L'euro numérique, alternative au bitcoin, se précise

Selon Christine Lagarde, la présidente de la BCE, le projet d'euro numérique pourrait aboutir d'ici quatre ans. ©Digital Art/Corbis

La BCE envisage un taux d'intérêt pénalisant en cas de détention d'un gros montant du futur euro digital. Une variation de ce taux pourrait perturber le marché.

Depuis l'année dernière, la Banque centrale européenne (BCE) prépare un euro numérique. Mais cette monnaie électronique, qui devrait être mise à la disposition des consommateurs européens à l'avenir, pose encore quelques questions. C'est ce qu'a expliqué récemment Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, lors d'un séminaire sur internet organisé par le centre de réflexion Bruegel.

3.000 €
Seuil possible pour l'euro numérique
Selon Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, la détention d'euros numériques devrait être plafonnée ou pénalisée par un taux négatif au-delà d'un certain seuil, qui pourrait être fixé à 3.000 euros.

Face à la montée en puissance de cryptomonnaies, telles que le bitcoin , les grandes banques centrales de la planète souhaitent garder leur monopole d'émission de la monnaie. À cette fin, elles envisagent notamment de lancer leur propre monnaie digitale. La BCE y songe depuis plusieurs mois. Les travaux avancent: mercredi dernier, Christine Lagarde, la présidente de l'institution européenne, a déclaré, lors d'une conférence téléphonique organisée par le magazine The Economist, que l'euro numérique pourrait être prêt d'ici environ quatre ans.

Mais il reste à lever quelques obstacles. L'euro numérique se conçoit comme l'équivalent électronique des pièces et billets. Ces derniers sont émis par la BCE et détenus en main propre par les consommateurs. Les banques jouent tout au plus le rôle de distributeur. Quand l'argent est dans le portefeuille des particuliers, l'usage qu'ils en font n'est pas traçable, contrairement aux virements, paiements par carte ou autres.

Équivalent au cash

Christine Lagarde a souligné qu'à l'instar des espèces, l'euro numérique devrait être "respectueux de la vie privée" et qu'il ne s'agirait pas "d'exploiter les données de ceux qui l'utiliseront". Autrement dit, il faut une équivalence avec le cash. Cela impliquerait donc que les Européens détiennent une sorte de porte-monnaie électronique directement auprès de la BCE.

"Afin de préserver la stabilité, l'euro numérique devrait être conçu de manière à empêcher qu'il soit utilisé comme un investissement."
Fabio Panetta
Membre du directoire de la BCE

Problème: en cas de crise, par exemple comme lors de la crise financière de 2008, ou encore lors de la crise de la dette de la zone euro des années 2010, les épargnants pourraient déplacer massivement leurs avoirs bancaires vers ce porte-monnaie. Cette sorte de "bank run" (fuite des capitaux hors des banques) numérique provoquerait une crise systémique. La BCE n'en veut évidemment pas. "Afin de préserver la stabilité, l'euro numérique devrait être conçu de manière à empêcher qu'il soit utilisé comme un investissement", explique Fabio Panetta.

"Un ajustement du taux de l'euro numérique pourrait signaler que la banque centrale anticipe des tensions financières, ce qui conduirait une instabilité autoalimentée."
Fabio Panetta
Membre du directoire de la BCE

Taux modulable

Pour ce faire, il y a deux possibilités, précise le banquier central italien: soit on plafonne le montant qui peut être détenu en euro numérique, soit on fixe une pénalité sur les dépôts qui excéderaient un certain niveau. M. Panetta évoque déjà le seuil de 3.000 euros. Ce montant aurait le double avantage d'être supérieur à ce que la plupart des citoyens possèdent en cash, et de dépasser aussi le salaire mensuel moyen dans la plupart des pays de la zone euro.

Fabio Panetta pense qu'un taux légèrement négatif – tel que le taux de -0,5% appliqué à la facilité de dépôt de la BCE – ne suffirait pas à décourager les particuliers de stocker leurs avoirs en euro numérique, en cas de crise. Il estime qu'il faudra un taux "hautement pénalisant".

Mais ce mécanisme ne sera pas sans poser problème. Car comme tout taux d'intérêt de la BCE, ce taux sera modulable: il devra être adapté au gré de l'évolution de la situation économique. Si les taux de référence augmentent, il pourra être relevé. Mais si la BCE le réduit, "cela pourrait signaler que la banque centrale anticipe des tensions financières, ce qui conduirait une instabilité autoalimentée", craint M. Panetta. Si l'euro numérique se précise, ses contours sont loin d'être bien définis.

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