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La Banque d'Angleterre verdit ses obligations

Andrew Bailey, l'actuel gouverneur de la Banque d'Angleterre ©EPA-EFE

Le ministre des Finances Rishi Sunak a étendu les prérogatives de la banque centrale à la lutte contre le changement climatique.

Très sollicitée depuis la crise financière de 2008, la Banque d'Angleterre voit son rôle être toujours plus élargi. Au point que sa responsabilité première du contrôle de l'inflation devient quasiment subalterne.

"Notre objectif premier est d'améliorer les incitations pour les firmes qui feront les ajustements nécessaires pour atteindre l'objectif zéro carbone, et pas de seulement minimiser le bilan carbone de notre portefeuille d'obligations"
Andrew Hauser
directeur général des marchés de la Bank of England

Le dernier budget présenté par le ministre des Finances Rishi Sunak, au mois de mars, a marqué un virage historique puisque "The Old Lady" a vu son mandat étendu à la lutte contre le changement climatique. L'objectif d'un bilan carbone neutre d'ici 2050 passera par un rôle plus proactif de la banque centrale, qui n'a pas tardé à lancer une consultation visant à "verdir" son portefeuille d'obligations d'entreprises.

Ce portefeuille de 20 milliards de livres (environ 23 milliards d'euros), nommé Corporate Bond Purchase Scheme (CBPS), avait été lancé en août 2016, dans une fonction de contre-feu post-Brexit. La banque centrale veut désormais en faire un instrument incitatif, destiné aux sociétés qui accepteront de réduire leur exposition à des actifs "polluants".

"Notre objectif premier est d'améliorer les incitations pour les firmes qui feront les ajustements nécessaires pour atteindre l'objectif zéro carbone, et pas de seulement minimiser le bilan carbone de notre portefeuille d'obligations", a indiqué le directeur général des marchés de la Bank of England, Andrew Hauser.

Des télécommunications... au tabac

Concrètement, la BoE va œuvrer de façon très progressive et non punitive, mais avec l'ambition d'éliminer toute trace de carbone dans les actifs de ses obligations, sur le long terme. 28 obligations éligibles aux CBPS y sont actuellement listées sur le London Stock Exchange.

Le portefeuille est très large, puisqu'on trouve des sociétés des secteurs des télécommunications (BT, Vodafone), de la distribution d'eau (Severn Trent Water), de l'immobilier (Segro, Hammerson), mais aussi de l'énergie (SSE, London Power Networks, Eastern Power Network)... et du tabac (les géants mondiaux BAT et Imperial).

Lancement d'un fonds souverain vert

Parallèlement aux mesures de la Banque d'Angleterre, le gouvernement va offrir aux particuliers la possibilité d'épargner à travers le premier fonds souverain obligataire "vert" du Royaume-Uni, qui est un peu comme le cousin du CBPS de la banque centrale. À partir de cet été, la caisse d'épargne étatique National Savings & Investments permettra aux Britanniques de financer des projets écologiques, comme des parcs à éoliennes, en investissant dans ces obligations.

Le taux d'intérêt n'a pas encore été communiqué, mais devrait être relativement généreux, sachant que les fonds récoltés seront ,dans le meilleur des cas, très limités en comparaison des fonds issus des obligations conventionnelles. Par ailleurs, des banques privées proposent déjà des obligations vertes, à des taux relativement bas, entre 0,5% de rendement sur un an et 1,5% sur cinq ans. Des taux face auxquels le gouvernement sera probablement forcé de s'aligner.

La "théorie du nudge"

L'objectif est avant tout de montrer l'exemple, en appliquant la fameuse "théorie du nudge" au cœur de la finance. Autrement dit, de changer les comportements de façon très progressive pour créer un cercle vertueux. La banque centrale a publié un document de 65 pages, dans le cadre d'une consultation jusqu'en juillet. Parmi les outils qu'elle prévoit d'utiliser, figure le "rééquilibrage des achats d'obligations avec une performance environnementale robuste."

À terme, les obligations des sociétés polluantes sont appelées à disparaître du portefeuille, même si la BoE a encore recours à des circonvolutions très polies pour faire passer son message: "des inclinaisons plus abruptes, des retraits d'éligilité, ou des futures ventes d'obligations seront des mesures possibles pour les émetteurs dont les performances climatiques ne suivent pas un chemin crédible vers le zéro carbone."

L'été dernier, la banque centrale avait déjà été la première au monde à publier un rapport sur le bilan carbone de l'ensemble de ses portefeuilles. Sans surprise, il avait mis en évidence le poids environnemental plus important des obligations liées aux secteurs de l'électricité et de l'eau, que ce soit en termes absolus (par rapport à l'ensemble du portefeuille) ou en termes relatifs (par rapport à leur propre valeur financière au sein de ce portefeuille). Les obligations liées au secteur de l'électricité représente par exemple 40% du bilan carbone du portefeuille pour à peine 20% de la valeur financière.

Le résumé

  • L'objectif d'un bilan carbone neutre d'ici 2050 passera par un rôle plus proactif de la Banque d'Angleterre, qui n'a pas tardé à lancer une consultation visant à "verdir" son portefeuille d'obligations d'entreprises.
  • La banque centrale veut désormais en faire un instrument incitatif, destiné aux sociétés qui accepteront de réduire leur exposition à des actifs "polluants".
  • La banque centrale a publié un document de 65 pages, dans le cadre d'une consultation jusqu'en juillet. Parmi les outils qu'elle prévoit d'utiliser, figure le "rééquilibrage des achats d'obligations avec une performance environnementale robuste."
  • L'été dernier, la banque centrale avait déjà été la première au monde à publier un rapport sur le bilan carbone de l'ensemble de ses portefeuilles.

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