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L'étau se ressere sur l'Irlande et le Portugal

José Socrates, Premier ministre portugais

Les taux des obligations irlandaises et portugaises sur dix ans ont atteint mardi en fin de matinée leur plus haut niveau depuis le lancement de l'euro il y a dix ans, alors que les inquiétudes s'accumulent sur ces deux pays confrontés à des problèmes de solvabilité.

Peu avant 13h00, les taux longs irlandais s'inscrivaient à 6,591%, soit une progression de 16 points de base par rapport à lundi soir et les rendements portugais à 6,518%, soit un bond de 23 points de base. Pour ces deux lignes obligataires, il s'agit de leur plus haut niveau depuis la création de la zone euro.

Dublin comme Lisbonne sont de nouveau sous les feux des projecteurs et accusent un regain de tension sur les marchés financiers alors que l'Irlande doit renflouer une de ses principales banques et que le Portugal a du mal à faire adopter son budget 2011. Conséquence, les marchés financiers se méfient et les taux montent fortement.

Automatiquement les écarts de taux d'intérêt ("spread") avec le Bund allemand, référence dans la zone euro se sont tendus, témoignant de la méfiance des investisseurs.

Ainsi, pour pouvoir emprunter, Irlande comme Portugal doivent offrir des taux d'intérêt aux investisseurs supérieurs de plus de 400 points de base à ceux proposés par l'Allemagne.

Les deux pays "font face à une pression accrue", a commenté Peter Chatwell, stratégiste obligataire de Crédit Agricole CIB. "Ils vont avoir du mal à inverser la tendance car aucune annonce de l'Irlande ou du Portugal n'est prévue à très court terme", ajoute-t-il.

Le gouvernement irlandais ne devrait dévoiler qu'à la fin de cette semaine le coût du sauvetage de la banque nationalisée Anglo Irish, gouffre pour les finances publiques et source d'inquiétude pour toute la zone euro. Jusqu'ici, la facture était évaluée autour de 25 milliards d'euros (dont près de 23 milliards ont déjà été déboursés).

Un analyste de l'agence de notation Standard and Poor's a déclaré mardi, lors d'un entretien à la station de radio irlandaise RTE, que si le coût dépassait son estimation de 35 milliards d'euros, l'agence pourrait abaisser la note de l'Irlande.

Quant au Portugal, il fait face à une impasse des négociations budgétaires entre partis et ne doit présenter son budget que le 15 octobre.

Pour autant, "Ni l'Irlande ni le Portugal n'ont à lever de sommes importantes sur le marché d'ici l'année prochaine. Ils ne sont donc pas dans la situation de la Grèce au printemps dernier et peuvent se permettre de résister plus longtemps à cette pression à la hausse sur les taux", analyse M. Chatwell.

Par ailleurs, le stratégiste estime que "le risque de contagion à d'autres pays de la zone euro n'est pas le même que pour la Grèce au printemps". Pour lui, les investisseurs ont opéré une différenciation nette entre les émetteurs de la zone. "L'Espagne et l'Italie continuent à émettre dans de bonnes conditions", souligne-t-il.

Mauvaise note


L'agence de notation Standard & Poor's a menacé mardi d'abaisser encore la note de l'Irlande, si le coût du sauvetage de la banque en difficulté Anglo Irish, en cours de réévaluation et qu'elle avait elle-même chiffré à 35 milliards d'euros, venait à dépasser ce montant.

Les autorités irlandaises devraient annoncer jeudi leur nouvelle estimation définitive du coût du sauvetage de l'Anglo Irish Bank, jusqu'ici évalué officiellement autour de 25 milliards d'euros (dont près de 23 milliards ont déjà été déboursés), après avoir modifié leur plan de restructuration au début du mois.

Alors que les spéculations vont bon train sur le montant de la facture finale du sauvetage de la banque, devenu un gouffre financier pour l'Etat depuis sa nationalisation l'an dernier, "les estimations qui étaient auparavant fortement éloignées de nos 35 milliards d'euros semblent désormais se rapprocher de ce niveau", a affirmé Trevor Cullinan, analyste de Standard & Poor's, dans un entretien à la radio publique RTE.

L'analyste a ajouté que ce montant de 35 milliards d'euros pourrait même être dépassé, prévenant que "dans ce cas, il pourrait y avoir potentiellement de nouvelles mesures d'abaissement de notation de la part de Standard & Poor's".
S&P avait déjà abaissé fin août d'un cran à "AA-" la note de la dette souveraine de l'Irlande, en invoquant le coût sans cesse croissant du soutien de l'Etat au système bancaire.

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