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L'heure du changement (stratégique) est arrivé pour la BCE

©REUTERS

Lancée juste avant la pandémie, la revue stratégique de la Banque centrale européenne (BCE) pourrait l'amener être plus flexible sur l'inflation et verdir son portefeuille.

Les cerveaux chauffent au siège francfortois de la Banque centrale européenne (BCE). Les équipes techniques sont entrés dans la dernière phase de discussions sur la revue stratégique qui doit permettre à l'institution de faire le point sur ses instruments de politique monétaire. Les résultats étaient, en théorie, attendus que pour cet automne. Mais la BCE a annoncé mercredi soir qu'ils seront finalement présentés le lendemain à 13 heures. Une conférence de sa présidente Christine Lagarde est également prévue.

<2%
Vers un nouvel objectif d'inflation?
Pour l'heure, la Banque centrale européenne vise une hausse des prix proche de mais inférieure à 2%.

Il s'agit d'un cap extrêmement important pour la banque centrale, qui n'a plus fait ce genre d'exercice depuis 2003. "Nous allons passer en revue toute une série de questions", avait promis la grande argentière européenne lors du coup d'envoi des discussions en janvier 2020. Et d'expliquer qu'elles porteront sur "la manière dont nous décidons, la manière dont nous analysons, les outils à notre disposition et la façon de communiquer".

Entre-temps, la pandémie du Covid-19 a mis un coup d'arrêt à l'économie européenne, et a obligé la BCE à mettre sur pause sa revue stratégie pendant près d'un an. Les débats n'ont repris qu'il y a quelques mois, mais la banque centrale a visiblement mis les bouchées doubles pour aboutir à des conclusions.

L'inflation, point central des débats

Rappelons que la Réserve fédérale (Fed) a déjà réalisé cet exercice l'an dernier, qui avait débouché sur un nouvel objectif d'inflation: elle vise désormais une hausse des prix de 2% en moyenne dans la durée, s'autorisant une surchauffe "pendant un certain temps" pour compenser des périodes d'inflation faible.

"Selon nous, trois choix s'offre à la Banque centrale europénne: soit l'objectif reste inchangé (c'est-à-dire "proche de mais inférieur à 2%"); soit elle vise une inflation moyenne de 2%; soit elle opte pour un objectif d'inflation statique à 2% avec des limites de tolérance"
Nomura

La grande majorité des observateurs pensent que la BCE va imiter son homologue américain. Mais, à ce stade, de nombreuses questions restent encore sans réponse à Francfort. Pendant combien de temps pourrait-elle laisser filer la hausse des prix? Va-t-elle se fixer des balises? Ou va-t-elle privilégier un objectif d'inflation plus élevé – certains observateurs évoquent 3% – pour avoir une marge de manœuvre plus importante?

"Selon nous, trois choix s'offrent à la Banque centrale europénne: soit l'objectif reste inchangé (c'est-à-dire "proche de, mais inférieur à 2%"); soit elle vise une inflation moyenne de 2%; soit elle opte pour un objectif d'inflation statique à 2% avec des limites de tolérance", explique-t-on du côté de Nomura. "Cette dernière option nous paraît la plus probable."

Bernard Keppenne, chief economist chez CBC Banque, craint que l'aspect technique de la question ne pose un problème. "Je ne suis pas sûr que l'on aura une réponse à court terme.".D'autant plus que la BCE envisage d'intégrer les prix du logement dans le calcul de l'inflation, afin de pouvoir agir en cas de surchauffe immobilière.

Une politique monétaire durable?

Selon l'économiste, l'autre point qui pourrait susciter des débats entre les membres de la banque centrale est l'intégration de l'aspect durable dans la politique monétaire en zone euro. "Christine Lagarde est particulièrement sensible à la problématique du réchauffement climatique, et cela pourrait avoir une grande influence sur le secteur financier", indique-t-il. "Je serai surpris, et déçu, si rien n'était annoncé à ce propos."

"Christine Lagarde est particulièrement sensible à la problématique du réchauffement climatique, et cela pourrait avoir une grande influence sur le secteur financier."
Bernard Keppenne
chief economist chez CBC Banque

La BCE achète, pour l'heure, autant d'obligations émises par une entreprise polluante que par une société respectueuse de l'environnement. Bernard Keppenne ne croit cependant pas que la banque centrale va totalement verdir sa politique monétaire, car un tel projet déclencherait une vive opposition parmi certains de ses membres.

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