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analyse

L'euro monte et rend les actions US moins attrayantes

Depuis le début du trimestre, les nettes hausses enregistrées à Wall Street se transforment en pertes ou en progression modeste pour les investisseurs de la zone euro. ©REUTERS

L'euro retrouve des niveaux qui n'avaient plus été atteints depuis début janvier face au dollar. Sa montée affecte les portefeuilles d'actions américaines.

Lentement, mais sûrement, l'euro remonte face au dollar. Depuis début avril, la monnaie unique a grimpé de près de 5% face au dollar, passant de 1,17 à plus de 1,2250 dollar en moins de deux mois. L'euro retrouve ainsi des niveaux qu'il affichait début janvier. Ce rebond de la devise européenne a affecté les portefeuilles des investisseurs belges détenant des actions américaines.

-1,3%
Depuis le début du mois d'avril, le Nasdaq affiche une progression de plus de 3% à Wall Street. Mais celui qui a investi dans l'indice technologique américain à partir de la zone euro a subi une perte de 1,3% à cause de l'effet de change.

Alors que les grands indices boursiers de Wall Street affichent de nettes hausses depuis le début du trimestre, ces performances se transforment en pertes ou, au mieux, en progression modeste pour les investisseurs de la zone euro qui ont misé sur ces actions.

Ainsi, le Dow Jones affichait, avant la séance de ce mardi, une hausse de plus de 4% depuis début avril et le Nasdaq une avancée de plus de 3%. En tenant compte de l'effet de change, le Dow Jones subit, en euro, une baisse de 0,2% et le Nasdaq un recul de 1,3% sur cette période. La montée de plus de 5,5% du S&P 500 dans ce laps de temps se transforme quant à elle en un gain limité à un peu plus de 1% à peine pour celui qui y a investi à partir de la zone euro.

Inflation digérée

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution récente des deux plus grandes monnaies occidentales. "En phase de reprise de l'économie, le dollar a tendance à perdre du terrain, car il a un côté valeur refuge", rappelle Philippe Ledent, économiste chez ING Belgique. "En début d'année, la troisième vague de la pandémie avait retardé la reprise en zone euro, ce qui avait favorisé le billet vert. À présent, les très bons indices PMI (indicateurs de l'activité économique, NDLR) placent les marchés en mode de reprise plus synchronisée."

"La Fed a bien calmé le jeu."
Philippe Ledent
Économiste chez ING Belgique

Le tassement du dollar est aussi dû à une moindre inquiétude au sujet de l'inflation. "Au premier trimestre, il y a eu beaucoup de spéculation sur ce que la Fed (la Réserve fédérale, NDLR, la banque centrale des États-Unis) allait faire", explique Philippe Ledent. "Les craintes au sujet de l'inflation ont conduit certains à envisager que la Fed remonte ses taux d'intérêt directeurs beaucoup plus vite que prévu." Quand les taux américains grimpent, cela incite les investisseurs à investir davantage dans les placements en dollars, devenus plus rémunérateurs.

Mais désormais, "les marchés semblent digérer petit à petit cette donnée de l'inflation", analyse Philippe Ledent. "La Fed a bien calmé le jeu en soulignant que l'accélération de la hausse des prix serait temporaire." Deux influents membres de la banque centrale US, Lael Brainard et James Bullard, l'ont encore martelé lundi.

"Pas trop cher"

Mieux valait donc investir dans les actions de la zone euro au début de ce trimestre. À moins que la remontée de la monnaie unique finisse par affecter les entreprises européennes? "Non, le seuil à partir duquel on peut se poser des questions à ce sujet est plutôt de l'ordre de 1,25 à 1,30 dollar", estime Philippe Ledent. "Ce niveau est considéré comme la valeur d'équilibre moyenne. Tant qu'on n'y est pas, on ne peut pas dire que l'euro est trop cher."

1,25 $
Les stratégistes d'ING voient l'euro atteindre 1,25 à 1,28 dollar en fin d'année ou début 2022.

D'autant plus que, pour les entreprises européennes, la récente progression de l'euro permet d'atténuer l'impact de la hausse des prix des matières premières.

Reste à voir comment le cours de change évoluera dans les mois qui viennent. "Nos stratégistes voient l'euro monter à 1,25 voire 1,28 dollar vers la fin de l'année ou au début 2022, avant de revenir vers 1,20 dollar d'ici à 2023, sachant que la Fed devrait être la première banque centrale à évoquer un futur resserrement monétaire", conclut-il. À garder à l'esprit avant d'investir à Wall Street...

Le résumé

  • L'euro a dépassé, mardi, 1,2250 dollar, ce qui le ramène à ses niveaux du début de l'année, contre seulement 1,17 dollar fin mars.
  • Alors que les indices boursiers américains s'affichent en nette hausse ce trimestre-ci, l'investisseur belge qui a misé sur ceux-ci a subi des pertes ou un gain très réduit.
  • La reprise de la croissance économique en zone euro explique le retour en forme de la monnaie unique.
  • Le cours de change actuel n'est pas handicapant pour les entreprises, d'autant plus qu'il atténue l'effet de la montée des prix des matières premières.

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