chronique

L'important sur les marchés, c'est le "récit"

Malgré les tensions USA-Iran en début d'année, en dépit des inquiétudes concernant le coronavirus, l'indice américain S&P 500 a pris plus de 4% depuis le début de l'année, le Nasdaq 8% et la Bourse belge 5,75%. Impressionnant.

En politique et en économie comme sur les marchés financiers, c'est le "récit" qui compte. C’est bel et bien le terme à la mode. "L’Europe a besoin d’un nouveau récit pour contrecarrer le désenchantement actuel et retrouver du sens", explique Ian Kershaw, 76 ans, dans son livre assez remarquable "L'Âge global" qui retrace sur plus de 700 pages l’histoire de l’Europe de 1950 à nos jours (Seuil).

Visiblement, l’historien britannique n’est pas (encore) convaincu que les nouveaux venus sur la scène européenne, Christine Lagarde, Ursula von der Leyen et Charles Michel, vont constituer une rupture par rapport au passé. Il attend de voir ce qu’ils pourront effectivement mettre en place pour contrer les forces nationalistes et eurosceptiques qui représentent une menace grandissante pour l’Europe. Car l'enchevêtrement de crises qui ont suivi 2008 a été un avertissement très clair. L'Europe pourrait bien connaître de nouvelles fractures. "La seule certitude est l’incertitude"écrit l'historien, en ajoutant que "l'insécurité restera la marque de l’âge global". 

Alors quel pourrait être ce nouveau récit pour redonner du souffle au Vieux continent? Selon Kershaw, l'Europe pourrait s'appuyer sur l'urgence d'agir contre les destructions environnementales, une cause susceptible de soulever l'enthousiasme, en particulier chez les jeunes citoyens. Jacques Attali a-t-il lu Kershaw? Toujours est-il qu'il confiait cette semaine à L'Echo que l'Europe "doit établir un récit qui justifie l'espérance". Les grands esprits se rencontrent.

Les banques centrales et Tina (there is no alternative), voilà le récit qui écrase tout aujourd'hui.

Qu'en pense le docteur Robert Shiller? Le prix Nobel d'économie et spécialiste des marchés est un spécialiste de la matière. C'est le thème de son livre "Narrative Economics" déjà évoqué dans ces colonnes. Selon lui, les récits et les croyances influencent le comportement des individus et donc de l'économieParmi ces "histoires populaires" qui peuvent devenir virales et faire bouger les marchés, il cite la croyance que les actions technologiques ne peuvent que grimper ou que les prix de l'immobilier ne peuvent jamais baisser.  

Mais quel est le récit actuel sur les marchés, alors que les indices boursiers, dans un contexte d'incertitudes, continuent à grimper depuis le début de l'année? Malgré les tensions USA-Iran en début d'année, en dépit des inquiétudes concernant le coronavirus, l'indice boursier américain S&P 500 a pris plus de 4%, le Nasdaq 8% et notre Bel 20 national 5,75%. Impressionnant.

Alors excès de confiance? Inconscience? La seule réponse: les banques centrales sont "the only game in town", elles seront toujours présentes pour soutenir l'économie et les marchés. Et de toute manière, les investisseurs n'ont pas d'autre alternative que les actions, c'est le fameux Tina (there is no alternative). Les banques centrales et Tina, voilà les acteurs du récit dominant.

Rappelez-vous, en 2017 et 2018, la Federal Reserve (Fed) avait remonté ses taux. Mais la banque centrale avait provoqué au passage de gros remous sur les marchés. Marche arrière en 2019 et rebond instantané des marchés.

La Chine et son coronavirus? Les marchés comptent sur la Banque centrale de Chine pour limiter l'impact de l'épidémie sur l'économie de la deuxième puissance mondiale et donc sur le reste du monde. 

Cette situation est-elle saine et raisonnable? Sans doute pas, mais c'est la réalité aujourd'hui: qu'on le veuille ou non, le récit a pris le dessus sur tout le reste.    

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