La BCE affiche sa confiance avant le début de ses achats

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La Banque centrale européenne a fourni les détails de son programme d’achats d’actifs, qui débutera lundi. Elle a revu ses prévisions de croissance à la hausse. Elle reste inflexible sur la Grèce.

Les investisseurs attendaient des détails; ils n’ont pas été déçus. Jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) a précisé la manière dont se déroulerait son programme étendu d’achats d’actifs (EAPP ou "extended asset purchase programme"), cette mesure exceptionnelle destinée à restaurer un niveau d’inflation conforme aux objectifs de l’institut monétaire dans la zone euro.

-0,20%
La BCE pourra acheter des obligations gouvernementales assorties de taux d’intérêt négatifs, pour autant que ceux-ci ne soient pas inférieurs à -0,20%.

La BCE commencera ses achats lundi prochain, a annoncé Mario Draghi, le président de l’institution européenne, lors de la conférence de presse consécutive à la réunion du Conseil des gouverneurs — organe chargé de définir la politique monétaire de la zone euro — qui a eu lieu à Nicosie, la BCE tenant deux de ses réunions hors de Francfort chaque année.

Et après 2016?

Ces achats sont censés peser sur les taux d’intérêt et ainsi stimuler le crédit et les investissements, de manière à soutenir la croissance et relancer l’inflation. La BCE semble assez confiante à cet égard, si l’on en croit ses prévisions économiques trimestrielles, publiées jeudi (voir l’infographie). Les estimations pour la croissance du produit intérieur brut (PIB) ont été revues significativement à la hausse. "Les dernières données économiques laissent entrevoir une certaine poursuite de l’amélioration de l’activité économique au début de cette année", a indiqué Draghi. "Pour l’avenir, nous nous attendons à ce que la reprise économique s’étende et se renforce progressivement."

L’inflation attendue cette année a été revue à la baisse, "ce qui reflète principalement la baisse des prix pétroliers", explique le communiqué du Conseil des gouverneurs. Par contre, la BCE a relevé sa prévision d’inflation pour 2016, "ce qui reflète l’effet attendu de nos récentes mesures de politique monétaire", précise le texte. Le taux d’inflation attendu pour 2017 est proche de l’objectif à long terme de la BCE, ce que des économistes voient comme un indice que l’EAPP ne sera pas prolongé. Toutefois, Mario Draghi a répété que le programme, qui est censé prendre fin en septembre 2016, durera jusqu’à obtenir des anticipations d’inflation satisfaisantes. Il a en outre précisé que les prévisions à plus long terme sont sujettes à plus d’incertitudes.

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Le président de la BCE a aussi répondu aux inquiétudes du monde de la finance au sujet de la mise en œuvre de l’EAPP. Il y avait notamment des interrogations au sujet de la capacité de la BCE à trouver des vendeurs pour ses achats d’obligations gouvernementales, parce que les banques, les assureurs et les fonds de pension européens se montrent assez réticents à en vendre. Mario Draghi a rappelé que des doutes similaires étaient survenus lors des programmes de "quantitative easing", équivalents de l’EAPP, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ce qui n’avait pas empêché leur succès.

L’euro sous 1,10 dollar

Le patron de la BCE a ajouté que les obligations gouvernementales de la zone euro étaient détenues pour moitié à l’étranger, sous-entendant qu’il s’y trouverait des candidats vendeurs.

Il semble avoir levé les derniers doutes en précisant que les achats pourraient porter sur des obligations présentant un taux d’intérêt négatif, pour autant que celui-ci ne soit pas inférieur au taux de la facilité de dépôt, soit le taux appliqué aux dépôts des banques auprès de la BCE, qui est actuellement de -0,2%. "Actuellement, ceci exclurait uniquement les obligations gouvernementales allemandes à deux ans", analyse Carsten Brzeski, chef économiste d’ING DiBa, à Francfort. Cette annonce a soutenu les cours des obligations de la zone euro et a pesé sur l’euro, qui est passé en dessous de 1,10 dollar vers 18h (lire en page 25).

Enfin, Mario Draghi a répété que la BCE ne pourrait à nouveau accepter en collatéral les titres de la Grèce que quand le pays aura mené à bien la révision de son plan de sauvetage. En outre, comme les achats d’actifs ne peuvent excéder 33% de la dette d’un État, l’institut monétaire ne pourra pas acheter d’obligations grecques avant l’été, quand les titres grecs qu’il détient déjà arriveront à échéance. Même en déplacement à Chypre, la BCE ne s’est pas rapprochée du peuple grec…

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