L'Allemagne aux portes de la récession

©Bloomberg

La locomotive européenne est en panne de croissance. Au deuxième trimestre 2019, l'Allemagne a vu son activité économique reculer, ravivant les craintes de récession et de contagion en zone euro.

Récession. Vous risquez fort d'entendre de plus en plus ce mot dans les prochaines semaines. Car c'est un fait, la situation économique se dégrade, notamment en zone euro. Et les intervenants de marché ne sont guère optimistes, comme en témoignent le second recul trimestriel consécutif de l'activité économique en Allemagne acté ce mercredi et la chute de l'indice ZEW publié la veille. Le moral des investisseurs allemands est tombé à un plus bas depuis décembre 2011, à -44,1 points.

Au rayon des causes, c'est toujours la même rengaine. "La dernière escalade en date dans le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, le risque de dévaluations compétitives et la probabilité accrue d'un Brexit sans accord exercent une pression supplémentaire sur une croissance économique déjà faible", explique Achim Wambach, le président de l'institut ZEW. Et d'ajouter: "Cela va très probablement peser davantage sur l'évolution des exportations et de la production industrielle allemandes."

"La dernière escalade en date dans le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, le risque de dévaluations compétitives et la probabilité accrue d'un Brexit sans accord exercent une pression supplémentaire sur une croissance économique déjà faible."
Achim Wambach
Président de l'institut ZEW

L'état de santé de la première économie européenne est pourtant déjà (très) préoccupant. Ses exportations ont chuté de 8% entre juin 2018 et juin 2019, et les importations ont reculé de 4,4% sur un an. Du côté des entreprises, les avertissements sur résultats s'accumulent depuis plusieurs mois. BASF, BMW, Daimler, Deutsche Bank ou encore SAP... Le fabricant allemand de produits de consommation Henkel a tiré la sonnette d'alarme ce mardi pour la troisième fois cette année.

Un risque de contagion

"Une récession en Allemagne est préprogrammée", avait prévenu Patrick Hussy, directeur de l'institut Sentix, début août. La croissance du produit intérieur brut (PIB) allemand au deuxième trimestre s'est contractée de 0,1% par rapport au trimestre précédent. Cette piètre performance fait suite à un rebond de 0,4% affiché au premier trimestre. 

Et cette tendance à la baisse pourrait perdurer au cours des troisième et quatrième trimestres. L'Allemagne pourrait donc être entrée en récession technique - c'est-à-dire afficher deux trimestres consécutifs en baisse - cette année.

Reste la question de savoir si l'ensemble de la zone euro est menacé. Avec le recul de son PIB au printemps, l'Allemagne rejoint le Royaume-Uni, dont l'économie s'est également contractée d'avril à juin (-0,2%). En zone euro, l'élève modèle de la dernière décennie fait désormais figure de boulet, faisant moins bien que l'Italie (0%) et la France (+0,2%) lors du trimestre écoulé. La Belgique voit également sa croissance battre de l'aile et redescendre d'un cran à 0,2% au deuxième trimestre 2019. 

Tous les regards se tournent à nouveau vers Mario Draghi et la BCE lors de la réunion tant attendue du 12 septembre prochain ©EPA

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, avait tenté de rassurer les investisseurs le 25 juillet dernier, à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs. "Le risque de récession reste assez faible globalement. ll existe encore des signes de résistance comme l’emploi, le nombre de créations d’entreprises qui est à un pic, le chômage qui recule et la richesse des ménages qui reste forte", avait-il affirmé.

Mais rien n'y fait. Le moral des investisseurs dans la zone euro se dégrade lui aussi. À tel point que selon un sondage réalisé par Bloomberg début août, un cinquième des analystes interrogés évaluent à 25% la probabilité d'une récession en zone euro dans les douze prochains mois.

La BCE forcée de passer à l'action?

Tous les regards se tournent donc à nouveau vers la BCE et sa réunion tant attendue du 12 septembre prochain. Mario Draghi a révélé le mois dernier avoir demandé à ses équipes de préparer de nouvelles mesures de soutien. La plupart des analystes interrogés tablent sur une baisse du taux de dépôt de 10 points de base, à -0,50%.

Les avis sont par contre plus partagés quant au lancement éventuel d'un nouveau programme de rachat d'actifs (quantitave easing ou QE) à court terme. Selon Alessandro Tentori, chief investment officer chez AXA Investment Managers, le marché s'attend en moyenne à un stimulus d'environ 100 milliards d'euros. Chez ABN Amro, on vise 70 milliards. La banque d'investissement américaine Goldman Sachs avance, de son côté, le chiffre de 300 milliards...

100
milliards d'euros
Les analystes s'attendent à ce que la BCE annonce, en septembre, une baisse du taux de dépôt, à -0,5%. Certains tablent également sur l'annonce d'un prochain programme de rachat d'actifs, qui pourrait atteindre 100 milliards d'euros par mois.

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