analyse

L'effet de la guerre commerciale sur les Bourses pourrait durer

©REUTERS

L'escalade dans les tarifs douaniers entre les Etats-Unis et la Chine est la principale menace pour les marchés financiers, d'après les gestionnaires d'actifs. "Les entreprises risquent d'être plus attentistes", avertit Peter Vanden Houte (ING). Pour Frank Vranken (Puilaetco Dewaay), "les investisseurs seront tentés de rester sur la touche".

La guerre commerciale est le principal risque qui menace les marchés. D'après le baromètre mensuel de Bank of America Merrill Lynch, publié ce mardi, 37% des gestionnaires d'actifs interrogés placent les taxes à l'importation et autres tarifs douaniers en tête des menaces susceptibles d'affecter les places financières.

La volatilité des marchés va certainement augmenter.
Frank Vranken
Chef stratégiste de Puilaetco Dewaay

Ces derniers jours, le ton est monté entre les Etats-Unis et la Chine au sujet de leurs échanges commerciaux, ce qui a pesé sur les cours boursiers. D'après le sondage de BofA Merrill Lynch, plus d'un tiers des investisseurs interrogés ont adopté une stratégie de couverture contre une forte baisse des marchés d'actions durant les trois prochains mois. Il s'agit de la proportion la plus élevée jamais recensée par ce baromètre.

Trump dit que les négociations avec Pékin n'ont pas capoté

Pour le président américain, les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine n'ont pas capoté. Donald Trump qualifie même le bras de fer que se livrent les deux premières puissances mondiales de "petite querelle".  Il a fait cette remarque devant la presse à la Maison-Blanche.

Donald Trump a précisé que les discussions se poursuivaient entre les négociateurs des deux pays, estimant que le dialogue était bon. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé que les négociations continuaient.

"On anticipe une détérioration"

Parmi les gestionnaires, l'allocation en actions a diminué de 6 points de pourcentage, précise BofA Merrill Lynch, tandis que l'allocation en obligations reste à son plus haut niveau en sept années. "Les investisseurs sont bien couverts mais ne sont pas positionnés en vue d'un échec des négociations commerciales", analyse Michael Hartnett, chief investment strategist de Bank of America Merrill Lynch, dans un communiqué. "Les investisseurs ont peu de raisons d'acheter en mai, à moins que les trois C - crédit, consommateur et Chine - surprennent rapidement dans le bon sens."

Peter Vanden Houte, chef économiste d'ING Belgique. ©Thierry du Bois

Ce n'est pas ce qu'entrevoient les économistes en ce moment. "Même si les récents indicateurs conjoncturels pointent vers une stabilisation après la décélération de la croissance économique, les investisseurs anticipent une détérioration en cas de persistance de la guerre commerciale", nous explique Peter Vanden Houte, chef économiste d'ING Belgique. "On le voit dans l'indice ZEW (qui mesure le moral des investisseurs allemands, NDLR) publié ce mardi: l'appréciation des conditions économiques actuelles s'est améliorée, tandis que le sentiment relatif aux perspectives a baissé."

"Un tweet de Trump et on revient à la case départ"

Dans les négociations entre USA et Chine, la prochaine échéance est fixée aux 28 et 29 juin, au sommet du G20, où le président américain Donald Trump devrait rencontrer son homologue chinois Xi Jinping. D'ici là, les investisseurs risquent de rester nerveux. "La volatilité des marchés va certainement augmenter", nous confie Frank Vranken, chef stratégiste de Puilaetco Dewaay. "On a un jour de l'espoir et le lendemain de nouveaux doutes. Il suffit que le président américain poste un tweet pour qu'on se retrouve à la case départ."

Parmi les entreprises, des investissements pourraient être reportés jusqu'à ce qu'on ait plus de clarté.
Peter Vanden Houte
Chef économiste d'ING Belgique

Le regain de tensions entre les dirigeants américains et chinois tombe au plus mauvais moment pour les investisseurs. "Alors qu'on assistait à une stabilisation des statistiques macroéconomiques, qui semblaient indiquer que la croissance ne se détériorait plus, voilà que la guerre commerciale s'intensifie", déplore Peter Vanden Houte. "Ça risque de provoquer davantage d'attentisme parmi les entreprises. Des investissements pourraient être reportés jusqu'à ce qu'on ait plus de clarté."

"On pourrait tomber plus bas"

Pour les marchés, qui ont déjà subi un net revers lundi, la déprime n'est peut-être pas terminée. "Les marchés détestent l'incertitude", rappelle Frank Vranken. "Les investisseurs sont donc moins prêts à payer des prix élevés. Alors qu'aux Etats-Unis, les valorisations des actions étaient auparavant à 18 fois les bénéfices attendus, on est retombé vers 17. On pourrait tomber plus bas si la crise ne se résout pas ou si on reçoit de mauvaises nouvelles d'entreprises américaines implantées en Chine."

Frank Vranken, chef stratégiste de Puilaetco Dewaay.

Il faut ajouter à cela des facteurs saisonniers, comme la saison des dividendes qui pèse sur les cours ou encore l'approche des vacances qui peut inciter à la prise de profits. Dans ce contexte, "je resterais plutôt prudent", conclut Frank Vranken. "Je ne suis pas convaincu que beaucoup d'investisseurs vont revenir vers les actions. Ils seront plutôt tentés de rester sur la touche que de prendre des risques."

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