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L'America First reste le credo des investisseurs

©REUTERS

Le troisième trimestre vient de se terminer et à première vue, la situation sur les marchés n'a pas changé. Les actions américaines dominent toujours. Mais si ce n'était que la partie visible de l'iceberg?

L'avenir est-il un long passé? Les investisseurs qui ont suivi cette année le célèbre adage boursier "Sell in May and go away, and come on back on St. Leger's Day" ont retrouvé les marchés financiers dans la même situation dans laquelle ils les avaient laissés. Du moins a priori...

La surperformance des actions américaines perdure: le Dow Jones progresse d'environ 7% depuis le début de l'année, le S&P 500 de 9% et le Nasdaq de 16,5%. Les trois principaux indices de la Bourse de New York flirtent même avec de nouveaux sommets historiques. "Les États-Unis ont brillé par leur constance, tant au niveau économique qu'en termes de politique monétaire", constate Vincent Juvyns, Global Market Strategist chez JP Morgan Asset Management.

Le département du Commerce a confirmé jeudi que la croissance de l'économie américaine a atteint 4,2% en glissement annuel au deuxième trimestre 2018. C'est son rythme le plus soutenu en près de quatre ans. Sur l'ensemble du premier semestre, elle atteint 3,2%. "Notre économie est forte. La croissance avance à un rythme solide. Le chômage est bas, les salaires augmentent et l'inflation est basse et stable", se réjouit le président de la Réserve fédérale Jerome Powell.

La Fed - qui a relevé sans surprise son principal taux directeur à 2,25% - a revu à la hausse sa prévision de croissance pour 2018. Elle table à présent sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 3,1%, contre 2,8% annoncés en juin. L'inflation devrait accélérer comme prévu à 2,1%.

À l'est, la Chine voit rouge sous le feu des taxes douanières de plus en plus importantes imposées par les États-Unis. Les investissements dans les infrastructures s'essoufflent et le Premier ministre chinois Li Keqiang a récemment reconnu "des difficultés accrues" pour maintenir une croissance stable. Selon les données officielles, l'activité manufacturière dans la province de Guangdong - la plus peuplée et la plus exportatrice de l'Empire du Milieu - s'est contractée en août pour la première fois depuis mars 2016.

Pour autant, le gouvernement chinois vise toujours une croissance d'environ 6,5% cette année. "La Chine espère compenser la perte d'exportations et donc de croissance en stimulant la consommation et non en augmentant les investissements dans les actifs immobilisés. C'est la bonne chose à faire", estime Frank Vranken, chief strategist chez Puilaetco Dewaay.

Mais ce n'est visiblement pas assez convaincant pour rassurer les investisseurs internationaux. Les places boursières chinoises affichent encore l'une des pires performances dans le monde: l'indice CSI 300 des plus grandes capitalisations dégringole d'environ 14,5% depuis le début de l'année. D'un autre côté, cela commence à devenir alléchant puisque la valeur des entreprises cotées par rapport aux bénéfices attendus - le ratio price-earnings (P/E) du CSI 300 est de 12,75 - est devenue la plus attrayante depuis plusieurs années.

Les investisseurs sont "comme des lions tapis dans l'herbe", guettant le rebond à venir, observe Zhang Qun, expert marchés du courtier Citic Securities. "Si on se fie aux données historiques, les valorisations actuelles sont assurément appropriées (pour passer à l'achat). Mais elles pourraient rester très bas pour encore un moment". À noter que les actions chinoises ont regagné plus de 2% ce mois-ci.

Triste performance des Bourses européennes

Et l'Europe dans tout cela? La situation ne semble guère encourageante. La croissance de l'activité économique en zone euro a encore ralenti en septembre. L'indice PMI composite a reculé à 54,2. Ce qui laisse supposer une croissance de 0,5% au troisième trimestre, selon le chef économiste d'IHS Markit, Chris Williamson. "Les guerres commerciales, le Brexit, le ralentissement de la demande mondiale (notamment dans le secteur automobile), une aversion croissante pour le risque, les déstockages et la montée des incertitudes politiques, tant dans la zone euro que dans le reste du monde, ont contribué à l'affaiblissement de la croissance", explique-t-il.

La Banque centrale européenne (BCE) reste pour sa part prudemment optimiste. Certes, elle a légèrement abaissé ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019, à respectivement 2,0% et 1,8%. Mais son président Mario Draghi estime que "les risques entourant les perspectives de la zone euro pouvaient toujours être considérés comme équilibrés dans l'ensemble".

Côté actions, la plupart des principaux indices européens affichent une performance négative. Le DAX allemand perd environ 5% depuis le début de l'année, tandis que le Stoxx Europe 600 recule de 1,5% et l'Euro Stoxx 50 de 3%. À Paris, le CAC 40 progresse par contre de 3,5% et à Amsterdam, l'AEX de 1%. "Les actions européennes sont plombées par trois épées de Damoclès: les tensions commerciales, l'Italie et le Brexit", résume Vincent Juvyns. Selon lui, ces trois incertitudes empêchent une reprise de la confiance envers les marchés européens et le secteur bancaire.

Cela s'est une nouvelle fois concrétisé ce vendredi avec le problème italien. Le gouvernement populiste (coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue) s'est mis d'accord sur un déficit à 2,4% du PIB pour les trois prochaines années. Une annonce qui a provoqué la chute des banques italiennes, entraînant tout le secteur dans son sillage, et par effet papillon, les indices européens.

Sous l'iceberg

Frank Vranken observe cependant que la sous-performance de l'Europe tend à se réduire depuis plusieurs semaines. "À première vue, la situation n'a pas changé depuis juin sur les marchés. Mais si l'on regarde sous la partie visible de l'iceberg, on constate une stabilisation des indices", souligne-t-il. Cela s'expliquerait en partie par la remontée des rendements obligataires. L'Europe serait favorisée car elle détient plus de financières que les États-Unis. Le stratégiste note d'ailleurs que le secteur bancaire américain a souffert de la dernière hausse des taux par la Réserve fédérale. Signe, selon lui, que l'on approche d'un point d'inflexion.

Le facteur principal de la légère remontée des marchés européens reste toutefois de nature technique. "On a connu ici 25 semaines consécutives de sorties de flux. À un moment donné, il n'y a plus grand-chose à vendre..." Est-ce que les investisseurs peuvent dès lors espérer voir l'Europe terminer l'année sur une note stable? "Possible, mais il n'y a pas assez de bonnes nouvelles pour provoquer un réel boost des indices".

Un avis partagé par Vincent Juvyns. "L'Europe peut surperformer au quatrième trimestre et en 2019 si tous ses problèmes politiques sont résolus." On verrait alors les investisseurs et analystes s'intéresser aux actions "value" ou au secteur bancaire par exemple. "Mais pour l'instant, cela reste hypothétique. Il y a un manque de visibilité qui nous pousse à sous-pondérer les actions européennes", ajoute-t-il.

Ce qui devrait guider les marchés dans les prochains mois, c'est la saison des résultats pour le troisième trimestre. Les observateurs seront particulièrement attentifs aux prévisions données par les entreprises cotées pour l'année prochaine. Certaines vont-elles montrer des signes de prudence à cause des tensions commerciales, comme l'a fait dernièrement le constructeur allemand BMW? Et comment vont réagir les investisseurs? "Il y a là un vrai risque", estime Frank Vranken.

2018, annus horribilis pour Bruxelles

Que les investisseurs belges se fassent une raison: s'il est possible que certains indices européens clôturent 2018 à l'équilibre, voire en légère hausse, la mauvaise performance de la Bourse de Bruxelles (-6,82% depuis le début de l'année) est, aux yeux des analystes, irrattrapable. "Le Bel 20 ne pourra pas combler son retard", confirme Frank Vranken. Bpost (-44,93%) reste le grand perdant. Pour mémoire, les résultats du premier trimestre avaient reçu un accueil très froid de la part des investisseurs. Et s'ils ont été quelque peu rassurés par les derniers chiffres financiers du groupe postal, les analystes se montrent toujours prudents.

De son côté, Ontex (-33,45%) a subi les foudres des investisseurs après avoir annoncé début septembre l'abandon de l'offre indicative de PAI Partners. Le titre s'approche d'ailleurs de son prix d'introduction (18 euros).

Mais les chutes les plus impressionnantes à la Bourse de Bruxelles se trouvent sur le marché élargi. La palme revient à Nyrstar, dont l'action a dégringolé de 69,45% depuis le début de l'année. Le leader mondial du zinc a lancé il y a quelques jours un avertissement sur résultats, indiquant que les conditions "compliquées" du marché auront un impact négatif sur les résultats du second semestre de l'exercice en cours.

Mais ce qui inquiète par-dessus tout, c'est la dette du groupe. L'agence de notation américaine Standard & Poor's a dégradé ce jeudi la note de crédit de l'entreprise belge à CC+. "Avec des marchés obligataires fermés pour Nyrstar, le groupe va devoir recourir à du financement à court terme pour refinancer cet emprunt jusqu'à ce qu'il affiche des améliorations au niveau opérationnel", juge dans une note Stijn Demeester, analyste chez ING. Il est bon de rappeler qu'une obligation à haut rendement de 350 millions d'euros arrivera à échéance en septembre 2019.

Greenyard n'est pas en reste, avec une chute de 60,76% depuis janvier. Le producteur de légumes surgelés a lui aussi lancé un avertissement sur résultats, en raison notamment de la contamination à la listeria dans son usine hongroise. Autant de déceptions qui ne pourront être compensés dans les prochains mois.

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