L'Italie au bord de la récession

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Les économistes estiment que l'Italie n’échappera pas à une récession, qui impacte le reste de la zone euro.

L’Italie se rapproche de la récession. Il ne lui faut plus qu’un deuxième trimestre en recul pour que son économie bascule et pèse sur la croissance économique de la zone euro. "La récession est une réalité pour l’Italie désormais, avec un troisième trimestre en recul. Il est difficile de croire que le quatrième trimestre sera positif" estime Giada Giani, directrice de la recherche économique chez Citi.

L’économie italienne a ralenti de manière inattendue au troisième trimestre. Les dernières données macroéconomiques publiées sur le pays n’ont rien de réjouissant. L’activité manufacturière a reculé pour le deuxième mois d’affilée en novembre, alors que la confiance dans l’industrie et les investissements fixes ont chuté au troisième trimestre.

Le taux de chômage, le plus élevé parmi les 19 pays de la zone euro, a augmenté sur les deux derniers mois. "L’Italie commence à payer le prix pour les folies de son gouvernement radical" estime Holger Schmieding, analyste chez Berenberg.

Toutefois, les deux vice-premiers ministres, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, jugent que les mesures d’austérité du précédent gouvernement et son obéissance aux règles de l’Union européenne ont provoqué les difficultés économiques actuelles. Ils ont promis que leurs propres mesures redresseraient l’économie italienne. Rome doit présenter une nouvelle fois son budget à l’Union européenne la semaine prochaine. Selon une source proche du dossier, citée par l’agence Reuters, le pays aurait diminué ses projets de dépense pour la réforme des pensions et le soutien aux salaires dans l’espoir de contrer l’opposition de l’Union européenne. Celle-ci a rejeté jusqu’à présent le budget italien pour 2019, estimant qu’il ne va pas diminuer l’importante dette publique italienne, représentant 132% du PIB, comme l’exige les traités européens.

L’Italie espère relancer sa croissance en creusant son déficit à 2,4% en 2019 contre 1,8% actuellement. "Le ralentissement de l’économie italienne réduit le pouvoir de négociation de Rome face à l’Union européenne" relève Giada Giani. "Mais même si le gouvernement italien fait machine arrière, il est trop tard car la croissance du pays ralentit. Une partie des dégâts a déjà été infligée " ajoute-t-elle. L’économiste estime que l’Union européenne déclenchera une procédure disciplinaire à l’encontre de l’Italie, qui pourrait résulter en des amendes. " La Commission européenne peut déclencher une procédure pour dette excessive " explique Giada Giani.

Répercussions européennes

Les problèmes italiens restent pour l’instant confinés au pays. La Bourse de Milan a chuté de plus de 11% alors que le Stoxx 600 a perdu 8,78% depuis le début de l’année. L’inquiétude des investisseurs pour l’Italie se marque surtout sur le marché obligataire. Le taux italien à dix ans affiche un écart de plus de 300 points de base avec le taux allemand à dix ans. Seule la dette grecque affiche un spread plus grand. "Le marché intègre déjà une procédure de l’Union européenne pour dette excessive envers l’Italie" souligne Giada Giani. "Le spread italien peut aussi s’élargir si le gouvernement italien adopte une rhétorique anti-européenne" ajoute-t-elle.

Mais l’économiste estime que les marchés n’intègrent pas une contagion des problèmes italiens au reste de la zone euro. "L’Italie peut mettre en danger l’Union européenne. Le risque italien est idiosyncratique" s’inquiète-t-elle. L’économie de la zone euro montre déjà des signes d’essoufflement. Les incertitudes politiques et la guerre commerciale ont pesé sur la confiance dans la région.

L’activité économique européenne sur le mois écoulé a été lestée par l’Italie. Les dernières données économiques représentent un défi pour la Banque Centrale européenne qui doit prendre une décision sur son programme de rachats d’actifs. Ses dirigeants n’ont pas caché leur intention d’y mettre un frein à la fin de l’année, tout en maintenant une forme de soutien à l’économie de la région en réinvestissant les obligations arrivées à échéance. 2019 s’annonce déjà difficile pour la zone euro. "Les risques de ralentissement de la croissance européenne augmentent" relève Chris Williamson, économiste chez IHS Markit.

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