L'inflation laisse le champ libre à la BCE

Les investisseurs "peuvent nous tester autant qu'ils le veulent", a affirmé Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne. ©AFP

Christine Lagarde a fait savoir aux marchés que la BCE ne les laisserait pas faire grimper les taux. L'inflation, inférieure aux attentes, conforte sa position.

Don’t fight the ECB (ne combattez pas la BCE). C'est l'adage boursier que Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) a tenu à rappeler aux investisseurs. "Ils peuvent nous tester autant qu'ils le veulent", a-t-elle dit dans une interview à Bloomberg TV ce mercredi, en référence aux récentes tensions sur le marché des obligations gouvernementales, qui ont eu tendance à faire remonter les taux d'intérêt.

"Nous disposons d'instruments exceptionnels. Nous les utiliserons si nécessaire."
Christine Lagarde
Présidente de la BCE

"Nous avons des circonstances exceptionnelles avec lesquelles il faut composer pour l'instant et nous disposons d'instruments exceptionnels à utiliser en ce moment. Nous en avons beaucoup. Nous les utiliserons si et quand ce sera nécessaire, de manière à respecter notre mandat et notre engagement pour l'économie."

Les propos de la patronne de la BCE ont contribué à une détente des taux d'intérêt sur le marché obligataire. Le taux du Bund allemand qui arrivera à échéance dans dix ans, référence pour la zone euro, est retombé à -0,30% mercredi après-midi après avoir atteint -0,27% en matinée. Le taux belge à dix ans est quant à lui revenu à 0%, contre 0,04% quelques heures plus tôt.

Baisse de l'inflation sous-jacente

Si Christine Lagarde parle avec autant d'assurance, c'est parce que la Banque centrale européenne semble bien avoir les coudées franches. Alors qu'on s'attend à des tensions inflationnistes dans les semaines qui viennent, la hausse des prix mesurée en mars est apparue inférieure aux attentes, d'après les chiffres publiés ce mercredi par Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne. Certes, le taux d'inflation global a bien grimpé à 1,3%, comme attendu, contre 0,9% en février. Mais l'inflation sous-jacente, qui exclut les prix des produits alimentaires et de l'énergie, a diminué à 1% alors que les économistes avaient estimé qu'elle resterait à 1,2% comme le mois dernier.

Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, la BCE ne se retrouve donc pas coincée entre, d'une part, la nécessité de maintenir des taux d'intérêt très bas pour permettre aux États membres de la zone euro de financer les dépenses rendues nécessaires par la crise sanitaire et, d'autre part, une accélération trop marquée de l'inflation qui aurait alimenté les craintes d'une politique monétaire trop généreuse à la limite de la perte de contrôle de la stabilité des prix. Rien de tout cela: avec une inflation qui stagne, la BCE a le champ libre pour continuer à acheter des obligations sur le marché afin de maintenir leurs taux à des niveaux historiquement bas.

"Il n'y a aucun signe d'hyperinflation. Au contraire, l'inflation menace de rester trop faible."
Olli Rehn
Gouverneur de la Banque de Finlande

Un autre membres de la BCE, Olli Rehn, gouverneur de la Banque de Finlande, a tenu à rassurer au sujet de la stabilité des prix. "Beaucoup ont exprimé des inquiétudes au sujet des conséquences d'une politique monétaire souple", a-t-il indiqué lors d'un discours diffusé sur internet ce mercredi. "La peur de l'inflation est apparue, et même d'une hyperinflation, alors qu'il n'y a aucun signe de cela. Au contraire, l'inflation menace de rester trop faible dans la zone euro." La BCE a donc lancé une campagne de communication claire à l'attention des marchés: ses achats d'obligations continueront à peser sur les taux dans les prochains mois.

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