L'investissement pas très catholique du Vatican

Le pape François qualifie les produits dérivés de "bombes à retardement". ©Photo News

Les services financiers du Vatican se sont laissés tenter par le diable en utilisant une enveloppe destinée à des projets de charité pour investir dans la dette de la société Hertz.

Curieux investissement dans le chef de la Curie romaine. La secrétairerie d'État du Saint-Siège, sorte de cabinet du Premier ministre du Vatican, a investi des dons pour les pauvres et les nécessiteux dans des produits dérivés.

Selon des documents consultés par le Financial Times, l'investissement en question pariait sur la solvabilité de Hertz, la société de location de voitures américaine qui a fait défaut sur sa dette un peu plus tôt cette année.

528 millions
d'euros
Le cardinal au centre de l'affaire a mobilisé une partie d'un portefeuille du Vatican de 528 millions d'euros provenant de dons.

Une position qui tranche avec les critiques faites il y a deux ans par le Pape François. Le chef de l'Église catholique avait alors vertement dénoncé les "credit default swaps" (CDS), ces instruments qui permettent de "parier sur l'échec des autres" et qui ont notamment précipité la planète financière dans la crise en 2007.

"Une bombe à retardement"

Pour le Pape, ces produits dérivés, qui permettent de s'assurer contre le risque de non-paiement d'une dette émise par un État ou une entreprise, encouragent "la croissance d'une finance du hasard". Ces instruments, disait-il en 2018, sont "une bombe à retardement". Et la bombe a explosé, écornant encore plus l'image du Vatican.

À l'origine de cet investissement douteux réalisé autour de l'année 2015, on retrouve le Cardinal Giovanni Angelo Becciu, limogé le mois dernier après... avoir  investi pour près de 110 millions d'euros appartenant au Vatican dans des immeubles de luxe à Londres.

Investir avec des dons

Dans l'affaire révélée ce jeudi par le Financial Times, le Cardinal Becciu a mobilisé une partie d'un portefeuille du Vatican de 528 millions d'euros provenant de dons. L'homme a alors acheté des produits structurés contenant des CDS en faisant le pari que Hertz ne ferait pas défaut sur le paiement de sa dette jusqu'en avril 2020. La société a déposé son bilan le mois suivant...

Aucun montant précis ne figure dans l'enquête de nos confrères britanniques. Et il n'y a aucune trace attestant d'une quelconque implication du Pape François. Il semble même que cet investissement pas très catholique ait été réalisé dans le dos du monarque de l'État de la Cité du Vatican.

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