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La BCE continuera ses achats à un rythme plus modéré

Pour Christine Lagarde, la présidente de la BCE, la réduction des achats n'est pas un "tapering". ©BELGAIMAGE

Compte tenu de l'amélioration de la situation économique, la BCE a décidé de réduire "modérément" ses achats destinés à contrer les effets de la pandémie.

La Banque centrale européenne (BCE) a dû se rendre à l'évidence. Compte tenu de l'amélioration de la situation économique dans la zone euro, des achats d'actifs aussi massifs ne se justifiaient plus. L'institut monétaire a donc annoncé jeudi une légère diminution de ses emplettes sur les marchés. "Des conditions de financement favorables peuvent être maintenues avec un rythme légèrement plus faible d’achats nets d’actifs", constate le conseil des gouverneurs, l'organe décisionnel de la BCE, dans le traditionnel communiqué publié après sa réunion de politique monétaire.

"Nous recalibrons le PEPP, comme nous l'avions déjà fait en décembre et en mars."
Christine Lagarde
Présidente de la BCE

La plupart des investisseurs anticipaient une telle baisse des achats de la BCE. D'autant plus qu'en pratique, cette diminution semblait déjà se profiler. Alors que, depuis avril, la banque centrale dépensait plus de 80 milliards d'euros par mois dans le cadre du PEPP (pandemic emergency purchase programme), son programme d’achats d’urgence face à la pandémie, elle s'était contentée d'acheter pour 65 milliards d'euros en août, selon les dernières données disponibles.

Achats "modérément" plus faibles

Mais pour Christine Lagarde, la présidente de la BCE, le "léger" ralentissement des achats annoncé jeudi "n'est pas un 'tapering' (réduction précédant l'arrêt du programme, ndlr)": "Ce que nous faisons, c'est recalibrer le PEPP, comme nous l'avions déjà fait en décembre et en mars", a-t-elle assuré.

"Nous avons regardé les conditions financières et en avons conclu qu'elles étaient favorables. Nous pensons que nous pouvons maintenir des conditions de financement favorables avec un rythme d'achats modérément plus faible."

"Nous pensons que la BCE continuera à acheter entre 60 et 70 milliards d'euros par mois jusqu'à la fin de l'année."
Carsten Brzeski
Chef économiste d'ING en Allemagne

Comment traduire ce nouveau tempo des acquisitions de la BCE? "En pratique, ce que signifie un 'rythme modérément plus faible' reste obscur", observe Carsten Brzeski, chef économiste d'ING en Allemagne et spécialiste de la politique monétaire européenne. "Nous pensons que la BCE continuera à acheter entre 60 et 70 milliards d'euros par mois jusqu'à la fin de l'année."

Important changement

En effet, les perspectives économiques de la zone euro se sont sensiblement améliorées. La BCE a revu sa prévision de croissance pour cette année à 5%, contre 4,6% selon ses projections de juin. Les anticipations pour 2022 et 2023 restent quasiment inchangées.

L'institution européenne a aussi relevé ses attentes en matière d'inflation. La hausse des prix atteindrait 2,2% en 2021 puis 1,7% et 1,5% en 2022 et 2023 respectivement, soit davantage que l'estimation de juin dernier (1,9%, 1,5% et 1,4%).

1,5%
Inflation sous-jacente prévue en 2023
La BCE a relevé ses prévisions d'inflation, y compris pour les prix hors énergie et alimentation. Cette inflation sous-jacente devrait atteindre 1,5% dans deux ans.

Également revues à la hausse, les anticipations d'inflation sous-jacentes restent néanmoins sous l'objectif de 2%. L'inflation hors prix des aliments et de l'énergie atteindrait à peine 1,5% en 2023. Ce qui fait dire à Christine Lagarde que lorsque les achats du PEPP seront terminés, il restera encore du travail. Une décision sur l'avenir de ce programme ne sera prise qu'en décembre, a-t-elle fait savoir.

"Avec une inflation sous-jacente prévue à 1,5% en 2023, la BCE reste fidèle à l'opinion selon laquelle le risque d'une inflation trop faible est clairement plus grand que le risque d'une inflation trop élevée", analyse Carsten Brzeski. Ce dernier estime toutefois que la révision à la hausse des perspectives d'inflation sous-jacente traduit un important changement de la manière dont la BCE appréhende l'inflation. D'autant que Christine Lagarde a concédé que les pressions sur les prix pourraient être plus durables qu'estimé auparavant. Les investisseurs resteront donc attentifs à l'inflation dans les prochains mois.

La structure des achats d'actifs de la BCE

La modification de la politique monétaire de la zone euro annoncée jeudi concerne le PEPP (pandemic emergency purchase programme), le programme d’achats d’urgence face à la pandémie. Ce dernier fait partie des mesures exceptionnelles utilisées par la Banque centrale européenne (BCE) pour maintenir la stabilité des prix face aux récentes secousses de l'économie européenne.

Bien qu'ils soient considérés comme un instrument de politique monétaire non conventionnel, les achats de la BCE sur les marchés ne sont pas nouveaux. En 2015, l'institut monétaire avait commencé à mettre en œuvre un programme d'achats d'actifs (APP: asset purchase programme) pour contrer le risque de déflation qui était apparu lors de la crise de la dette publique européenne. Ces achats portaient principalement sur des obligations émises par les États membres de la zone euro. En achetant de tels titres de dette, la BCE fait grimper les cours de ceux-ci, ce qui provoque, de façon mécanique, une baisse de leurs taux d'intérêt. En effet, le coupon annuel attaché à une telle obligation devient proportionnellement plus faible quand la valeur de l'obligation augmente. En faisant ainsi pression sur les taux, la BCE entend encourager l'investissement et les dépenses de consommation, ce qui doit soutenir l'inflation.

De 2015 à fin 2018, la BCE a dépensé 2.600 milliards d'euros dans le cadre de l'APP, allant jusqu'à acheter pour 80 milliards d'euros par mois d'actifs financiers. L'amélioration de la situation économique en zone euro avait conduit l'institution européenne à placer ce programme entre parenthèses à partir de janvier 2019: elle se contentait alors de réinvestir uniquement les montants des obligations arrivées à échéance. Mais en novembre 2019, ces achats ont repris à hauteur de 20 milliards d'euros par mois pour contrer les risques liés aux conflits commerciaux internationaux, notamment entre les États-Unis et la Chine, et aux incertitudes dues au Brexit.

Aujourd'hui, la BCE achète donc encore pour 20 milliards d'euros par mois dans le cadre de l'APP. Ce programme doit durer "aussi longtemps que nécessaire" pour le bon fonctionnement de la politique monétaire et, en tout état de cause, ne prendra pas fin avant un futur relèvement des taux directeurs de la BCE.

En outre, en mars 2020, la banque centrale a lancé un nouveau programme, le PEPP, destiné à contrer les conséquences économiques négatives de la pandémie de coronavirus. D'abord estimé à 750 milliards d'euros, ce programme d'achats supplémentaires a ensuite été augmenté de 600 milliards en juin 2020 puis de 500 milliards en décembre, ce qui le porte à un total de 1.850 milliards d'euros. Le PEPP est censé durer jusqu'à ce que la crise sanitaire soit terminée et en tout cas jusqu'en mars 2022.

Par ailleurs, la BCE soutient aussi l'économie via des opérations spéciales de financement. Dans ce cadre, elle met de l'argent à disposition des banques pour une longue durée moyennant des taux d'intérêt exceptionnellement bas, à certaines conditions, comme la nécessité d'utiliser ces fonds pour financer certaines activités économiques réelles. On trouve notamment dans ce cadre les TLTRO (targeted longer-term refinancing operations), soit les opérations ciblées de refinancement à plus long terme.

Enfin, la BCE maintient bien sûr ses taux d'intérêt directeurs à des niveaux historiquement bas: le taux de refinancement, principal taux de référence de la zone euro, reste à 0% depuis mars 2016 et le taux appliqué aux dépôts des banques au jour le jour est de -0,5% depuis septembre 2019.

Le résumé

  • La BCE a annoncé une réduction modérée du rythme de ses achats dans le cadre du PEPP, le programme visant à contrer les effets économiques négatifs de la pandémie.
  • Les investisseurs anticipaient une telle diminution des achats. En pratique, la BCE avait déjà réduit ses acquisitions durant le mois d'août.
  • Les prévisions de la BCE pour la croissance et l'inflation ont été revues à la hausse mais l'inflation sous-jacente resterait bien en dessous de l'objectif de 2% en 2023.
  • La nouvelle position de la BCE sur l'inflation incitera les investisseurs à suivre la hausse des prix de près dans les prochains mois.

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