interview

"L'Europe est bon marché, mais ce n'est pas suffisant pour y investir" (Goldman Sachs)

©doc

James Ashley, head of international market strategy de Goldman Sachs Asset Management à Londres, était de passage à Bruxelles. Il reste positif pour les USA, nettement moins pour l’Europe.

Avez-vous modifié vos prévisions à la suite des déclarations de Jerom Powell (Fed) sur les taux américains et de l’accord USA-Chine en marge du G20.

Non. Nous prévoyons un ralentissement économique dans la plupart des économies, aux USA, en Europe et en Chine. Pour ce qui est de l’annonce entre les USA et la Chine, c’est un pas constructif dans une possible désescalade dans le conflit commercial. Mais il ne faut pas surinterpréter cet accord, ce n’est pas encore la fin définitive des tensions commerciales. C’est simplement un pas dans la bonne direction. J’ajoute que l’on a peut-être également surinterprété les propos de Jerome Powell. Les fondamentaux de l’économie américaine restent solides, avec une montée progressive des pressions inflationnistes. La Fed devrait donc continuer à remonter les taux directeurs. Ce que Powell a laissé entendre, c’est que les taux d’intérêt se rapprochent de la borne inférieure du taux neutre estimé. Si la Fed remonte ses taux lors de ce mois de décembre, on sera 0,25 point en dessous des propres estimations du taux neutre par la Fed. Nous pensons que la Fed remontera encore trois fois ses taux l’an prochain. Notre vue n’a pas changé à cet égard. Cela signifie une hausse de 100 points de base (1%) par rapport aux taux actuels. Ce qui est clair, c’est que la Fed devient plus sensible aux données économiques.

"Nous ne voyons pas de récession aux USA en 2019 et 2020."

Certains pensent que les USA connaîtront une récession l’an prochain ou en 2020.

Nous sommes dans une phase de maturité du cycle de l’économie américaine. Nous sommes plus proches de la fin du cycle que de son début. La probabilité d’une récession augmente. Elle viendra à un moment ou un autre. Mais nous ne pensons pas que ce sera en 2019 ou 2020.

Que cela implique-t-il pour les marchés boursiers américains?

Nous continuons à surpondérer les actions américaines. Le marché boursier se comporte historiquement de manière favorable en fin de cycle. Et comme les valorisations des actions ont baissé après la récente correction en octobre, cela renforce notre sentiment en faveur des actions US. Mais il faut être sélectif. Il ne faut pas acheter aveuglément toutes les actions US.

En mars prochain, le "bull market" (marché haussier) fêtera ses dix ans aux USA. C’est assez incroyable, non?

Il faut tenir compte du fait que cette reprise économique est remarquable à plusieurs égards. Les USA vont sans doute connaître la plus longue période de reprise économique de l’histoire, mais de manière simultanée, c’est aussi la plus lente. C’est dû aux dégâts enregistrés en 2008-2009. Tenant compte de cela, il n’est pas exclu que la reprise se poursuive, tant au niveau économique que sur les marchés financiers. De manière chiffrée, nous tablons sur une croissance US de 3% cette année et de 2,5% environ l’an prochain.

Et dans la zone euro?

Nous tablons sur une croissance de 2% cette année et de 1,25% l’an prochain. C’est en ligne avec la tendance à long terme dans la zone euro. Mais il est clair qu’il y a un ralentissement de la croissance. Pour les marchés boursiers européens, nous sommes neutres. Les valorisations sont relativement intéressantes mais nous sommes réticents à investir uniquement sur la base des valorisations. Ce qui est peu cher peut le devenir davantage encore. Les actions peuvent rester bon marché pendant une longue période. Le ralentissement de l’économie est un élément négatif pour la zone euro.

Selon vous, il y a trop d’éléments négatifs, avec l’Italie, le Brexit ou les prochaines élections européennes, pour investir en Europe?

Il y a un certain nombre de défis en Europe. Bien entendu, l’Italie ou le Brexit pourraient provoquer de la volatilité à court terme. Mais plus fondamentalement, l’Europe doit encore procéder à des réformes structurelles pour relever la croissance de long terme.

Ce qui s’est passé en France le week-end dernier avec ces scènes d’émeute est négatif pour l’image de l’Europe?

Cela n’aide évidemment pas. Cela doit être tenu à l’œil par l’investisseur. Mais je ne pense pas que ces tensions en France sont un élément déterminant pour la performance des actions l’an prochain.

Dans la zone euro, compte tenu du ralentissement, les taux de la BCE vont-ils rester bas encore longtemps?

Les taux devraient commencer à remonter vers la fin de l’an prochain. Mais les hausses de taux seront espacées par la suite. Les taux négatifs vont encore persister pendant un certain temps.

"Notre scénario de base est celui d’une première hausse en septembre et Mario Draghi quitte la BCE en octobre. Il pourrait donc partir après cette hausse des taux. Mais tout dépendra évidemment des données économiques dans la zone euro."

Mario Draghi sera peut-être le premier président de la BCE à n’avoir jamais remonté les taux durant son mandat. C’est assez surprenant.

Notre scénario de base est celui d’une première hausse en septembre et Mario Draghi quitte la BCE en octobre. Il pourrait donc partir après cette hausse des taux. Mais tout dépendra évidemment des données économiques dans la zone euro.

Certains économistes soulignent que la prochaine crise viendra de Chine. Quel est votre avis?

La Chine va aussi connaître un ralentissement économique. Les autorités tentent de trouver un équilibre entre la croissance économique et un nécessaire désendettement de l’économie. Je pense qu’ils ont les capacités de réaliser cet objectif. Je ne crois pas à une véritable crise en Chine. Mais on pourrait connaître une certaine volatilité.

Les actions chinoises restent-elles intéressantes?

Nous sommes positifs pour les actions émergentes. Et au sein de ces marchés émergents, notre préférence va à l’Asie. C’est l’Inde qui est notre position la plus surpondérée. Mais nous sommes aussi assez positifs pour les actions chinoises. L’accord entre les USA et la Chine est plutôt une bonne nouvelle à cet égard.

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