L'année 2018 "excellente" pour le listing à Bruxelles

©Dieter Telemans

A l’occasion de TechShare, Benoît van den Hove, le nouveau responsable du listing pour Euronext à Bruxelles, fait le point sur les IPO à Bruxelles depuis le début de l’année. Selon lui, l'année 2018 sera meilleure que 2017 pour le listing à Bruxelles.

Les phrases clés

"Les hausses de volatilité reportent les opérations. Ces derniers mois, un certain nombre d’introductions en Bourse ont été reportées globalement."

"On a connu plus de 3 milliards d’euros d’augmentation de capital cette année. Un montant colossal."

"Nous sommes enthousiastes pour un marché qui est en ébullition."

"Ablynx et TiGenix constituent un bon exemple pour les entrepreneurs"

Le nouveau responsable du listing pour Euronext à Bruxelles a pris ses fonctions il y a juste deux mois, mais son entrée au sein du groupe s’est passée sur les chapeaux de roue avec deux dossiers brûlants pour les opérations de Bourse. Shurgard, le garde-meubles, a indiqué vouloir réaliser un placement privé, sans avoir défini une date précise. La banque Belfius a reporté son introduction en Bourse tant attendue. Mais Acacia Pharma, EuroCommercial Properties et FNG sont venus enrichir la liste des valeurs cotées à Bruxelles.

Combien de temps peut prendre une introduction en Bourse au regard de ce qui se passe à la Bourse de Bruxelles en ce moment?

Il n’y a pas de règle sur la durée de préparation pour une introduction en Bourse. Un an à un an et demi de préparation, avec ses hauts et ses bas, s’avère le délai minimum. Au début ça commence doucement, et les six derniers mois, on travaille d’arrache-pied pour finaliser l’opération. Mais tout dépend du type de société, de sa croissance et de ses priorités. Cela peut mettre plus ou moins de temps. La maturité d’une société peut aussi influencer énormément le processus de l’IPO. Une société plus structurée, qui dispose déjà d’un conseil d’administration, et qui répond à des exigences, aura plus facile qu’une start-up.

CV EXPRESS

Benoît van den Hove a rejoint le groupe Euronext il y a deux mois, et remplace Alain Baetens à la tête du listing pour Euronext Bruxelles. Avant cela, il occupait la fonction de responsable du département juridique de la salle des marchés chez ING.Il avait rejoint la banque en 2001, après avoir été associé junior au cabinet d’avocats Linklaters Debandt.

Diplômé en droit de la Katholieke Universiteit Leuven, et détenteur d’un MBA de la Louvain School of Management, Benoît van den Hove a également présidé le comité juridique de Belsipa, une association regroupant les émetteurs de produits structurés. Grand sportif, il a bouclé le marathon de Bruxelles (42 kilomètres) en 3h55.

Shurgard revient en Bourse après avoir fait une première tentative il y a déjà onze ans. Mais la société veut un placement privé cette fois-ci. Est-ce que c’est une tendance à la Bourse de Bruxelles?

En général, en Belgique, on voit plutôt des offres publiques, qui s’adressent à des investisseurs particuliers et professionnels. Si Shurgard a décidé de limiter son offre à des investisseurs institutionnels, c’est sans doute parce que la société a fait la balance entre les avantages et les inconvénients qu’une telle opération représente. Pour nous, c’est neutre et nous respectons son choix. Mais après cette opération, les actions de Shurgard pourront être achetées sur le marché secondaire. La première fenêtre d’investissement, qui est la souscription, est fermée aux investisseurs particuliers. Mais après, la cotation du titre se fait normalement.

Techshare, pour les start-ups

Euronext, l’opérateur des Bourses de Paris, Dublin, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, organisait le 21 et 22 septembre, pour la quatrième année consécutive, son événement TechShare, sur le campus de HEC à Jouy-en-Josas. 135 start-ups s’y sont rassemblées.

Euronext a décidé cette année d’inviter des sociétés de pays ne faisant pas partie du groupe, à savoir l’Allemagne, l’Italie, la Suisse et l’Espagne. 14 sociétés belges y étaient présentes. Parmi elles, 6 start-ups wallonnes, dont les pépites E-Peas, OncoDNA et eFounders, et Optimy.

Olivier Olbrechts, fondateur de la startup Mister Genius dédiée à la gestion informatique des indépendants et des PME, nous a expliqué avoir été invité par Euronext, mais ne cherche pas encore à faire une cotation en Bourse, car sa société doit encore grossir et s’étendre notamment en Flandre. Du côté de Jean-Charles Dwelshauvers, associé chez KoalaBoox, une startup spécialisée dans le financement des PME, une introduction en Bourse pourrait s’envisager dans le futur. Sa société s’est étendue en Espagne, et ne cesse de croître. Elle vise le marché américain. Car TechShare s’avère un événement explicatif sur les introductions en Bourse. En partenariat avec HEC, Euronext a créé un campus dédié au processus d’introduction en Bourse.

Durant les deux jours, des sociétés cotées, comme Xiring, Theranexus et Tarkett, se sont succédées pour expliquer leur parcours vers la Bourse. Les quatorze sociétés belges ont aussi été conviées à d’autres séances avec des intermédiaires financiers. Le coaching va durer dix mois.

Belfius a reporté son introduction en Bourse à cause des conditions de marchés défavorables, notamment. Y a-t-il une période favorable pour ce genre d’opération?

Les vacances sont une période peu favorable pour les introductions en Bourse, parce que les investisseurs sont moins présents et moins réactifs aux opérations. Après, la fenêtre idéale n’existe pas. Toutes les périodes sont les bonnes, sauf celles des vacances. On voit dans les statistiques des pics en fin de premier semestre, en juin, et un peu plus en septembre.

Ces dernières années se sont été caractérisées par une faible volatilité sur les marchés. Est-ce que cela favorise les introductions en Bourse?

Les hausses de volatilité reportent les opérations. Ces derniers mois, un certain nombre d’introductions en Bourse ont été reportées globalement à cause des incertitudes et de la forte volatilité notamment avec les tensions commerciales. Une société qui entre en Bourse se valorise, sur base de la valeur de ses pairs. On prend un instantané de la valeur de ces sociétés pour déterminer la fourchette de prix auquel les investisseurs vont pouvoir souscrire. Si l’on constate une forte volatilité, la valeur des sociétés pairs augmente fortement, et rend l’IPO très bon marché. À l’inverse, si la valeur des sociétés sœurs baisse fortement, cela rend l’IPO très cher. Donc, des épisodes de forte volatilité ne sont pas favorables pour les introductions en Bourse réussies car le pricing est correct et répond aux attentes des investisseurs.

Le dividende est important aux yeux des investisseurs. Pourtant, les valeurs biotechs n’en proposent pas, et elles trouvent quand même leur public. Tout dépend du modèle de la société?

L’investisseur va entrer pour une histoire et pour une croissance. Dans le secteur technologique, vous trouvez des sociétés qui ne paient aucun dividende, mais lorsqu’elles ont atteint une taille suffisante, où le cash ne doit plus nécessairement être réinvesti, elles ont commencé à payer des dividendes. Le modèle économique de la société va déterminer sa capacité à payer un dividende.

Un des écueils fréquents parmi les sociétés qui ne tentent pas d’entrer en Bourse repose sur les frais élevés d’une telle opération. Pourquoi sont-ils si élevés?

Le coût d’une IPO chez Euronext ne représente qu’une petite partie du montant global pour une telle opération. Beaucoup de conseillers interviennent pour une IPO: les banques, les auditeurs, les conseillers en communication et la FSMA. Tous ces intervenants facturent leur conseil. Pour Euronext, le coût doit être entre 5 et 6% de la facture globale. Tout dépend de la taille de l’opération et des paramètres.

Comment qualifierez-vous le marché des IPO cette année à la Bourse de Bruxelles?

Acacia Pharma a fait son IPO à la mi-février. Eurocommercial Properties a choisi une double cotation et a voulu célébrer son arrivée en Belgique avec le rachat du Woluwe Shopping Center. FNG est revenu à Bruxelles. Shurgard a annoncé son intention de venir en Bourse dans des délais rapprochés. Nous sommes aussi en contact avec d’autres émetteurs et intermédiaires financiers qui préparent des opérations. Préparer une IPO est un travail de longue haleine. Tous les astres doivent être alignés pour que cela réussisse. Mais nous sommes enthousiastes pour un marché qui est en ébullition.

Diriez-vous que cette année s’annonce déjà meilleure que 2017 en termes d’IPO?

L’année 2018 pour le listing à Bruxelles sera globalement excellente. On a déjà trois opérations, alors que l’année passée, on a compté trois opérations. On a connu pour plus de 3 milliards d’euros d’augmentations de capital (contre 1,91 milliard d’euros en 2017, ndlr), sur les neuf premiers mois de l’année. Cela représente un montant colossal à la Bourse de Bruxelles. Alors, le listing se porte très bien. Par rapport à 2017, les montants seront supérieurs. Car en 2017, on a connu seulement une seule IPO, celle de Balta.

Cette année a également été marquée par des retraits de la cote importants, comme Ablynx, racheté par Sanofi, et TiGenix, racheté par Takeda. Est-ce que l’évolution de la cote préoccupe Euronext?

Tant Ablynx que TiGenix ont profité de leur cotation pour leur croissance. Non seulement ces sociétés ont financé celle-ci en étant coté, mais aussi elles se sont créées une véritable crédibilité. La première raison pour se faire coter en Bourse est justement cette crédibilité, d’être une société solide, dont la gouvernance est bonne, tout comme le processus. Elles constituent un bon exemple pour les entrepreneurs. Elles disent qu’en étant coté en Bourse, soit on reste coté jusqu’à l’éternité si possible, soit la meilleure solution pour l’entreprise est d’être intégré dans un grand groupe. Ces deux sociétés n’en seraient pas arrivées là où elles sont sans Euronext. Pour beaucoup de sociétés qui ont quitté la Bourse, celle-ci a été un tremplin pour leur évolution future.

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